La mort du procureur Nisman : une affaire d’Etat !

Publié le : , par  Philippe Savoye

Les faits initiaux remontent à une vingtaine d’années. Le 18 juillet 1994, une attaque à la voiture piégée visant l’association mutuelle israélite argentine (AMIA) à Buenos-Aires fait 84 morts et plus de 200 blessés. Rapidement, l’Iran est suspecté d’être à l’origine de cet attentat.
Si l’enquête conduit à l’inculpation de plusieurs policiers argentins, en 2005 le juge Galeano chargé de l’affaire, et qui avait désigné comme chef de cette attaque Moshen Rabbani conseiller culturel de l’ambassade d’Iran, est démis de l’enquête pour "irrégularités et incompétence".

L’année suivante, Alberto Nisman, nouveau procureur en charge du dossier, accuse le gouvernement iranien d’être le commanditaire de l’attentat, car selon lui, l’Argentine aurait été visée à la suite de sa décision, en 1991, de suspendre le transfert technologique nucléaire accordé à l’Iran. Un mandat d’arrêt international est délivré à l’encontre de plusieurs hauts responsables iraniens, dont l’ancien président Rafsandjani. L’affaire s’enlise totalement… mais en janvier 2015, le procureur accuse la présidente argentine estimant qu’elle avait favorisé l’impunité de suspects iraniens et "envisage de demander le placement en détention de Cristina Kirchner pour entrave à la justice" (Viviana Fein, procureure en charge du dossier sur la mort d’Alberto Nisman). Comme le souligne Marietta Iglesias "on peut penser que le drame de Charlie-Hebdo, qui a fait la une de l’actualité en Argentine, a fait rejaillir cette affaire, car je ne crois pas à la coïncidence des dates. En effet, le 15 janvier, de retour de vacances, Alberto Nisman informe que le lundi suivant (le 19 janvier) il interviendra à la télévision, preuves en main. Le dimanche 18, il est retrouvé mort. Nous sommes convaincus qu’il ne s’est pas suicidé."

L’affaire continue à faire de nombreuses vagues. Le 18 février, ce n’est pas moins de 400 000 personnes qui descendent dans la rue à Buenos-Aires pour réclamer justice. Début mars, les conclusions d’une enquête commandée par la famille d’Alberto Nisman rassemblées dans un rapport d’une centaine de pages remis au parquet donnent des arguments supplémentaires à ceux qui croient à une machination. "Ce décès est ressenti comme l’ultime épisode d’un long feuilleton, dans lequel l’impunité des coupables est devenue la règle" (N. Bourcier).
A quelques mois des élections présidentielles, prévues en octobre prochain et auxquelles Christina Kirchner ne peut se représenter, cette affaire est "au-delà d’un scénario digne d’un film d’espionnage, il s’agit d’un séisme politique" (Soizic Bonvarlet). Affaire à suivre…

Article publié dans Inter-Peuples n°235, avril 2015

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