Interview d’un demandeur d’asile angolais

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Eduardo est demandeur d’asile angolais, arrivé récemment à Grenoble, proche du CIIP. Il a accepté de répondre à nos questions, de nous parler de son pays, de la situation faite de répression et de violences, situation qui l’a contraint de quitter l’Angola et de venir demander protection à la France…

Eduardo, peux-tu nous parler de ton pays, de son histoire, de la situation politique, des libertés et des droits humains ? Et de tes activités avant de partir ?
Eduardo  : Il faut d’abord rappeler que l’Angola fut une colonie portugaise jusqu’en 1975, date de son indépendance, juste une année après la "Révolution des Œillets" survenue en 1974 et qui a marqué le passage de la dictature à la démocratie au Portugal. Entre 1961 et 1975, ce fut une guerre anticoloniale sanglante pour notre indépendance, avec des dizaines de milliers de morts. 1975 ; le MPLA prend le pouvoir avec à sa tête Agostinho Neto, remplacé en 1979 par José Eduardo dos Santos Les quatre premières années de l’indépendance ont été relativement calmes, mais hélas ! en 1979 mon pays a été le théâtre d’une guerre civile terrifiante entre le mouvement MPLA (Mouvement Populaire pour la Libération de l’Angola), à tendance marxiste, soutenue par l’URSS et Cuba, et l’UNITA, mouvement à tendance "libérale", anti-communiste, soutenue par l’Afrique du Sud (l’Afrique de l’Apartheid) et par Israël. Une guerre qui a duré jusqu’en 1994 et qui a provoqué la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes (soldats et civils). Un véritable carnage. (cf. Historique page suivante).

Personnellement, j’étais d’origine modeste, mon père fut charpentier. A 15 ans j’ai dû arrêter mes études, je me suis lancé dans le commerce : vente de biscuits, diverses marchandises, vêtements, j’ai été aussi secrétaire dans une paroisse catholique. J’ai acheté un petit terrain en 2001, mais le quartier environnant a été détruit pour des projets d’urbanisme imposés sans discussion. J’ai protesté avec des amis, j’ai été arrêté, emprisonné, torturé. En Angola, quand on est arrêté, on peut très bien nous faire disparaître. J’ajoute que le régime d’Eduardo Dos Santos est profondément corrompu, que les systèmes éducatif et sanitaire sont sous-développés sauf pour les riches qui peuvent se payer des places dans des écoles et des cliniques privées. Et pourtant, comme par exemple l’Algérie, l’Angola a beaucoup de devises grâce au pétrole, mais ce n’est qu’une minorité qui en profite. Et par ailleurs c’est le règne de la corruption. Quant à la liberté d’expression, elle est totalement étouffée. Mais je veux croire que mon peuple, à l’exemple du peuple burkinabé, se révoltera et parviendra à renverser ce régime anti-démocratique…

Toujours est-il que j’ai eu très peur. Heureusement, un gardien qui m’appréciait m’a proposé de m’aider à fuir et à quitter l’Angola, j’ai pu prendre l’avion d’abord pour la Belgique, d’où j’ai été refoulé en Angola, d’où j’ai pu repartir pour la France où je suis arrivé en février 2014…

Comment s’est déroulée ton arrivée à Grenoble et comment occupes-tu tes journées dans l’attente de la réponse à ta demande d’asile ?
Le début a été très dur, à l’image de ce qui arrive, je suppose, à d’autres étrangers qui arrivent comme moi sans adresse dans un pays et une ville qu’ils ne connaissent pas. J’ai dû dormir dehors pendant un mois et demi, dans le froid, avant qu’un organisme caritatif me propose une chambre, alors que c’est l’Etat qui aurait dû me loger. J’ai pu constater qu’il y avait de nombreuses personnes, y compris des Français, sans toit. J’ai essayé très rapidement de prendre contact avec le milieu associatif, et je fais du bénévolat dans diverses associations comme l’Apardap, l’Oreille du Cœur, la Croix Rouge, et un peu au Centre d’Information Inter-Peuples. En novembre dernier, j’ai pris le car affrété par la CISEM pour participer à une manifestation dynamique à Lyon, et l’ai crié avec d’autres, derrière la banderole de la CISEM, "Un Toit, des papiers pour tous !".
Je veux ajouter enfin que j’ai bien conscience de l’injustice régnante dans le monde actuel, du pillage des ressources de l’Afrique par les multinationales… Et j’ai bien l’intention de prendre ma part pour un monde plus juste et plus égalitaire.

Entretien réalisé par Jo Briant

Article publié dans Inter-Peuples n°234, mars 2015

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