Podemos, les Indignés : espoir en Espagne ?

Publié le : , par  Jo Briant

Lors des municipales et des régionales de mai dernier les électeurs ont exprimé un ras-le-bol et surtout un désaveu vis-à-vis des formations traditionnelles, notamment le Parti Populaire et le PSOE - Parti socialiste ouvrier espagnol - qui réunissaient 84% des voix en 2008 aux législatives. Dimanche 24 mai, ils n’ont rassemblé que 52% des voix. Ce changement est porté par deux partis : Podemos, né du mouvement des "indignés" qui a obtenu de 8 à 21% selon les villes, et Ciudadanos ("Citoyens") plutôt centriste (de 4 à 12%). Première concrétisation de cette percée : deux Indignées – Manuela Carmena et Ada Colau - ont été élues maires de Madrid et de Barcelone. Elles portent – avec leur mouvement - l’espérance d’une partie significative d’un peuple espagnol qui souffre de la crise économique et des politiques austéritaires et inégalitaires qui leur ont été imposées jusqu’ici : 35 % des jeunes sont au chômage, 60 % d’entre eux sont condamnés à vivre chez leurs parents… Au-delà de Barcelone et de Madrid, cette percée de Podemos et de listes portées par le mouvement des Indignés est également réelle dans le reste de l’Espagne.

Podemos : Oui, Nous pouvons !

L’origine de Podemos se trouve dans le Manifeste : "Mover ficha : convertir la indignacion en cambio politico" (en français : Prendre les choses en main, convertit l’indignation en changement politique). Rappelons-nous : ces "Indignados", ces indignés qui occupaient les places dans les années 2010-2011, notamment en Catalogne, mais aussi à Madrid et dans de nombreuses villes d’Espagne et qui dénonçaient l’appropriation des richesses par une minorité, le pouvoir exorbitant des banques, l’exclusion économique et sociale d’une grande partie du peuple espagnol… Podemos est bien le prolongement des indignés, mais avec le projet de dépasser le stade de l’indignation et de la dénonciation et de l’inscrire dans le champ politique. Il est essentiel et prometteur que Podemos ait brisé le bipartisme dans lequel s’enfonçait la société espagnole. La ligne politique de Podemos a été exposée dans un document assez récent (automne 2014) intitulé "construire la démocratie" dont on peut dégager 4 objectifs essentiels :

  • Redresser l’économie en renforçant le contrôle public, en réduisant la pauvreté et en instaurant la "dignité sociale" via un revenu de base pour tous. Ce qui implique le contrôle des lobbies et de l’évasion fiscale des grandes entreprises et multinationales, ainsi que le soutien aux petites entreprises.
  • Promouvoir la liberté, l’égalité et la fraternité en abattant les frontières à travers l’Europe et en permettant la coopération entre les personnes sans contrôle ni surveillance des communications…
  • Redéfinir la souveraineté en révoquant le Traité de Lisbonne ( 2007), Traité qui a été imposé aux peuples européens alors que certains d’entre eux – les peuples français et néerlandais - avaient dit Non au Traité constitutionnel, en 2005, en privilégiant des accords de coopération et en régulant les échanges économiques.
  • Récupérer la terre en réduisant la consommation de combustibles fossiles, en promouvant les transports en commun et les énergies renouvelables, en privilégiant l’agriculture locale…

L’intelligence des militants de Podemos est d’avoir su réconcilier les mouvements associatifs, dont ils sont issus, et la politique institutionnelle. Ada Colau, qui a conduit la liste citoyenne dans la capitale catalane, a été de tous les combats contre la corruption et les expulsions. Bien sûr, l’expérience grecque montre combien le combat est rude quand il faut résister aux forces financières et économiques. Il reste que ce qui se passe en Grèce et en Espagne est pour le moins prometteur pour l’ensemble de l’Europe et pose une question radicale à la gauche de la gauche française incapable jusqu’ici de proposer une alternative crédible et "attractive"… Sans doute faut-il plutôt attendre une dynamique de changement du tissu citoyen, des comités de lutte contre la précarité, pour le logement, pour la retraite à 60 ans, contre toutes les exclusions, contre les grands projets inutiles…


Article publié dans Inter-Peuples n°238, été 2015

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