À la rencontre d’organisations et d’associations d’éducation populaire en Palestine

Publié le : , par  Édouard Schoene

Nous vous proposons cette restitution émouvante d’un voyage solidaire effectué en Palestine par une quinzaine de militants d’éducation populaire, la plupart des jeunes. C’est assurément par ce type de rencontre et de plongée dans la réalité quotidienne du peuple palestinien que se renforcent les liens de connaissance et d’amitié solidaire mutuels.

Ce voyage en Palestine s’est organisé à partir du souhait collectif d’interroger ce que peut signifier l’éducation populaire pour un peuple privé d’État reconnu, de liberté et de terre. S’est alors créée notre association "Palestine, droits et solidarité". (Marc Lacreuse & Madeleine Abassade, Éducation populaire & Transformation sociale).

L’éducation populaire palestinienne

Au cours de ce voyage, auquel participaient 15 militants culturels et d’éducation populaire venus de toute la France, adhérents de l’association "Palestine, droits et solidarité", nous avons rencontré des associations qui participent toutes à leur manière à des actions sociales et politiques. Nous avons découvert la réalité de l’apartheid subi par le peuple palestinien, et celle de la tentative d’ethnocide qui se perpétue là-bas. Nous avons aussi constaté la dignité de ce peuple jeune, innovant, pacifique, déterminé, et combien l’éducation populaire est pour lui une "praxis" quotidienne. La résistance à laquelle les Palestiniens sont contraints ( il y a là pour lui une question de vie ou de mort ) concerne tous les domaines de la vie privée, sociale, économique, culturelle et politique.

L’éducation populaire palestinienne se définit comme outil premier de construction d’une société autonome et libre, en visant à donner et/ou redonner une identité citoyenne à part entière. Certains militants rencontrés ont subi et subissent encore la prison israélienne pour cela. Certains y ont trouvé la mort.

Les étapes de ce séjour ont été : Jérusalem, Bethléem, Hébron, Haïfa, Nazareth, Jénine, Tulkarem, Naplouse et Ramallah. Nous y avons rencontré 17 associations.

Le décor fut planté le premier jour à Jérusalem Est, rue Alwad. Un barbu israélien dépasse notre groupe et s’arrête : "On les enterrera tous….un par un….jusqu’au dernier..." Moi : "qui ?" Lui : "Les arabes" et 20 mètres plus loin, le doigt tourné vers nous : "Et vous avec !"
A Jérusalem nous avons eu un premier échange avec l’association socioculturelle, "le Club africain". La communauté africaine remonte (Tchad, Soudan, Sénégal,…) au mandat britannique, venue à l’occasion de pèlerinages ou des armées de secours (Nasser). "Les jeunes se sentent désespérés ; ils n’ont rien à perdre. Un chat enfermé peut se transformer en tigre". L’association, avec des éducateurs développe des activités culturelles (danse, écriture, etc.). "Si tu vis, vis une vie digne". "Nous subissons une double discrimination : parce que Palestinien et Africain ; Hier un militaire criait : ‘tuez tous les Africains’" (en novembre, à Jérusalem, la nuit, nous entendions les affrontements dans le quartier à Jérusalem).
Autour de Jérusalem, notre guide nous fait un premier "cours" de géopolitique, in situ, sur la réalité du territoire palestinien et son évolution depuis 1947. Nous découvrirons le mur, les humiliations et tracasseries quotidiennes que vivent les Palestiniens pour aller au travail, quand travail il y a, pour se soigner, se rendre à l’école et à l’Université.
Au nord de Jérusalem, nous avons rendez-vous avec l’association "Feminist association of the prophet Samuel", à Nabi Samuel : Nabi Samuel a été le premier village occupé en 1967. C’est un village enclavé en Cisjordanie et en même temps à l’intérieur de Jérusalem. En 1967, 1500 personnes sont parties, 300 sont restées. Le village est situé à 880 m d’altitude. C’est le point culminant de Jérusalem. Ce fut une zone de combats à plusieurs reprises. En 1971, beaucoup de maisons du vieux village ont été détruites. Ici se trouve le tombeau de Samuel que se sont appropriés les Israéliens. Depuis 1967, aucune construction ni extension ne sont autorisées. Les jeunes couples ne peuvent pas se marier. Ils sont obligés de quitter le village pour s’installer dans le village voisin. Toutes les familles qui ont des enfants à l’extérieur doivent faire la demande d’autorisation pour leur rendre visite. Pour entrer dans le village, il faut des papiers. (Les enfants doivent porter sur eux leur acte de naissance). Les Palestiniens de Cisjordanie ne peuvent venir qu’avec l’autorisation israélienne puisqu’il faut emprunter une route interdite. Sans autorisation, ils sont arrêtés ou ont une amende. Une jeune fille étudiante met 2 heures le matin et autant le soir pour aller à l’université à une dizaine de kilomètres. En 2000, le projet d’installer une clinique mobile pour les soins d’urgence a été interdit. Il s’agissait d’un container installé sur des roues. Le chômage s’élève à 90%. Le local où nous sommes reçus, le jardin d’enfants et le muret sont interdits, puisque toute construction est interdite : il y a menace de destruction dans quelques jours, alors que ces constructions ont été réalisées avec l’aide internationale.

