"Toujours plus pour ceux qui ont déjà tout !"

Publié le : , par  Philippe Savoye

Des chiffres qui donnent le tournis et qui surtout nous renvoient à un monde toujours plus inégal , plus injuste, plus indécent. Tant qu’on ne s’attaquera pas aux causes de telles inégalités, qu’on n’imposera pas davantage les grosses fortunes, qu’on ne réduira pas significativement l’échelle des salaires, qu’on ne supprimera pas les paradis fiscaux, il est illusoire d’attendre un changement significatif de ce profond désordre du monde...

"Insatiable richesse : toujours plus pour ceux qui ont déjà tout" [1], c’est sous ce titre que l’ONG Oxfam publie en janvier son dernier rapport thématique. Les données font tourner la tête à toute personne de bon sens (quelque soient ses orientations politiques), surtout quand on nous rabâche à tout va "la crise, la crise"…

Selon les données du Crédit Suisse, en 2014, les 1% plus riches détiennent 48 % des richesses mondiales. 80 % de la population mondiale ne possèdent que 5,5 % de ces richesses ! L’évolution est telle, que "si cette tendance de concentration des richesses pour les plus riches se poursuit, ces 1 % les plus riches détiendront plus de richesses que les 99% restants d’ici seulement deux ans", précise ce rapport. Toujours en 2014, la fortune cumulée des 80 personnes les plus riches s’élève à 1 900 milliards de dollars, en augmentation de 50 % en quatre ans (!!!), autant de richesse que… la moitié la moins nantie de la population mondiale ! Comme le souligne Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam International, lors de la présentation de ce rapport, ces données sont à rapprocher au fait "qu’une personne sur neuf ne mange pas à sa faim et que plus d’un milliard de personnes vivent avec moins de 1,25 dollar par jour. 

Cette même année, le magazine Forbes répertorie 1.645 milliardaires, à 90 % des hommes, dont la fortune a augmenté de 15 % en un an ! Et alors qu’une grande partie de l’humanité n’a pas accès aux soins de base "entre 2013 et 2014, c’est la fortune cumulée des milliardaires ayant des intérêts ou des activités dans les secteurs pharmaceutique et des soins de santé qui a le plus augmenté". Aux Etats-Unis, si 3 millions de dollars ont été donné en espèces et en produits médicaux pour combattre Ebola, ce chiffre est à rapprocher aux "18 millions qu’elles consacrent aux activités lobbying pour servir leurs propres intérêts". Continuons à mettre le financement de la crise Ebola en perspective, "la Banque mondiale estime que les coûts pour la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone représentaient un manque à gagner de 356 millions de dollars en 2014, et de 815 millions supplémentaires en 2015 si l’épidémie ne peut pas être contenue rapidement. La plus forte hausse des revenus d’un seul milliardaire opérant dans le secteur pharmaceutique entre 2013 et 2014 pourrait suffire à payer trois fois le coût total estimé à 1,17 milliard de dollars pour la période 2014–2015".

Comme le souligne ce rapport, il n’est pas surprenant de constater que Les multinationales qui dégagent les plus énormes bénéfices aux Etats-Unis – finance, assurance, pharmaceutique et des soins de santé — sont celles qui apportent les plus fortes contributions aux partis et aux candidats fédéraux.

Et en ce qui concerne l’Union européenne…

La fortune cumulée des 39 milliardaires du secteur de la finance atteint 128 milliards de dollars. Les groupes de pression issus de ce secteur dépensent quelque 150 millions de dollars chaque année à destination des institutions de l’UE. Ceux du secteur pharmaceutique et des soins, plus de 50 millions…et en une année leur fortune cumulée a augmenté de 28 milliards de dollars.

Des chiffres qui donnent le tournis et attestent que la notion de crise est mise en avant par les tenants du pouvoir financier pour faire ingurgiter une régression sociale. Lobbying tous azimuts afin d’établir un environnement réglementaire qui protège et renforce leurs intérêts. Dès octobre dernier, Oxfam a lancé la campagne "à égalité !" appelant les Etats, les institutions et les entreprises à lutter contre les inégalités extrêmes. Avançons… mais que la route semble longue !

Article publié dans Inter-Peuples n°235, mars 2015

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