De retour du Forum Social Mondial à Tunis, mars 2015

Publié le : , par  Bernard Macret

Quelques informations tout d’abord pour mieux comprendre le F.S.M. : Créé en 2001 à Porto Alegre, le Forum Social Mondial est un espace dédié aux associations, aux mouvements sociaux, aux syndicats, aux mouvements communautaires, aux citoyens qui luttent contre la mondialisation néolibérales, le réchauffement climatique et ses effets néfastes sur les humains et sur la planète. Le F.S.M., c’est un espace de rencontres, de convergences, de créations d’initiatives, d’alternatives, de campagnes. Il est ouvert à tous dès lors que chacun respecte les principes de tolérance, de respect de l’autre, de diversité. Il a lieu tous les deux ans. Déjà en 2013, lors de sa première édition à Tunis, 60 000 personnes sont venues encourager le processus démocratique en marche en Tunisie.

En 2015, de nouveau à Tunis, les peuples du monde unis contre le terrorisme ont manifesté le 24 mars pour la réouverture du musée Bardo où des attentats terroristes avaient causé 23 morts et des blessés. Cette manifestation a connu une mobilisation citoyenne massive, les organisations de femmes tunisiennes y étaient au premier rang. La société civile mondiale n’a pas hésité à exprimer sa solidarité avec la Tunisie. Malgré un temps exécrable, tous se sont montrés unis, les slogans étaient hostiles à toute forme de violence. En marchant jusqu’au musée Bardo, les acteurs sociaux du monde entier ont crié leur réprobation du terrorisme. Cette deuxième édition à Tunis a connu une affluence record, plus de 60 000 participant-e-s, 5045 regroupements, 1750 associations émanant de plus de 127 pays.

Mercredi 25 mars j’ai pu assister à un forum sur les violences contre les femmes en période de transition et de conflits. Des violences physiques, psychiques ont été exercées au début des révolutions arabes alors que les femmes sont les plus mobilisées. Elles se battent pour la reconnaissance de leur place dans la société, de leurs revendications dans tous les processus de transition. Le rapport annuel des Nations Unies fait état de violences faites aux femmes en Libye, en Syrie avec le viol comme arme afin de contraindre les déplacements de populations. En Libye, en Syrie, les soldats, les milices, les groupes armés utilisent les violences contre les femmes. On parle de viols filmés envoyés aux familles, de mariages forcés. L’agression sexuelle devient une arme politique pour réduire les femmes au silence, l’impunité règne, aucune sanction n’est exercée contre leurs auteurs. En Libye les salafistes sont les "sponsors" des hommes et font pression contre les droits des femmes, une seule femmes siège au parlement. Les journalistes femmes ont subi des violences dans leur travail. Les femmes à la tribune ont souligné que le pétrole et ses enjeux financiers a aggravé la situation des femmes. La Libye est en guerre civile et les femmes sont les premières à subir la répression. Le courage des femmes qui ont témoigné est exceptionnel, le Forum Social est un lieu privilégié où peuvent s’exprimer les luttes des femmes opprimées.

Tunis, 24-28 mars 2015 {JPEG}

Le lendemain, j’ai pu assister au Forum des parlementaires mondiaux. De nombreux parlementaires de plusieurs pays étaient présents avec une forte représentation des parlementaires européens du groupe Gue/Nel et de la Gauche Verte Nordique dont la présidente est Gabi Sumer du parti Die Linke. Le témoignage de Fathi Chamki, député tunisien du front Populaire a été remarqué. Il a évoqué la crise sociale qui touche la Tunisie et l’inertie du gouvernement tunisien pour remettre en question la dette de la Tunisie. Il a dénoncé aussi le terrorisme, les attentats qui n’ont cependant pas empêché la tenue du Forum.
Puis ont été abordés trois thèmes : la dette, le rôle des multinationales, la paix. Fathi Chamki souligne que le gouvernement ne contrôle pas l’utilisation de l’argent du pétrole et que la Tunisie rembourse la dette depuis vingt ans. Il demande à la France d’annuler la dette. Sous Ben Ali la dette représentait 41 milliards de dinars, une grande partie de cet argent a été détourné par la famille Ben Ali. Il conclut en appelant à construire un autre monde et à annuler cette dette illégitime qui affame le peuple et devient le terreau du terrorisme et de la tyrannie.
Pablo Salon, conseiller du Forum Social pour la Bolivie souligne qu’ il faut augmenter le salaire minimum des ouvriers dans les mines d’extraction. D’après lui il y a urgence également à avoir dans ces pays une relation différente à la nature, à ne pas changer le cycle vital de la nature en rompant son équilibre. Il faut dénoncer les accords favorisant le business des combustibles.
De leur côté les députés suisses très présents se battent pour créer une loi sur la levée du secret bancaire, une loi contre les criminels et la restitution de l’argent de Ben Ali à la Tunisie. C’est pour eux un devoir de solidarité.
Eric Toussaint du CADTM parle d’un combat commun Nord-Sud. La BCE impose au peuple grec une dette brutale, les revenus de 20% des plus pauvres ont diminué de 86%. D’après lui, les jours des premiers ministres espagnols et portugais sont comptés, d’où leur agressivité contre le gouvernement de Syriza. Il ajoute que la soumission conduit au désespoir et donne l’exemple de l’Equateur et de l’Islande qui ont refusé de payer leur dette. Il faut desserrer l’étau de la Grèce, 80% de la dette est aux main de la "troïka". Il conduit avec Syriza un audit citoyen de la dette afin que les Grecs soient capables d’affronter leurs créanciers.
D’après Miguel Urran de Podemos il faut construire une alternative politique en Espagne contre l’austérité en lien avec le mouvement Izquierda Unida. Lui aussi revendique un audit citoyen de la dette.
Une députée marocaine témoigne du fait que les femmes paient le plus lourd tribut à cette crise économique. De nombreux participant-e-s du Congo, du Bénin, de la RDC font également part du poids de la dette qui accablent les peuples. Ils font aussi part de la répression contre les mouvements sociaux et les femmes. Quatre motions seront décidées par les parlementaires mondiaux à la fin du Forum sur la dette, la paix, l’immigration et les droits de l’homme.

Pour conclure le Forum Social est un processus qui se développe avec le temps, ce n’est pas un simple événement. Cette année la place des femmes, des jeunes, des chômeurs et des exclus aura été centrale. Tout ce processus représente les convergences des luttes contre la globalisation capitaliste afin d’en inverser les rapports de force.

17 avril 2015

Article publié dans Inter-Peuples n°236, mai 2015

FSM 2015 en Tunisie

AgendaTous les événements