Ramallah, 16 novembre, témoignage de Leïla : "Un cirque citoyen" (extraits)
Il nous attendait à notre hôtel à Ramallah, avec son enfant. Nous arrivions de Naplouse, ville résistante, chargés de nos bagages et de nos émotions à ce dixième jour de voyage. Il nous a raconté son histoire, celle du Palestinian Circus School, outil d’émancipation face aux effets morbides d’une occupation qui morcelle le territoire, parcellise les droits de l’Homme, émiette l’intégrité de la personne humaine. En premier lieu la jeunesse, en grande souffrance psychologique, oscille entre rage et humiliation, haine et frustration, résignation et violence. Tandis qu’il tranquillise doucement son petit, Shadi continue de parler. Tout jeune comédien, amoureux du cirque, il prend conscience des maux de la société palestinienne, profonds, graves et qui touchent l’enfance : inceste, grossesses prématurées, collaboration avec l’occupant (parfois pour un paquet de bonbons), revendication d’une appartenance religieuse alors que le conflit n’a rien de religieux (et moins encore sa résolution), chômage, extrême pauvreté, développement économique et par dessus tout la peur et le stress permanents. Il crée "un jour pour le théâtre à l’école". Il tâtonne, forge sa propre expérience à travers quelques propositions : les techniques du Théâtre-Forum apprises du Théâtre de l’Opprimé d’Augusto Boal. Par l’improvisation sur des thèmes intimes et/ou communs, par le travail corporel, chacun essaie de se comprendre et de comprendre l’autre. L’idée du cirque ressurgit : les exercices d’acrobaties, de trampoline, de jeu clownesque, de jonglage, l’exigence physique, l’acquisition exigeante d’une compétence technique au sein d’un collectif permettraient de reconquérir la confiance et l’estime de soi. La mésestime n’est pas la moindre des conséquences de cette longue occupation. Ici, les enfants, dès 8 ans, peuvent être emprisonnés, parfois sur la seule accusation d’intention.
… A Hébron, la tension est au maximum en permanence. Les colons israéliens ne se sont pas contentés de s’installer sur les hauteurs alentour comme ailleurs, ils se sont emparés des maisons au cœur de la cité, au dessus et tentent d’étouffer de leurs déchets la ville basse où vivent les familles, où le souk résiste avec vitalité en certains endroits et ferme ses portes en d’autres.

Le cirque a débarqué sous les yeux des enfants violents entre eux, incapables de maîtriser leur agressivité, leurs pulsions ; ils s’insultaient, se jetaient au visage le matériel arrivé pour le jonglage. En quelques mois, la parole, l’échange se sont faits cordiaux et par le travail circassien ils ont exprimé la conscience de leur vécu. Les enfants d’Hébron sont allés à Jenine, ville martyre, écrasée par les chars en 2002, où le Freedom Théâtre fait le même travail avec des adolescents.
Le "cirque social" de Shadi œuvre pour que chaque enfant ayant acquis un savoir-faire le transmette à d’autres. "Nous voulons aider à transformer les émotions négatives en positif". "Que feras-tu désormais devant un char ?" "Je jonglerai". "Et les cerfs-volants passeront au-dessus du mur".

De retour du séjour, plusieurs témoignages ont été réalisés par les participants, à travers la France et un site rend compte du séjour et de la réalité palestinienne

8 mars 2015

Récit publié dans Inter-Peuples n°235, avril 2015

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