Al-Qaida, Daesch, Boko Haram, AQMI… Pourquoi ? Comment les combattre ? édito avril 2015

Publié le : , par  CIIP

Des groupes armés s’érigent en États. Des massacres perpétrés au nom de la religion. Des pays débordés par des combattants qui ignorent les frontières. Des attentats perpétrés en Europe par une poignée d’individus. Des scènes atroces qui tournent sur internet… D’où viennent toutes ces mouvances ? Pourquoi ce choix de l’ultra-violence comme mode d’action ? Quels sont les objectifs de ces groupes ? Qui les finance ? Comment les combattre ? A quel désordre du monde nous renvoient-ils ?

Nous ne prétendons pas répondre à toutes ces questions dans cet édito. Mais nous voulons souligner que la plupart des médias, des commentateurs, des responsables politiques en restent trop souvent au plan de la dénonciation et de l’appel à la riposte militaire et sécuritaire. Les bombardements occidentaux en Irak et en Syrie annoncent une campagne de longue durée contre l’Organisation de "l’État islamique". Ne nous trompons pas : c’est bien à une relance de la "guerre contre le terrorisme" que l’on assiste au Proche-Orient, dans la droite ligne de la croisade déclenchée par le président W. Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Une croisade concrétisée par une guerre et des "tapis de bombe" sur l’Afghanistan et l’Irak, avec des centaines de milliers de morts, d’innombrables destructions, une profonde déstructuration des sociétés afghane et surtout irakienne. Une nouvelle croisade d’autant plus dangereuse qu’elle rassemble une coalition hétéroclite autour d’objectifs politiques obscurs.

Il n’y a évidemment pas d’explication unique et simple du développement foudroyant de ce qu’il faut bien appeler un "processus barbare". Au Moyen-Orient, il est incontestable que le mouvement accéléré de réislamisation à tonalité intégriste à partir des années 1960-65 a été facilité par la faiblesse des forces progressistes, elle-même liée à la persistance des dominations néocoloniales et à la négation des droits du peuple palestinien avec l’aval des grandes puissances. La grande expansion du wahhabisme – dont le creuset est l’Arabie Saoudite -, tendance ultra-traditionnaliste de l’Islam, constitue une véritable matrice de tous ces mouvements ultra-violents en bonne partie financés en sous-main par les régimes monarchiques de l’Arabie Saoudite, des Émirats-arabes Unis, du Qatar. Il faut savoir qu’à partir de ces années 1960-70, l’Université islamique de Médine, en Arabie Saoudite, a formé des milliers de Saoudiens et d’étrangers pour aller transmettre la "bonne nouvelle" et exporter une vision et une pratique très traditionnalistes de l’Islam. En obtenant de nombreux pays - aidés en cela par les Frères musulmans - la constitutionnalisation de l’Islam et l’imposition de la charia, la modification islamiste du code personnel et familial, l’islamisation intense des écoles, des médias… Quant au développement foudroyant des mouvements comme AQMI ou Boko-Aram en Afrique (Libye, Niger, Mali, Nigeria, Somalie…), il a été rendu possible par la profonde déstructuration sociale, culturelle, économique d’une partie importante de l’Afrique, livrée aux multinationales (comme Areva au Niger et au Nord du Mali, Shell au Nigeria…), gangrenée par une corruption galopante, victime d’un profond mal-développement lui-même le produit de rapports inégaux, injustes, néocoloniaux.

Assurément, l’émergence terrifiante de ces forces aussi brutales qu’obscures nous renvoie à un désordre profond du monde, désordre en grande partie généré par un état du monde de plus en plus inégal (1% des plus riches détiennent 48% des richesses mondiales, un milliard d’êtres humains sont gravement sous-alimentés…), injuste, où les droits fondamentaux des personnes et des peuples – à la santé, à l’alimentation, à l’éducation, à un toit, à l’autonomie, à la souveraineté - ne sont pas reconnus. Tant qu’on ne s’attaquera pas à ces causes structurelles, il est illusoire de croire que les bombardiers et les drones pourront venir à bout de ces mouvements. Oui, ces mouvements participent bien de la barbarie du monde, encore faut-il démasquer le champ entier de la barbarie et s’y atteler. Un défi terrifiant mais auquel nous n’avons pas le droit de nous dérober.

édito du n°235 d’Inter-Peuples

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