Zyed et Bouna : pas de justice, pas de paix ! NON à la justice à 2 vitesses !

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  • Zyed et Bouna 10 ans après… On n’oublie pas !!

    Rassemblement dans le cadre de la journée nationale contre l’impunité des violences policières en particulier contre les jeunes des banlieues.
    A l’appel de : Collectif "Urgence notre police assassine", Collectif "Nous citoyennes", Collectif "La Fringale", Collectif "Logement- hébergement", Maison des Femmes SMH, les Maraudeurs de la Miséricorde, Afric’Impact, CAJ, CIIP, CSRA, CTNE, FUIQP38, Mix’Cité, La Patate Chaude, Ras-le- Front Isère, Solidaires, APPEL, Ensemble Isère, MCS, NPA38, PIR Grenoble

    Grenoble, Félix Poulat
    Tram A&B : “Victor Hugo”

Rappel des faits de l’affaire : "Zyed et Bouna"

"Ils avaient peur, forcément". C’est ce qu’a confié Muhittin Altun en retournant en 2008 sur les lieux de la course poursuite qui l’avait conduit à se cacher avec ses amis Zyed et Bouna dans le transformateur de la centrale EDF de Clichy, le 27 octobre 2005. Comme Zyed, Muhittin avait 17 ans, et Bouna, 15 ans. Muhittin a entendu des sirènes de police, les aboiements des chiens alentours. Puis plus rien. A 18 h 12, après trois quarts d’heure passés dans le réduit, Zyed et Bouna s’électrocutent en effleurant le cylindre de la réactance. Muhittin est grièvement brûlé par la chaleur produite par l’arc électrique. Il parvient à sortir, escalade le mur d’enceinte de la centrale, court jusqu’à sa cité. Il revient aussitôt avec des amis pour porter secours à Zyed et Bouna qu’il croit blessés.
La mort des jeunes embrase les quartiers pendant 3 semaines, tandis que les autorités judiciaires et politiques s’emploient à contester la responsabilité de la police, et à nier l’existence d’une course poursuite. Après cinq ans d’instruction, deux fonctionnaires, un gardien de la paix et une responsable radio seront renvoyés en correctionnelle pour "non-assistance à personne en danger". Le parquet fera appel le 25 Octobre 2010, de ce renvoi. Dans un rapport rendu en décembre 2006, l’Inspection générale des services (IGS) avait pointé la négligence des policiers, expliquant que si l’alerte avait été donnée à temps, EDF aurait pu intervenir un quart d’heure avant l’accident. La police des polices évoquait également "ne légèreté et une distraction surprenante" pour qualifier le comportement des forces de l’ordre. En avril 2011, la cour d’appel de Paris avait accordé un non-lieu aux policiers, annulé en octobre 2012 par la Cour de cassation.

Les jeunes étaient dix. Ils venaient de jouer au foot sur un terrain voisin de Livry Gargan : Aristide, Martin, Bruno et Yahya remontaient l’allée devant eux. Sofiane, Zyed et Muhittin coupaient par une résidence arborée. Bouna, Harouna et David s’amusaient dans un terrain vague qui bordait le funérarium de Livry Gargan. Dans cet établissement, un employé s’agace et avertit le commissariat de "quelque chose de louche".
Il est 17 h 21. Deux minutes plus tard, une voiture de la Brigade anticriminalité (BAC) pile devant le terrain vague. Les policiers interpellent David. Les autres jeunes s’enfuient à travers un jardin public, tandis que la BAC lance un appel radio. Les voitures de police affluent. Cinq au total. Aristide, Martin et Bruno sont arrêtés au Chemin des postes. Cinq autres continuent leur course, et ils entrent dans un petit bois qui entoure la centrale EDF. Par radio, la BAC annonce : "On est sur le terrain vague qui se situe à côté du site EDF […] On va continuer notre progression pour rejoindre le site EDF" Les jeunes traversent le bois à vive allure, se dirigent vers un petit cimetière, seule issue vers la rue des Prés. Mais une voiture de police surgit là aussi.
Il est 17 h 31, l’équipage de police annonce : "On vient d’avoir l’information comme quoi il y aurait des jeunes qui couraient au niveau du cimetière, qui donne sur le terrain vague. Nous, on est sur place. Ramenez du monde". "Cerner le coin ». Les jeunes ont reculé. Harouna et Sofiane se cachent parmi les tombes. Zyed, Bouna et Muhittin rebroussent chemin. Deux policiers sont déjà derrière eux.
A 17 h 32, nouvel appel radio : "Deux individus sont localisés. Ils sont en train d’enjamber pour aller sur le site EDF. Il faudrait cerner le coin… Oui je pense qu’ils sont en train de s’introduire sur le site EDF… Il faudrait ramener du monde, qu’on puisse cerner un peu le quartier quoi. Ils vont bien ressortir… En même temps, s’ils entrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau". Sur place se trouvent 14 fonctionnaires, et 4 autres sont à l’écoute, à distance. Une dizaine d’entre eux dira ne pas avoir entendu l’appel. Même les policiers qui approchent leurs véhicules pour fermer les rues conduisant à la centrale. Pas un fonctionnaire n’avertit les services d’EDF de l’intrusion des jeunes. Le policier qui a pris sa radio a aperçu deux garçons : l’un en train de sortir du cimetière, l’autre déjà au delà. Il ne les a pas non plus prévenus du danger. "Ça ne m’est pas venu à l’esprit", dira-t-il aux juges. Avec son adjoint, il se rend devant l’entrée de la centrale. Il grimpe sur une poubelle pour localiser les jeunes. Ne voit rien et retourne au cimetière. Arrivés là, les policiers interpellent Harouna et Sofiane qui s’y cachaient toujours.
Il est 17 h 40 : "Interpellation de deux individus : un, type africain, habillé en bleu ; un type NA [nord africain, ndlr], donc au cimetière de Clichy". Les policiers font leurs comptes : ils ont 6 interpellés. Yahya s’est échappé. Zyed, Bouna et Muhittin restent cachés dans le transformateur.
A 17 h 47, les policiers sont de retour au poste. Si EDF avait été prévenue, elle aurait pu intervenir un quart d’heure avant l’accident, calcule l’Inspection générale des services (IGS).
A 18 h 12, l’électrocution des jeunes provoque une chute de tension du réseau électrique de la ville. Les lumières s’éteignent brièvement au commissariat. Appelés par les amis de Muhittin, les pompiers interviennent peu avant 19 heures. Les familles sont invitées à venir chercher leurs enfants au commissariat. Aucune procédure n’a été ouverte. "Aucun délit, ni tentative de délit n’avaient été commis par les jeunes", indiquera le lieutenant de permanence.

Le Lundi 18 Mai 2015, soit 10 ans après les faits, Le tribunal correctionnel de Rennes décide de suivre les réquisitions du Parquet et de relaxer les 2 fonctionnaires de police poursuivis pour non- assistance en danger. A ce jour, les avocats veulent faire appel.

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