Agriculture : pour un tout autre système… édito septembre - octobre 2015

Publié le : , par  CIIP

Un paradoxe en même temps qu’un scandale de gaspillage et d’injustice : près d’un milliard de personnes souffre encore de la faim, auxquels il faut ajouter au moins un autre milliard d’êtres humains sous ou malnutris. Et 80% de ces personnes… sont des ruraux ! La terre produit bien assez pour nourrir les êtres humains et même plus qu’il n’en faut. Pourquoi un tel scandale ? Et pourquoi des dizaines de milliers de paysans sont-ils chassés ou contraints de quitter chaque année leurs exploitations ? De quelle autonomie disposent les paysans du monde face à ce qu’on appelle l’agro-industrie détenue, pilotée par des multinationales qui monopolisent de plus en plus de terres, d’engrais, de semences… A quelles conditions les paysans peuvent-ils conquérir une souveraineté alimentaire ? A l’évidence la croissance accélérée du système agro-industriel actuel ne peut déboucher que sur un désastre annoncé. Mais de nombreuses résistances et alternatives voient le jour : seule leur généralisation permettra de répondre aux grands enjeux alimentaires et environnementaux actuels.

Ces résistances et ces alternatives pour un autre système agro-alimentaire sont expérimentées par des groupes de paysans et de consommateurs africains, indiens, colombiens, mais aussi européens et autres dans le monde entier. Ils sont soutenus et organisés par la Via Campesina (en France, la Confédération paysanne) et par de nombreux acteurs de la société civile (notamment ceux du mouvement altermondialiste)… Leurs priorités : promouvoir une agriculture et un élevage biologiques qui excluent l’usage de pesticides et d’engrais chimiques, instaurer des circuits courts entre producteurs et consommateurs, exiger l’interdiction immédiat des monocultures (agro-carburants, soja, palmier à huile, etc.) qui se substituent aux cultures vivrières, épuisent et stérilisent les sols. Il est aujourd’hui démontré que seule l’agriculture paysanne, encore dominante au moins numériquement au niveau mondial, est en mesure de respecter ces priorités et de nourrir l’ensemble de la population tout en protégeant l’environnement et la biodiversité. Il est urgent de la préserver et de la soutenir en interdisant l’accaparement des terres par l’agro-business et les banques.

Nous avons donc besoin dans chaque pays, à commencer par la France, d’une réforme des structures agraires capable de faire respecter ces règles vitales. Les terres cultivables, les prairies naturelles, les forêts et les ressources en eau doivent être traitées comme des "biens communs globaux" mis à l’abri de toute prédation par des intérêts privés, et ce dans un cadre clair qui garantisse le droit des peuples à exercer leur souveraineté alimentaire et à définir leur politique agricole. Un chemin difficile qui implique d’établir un rapport de force avec des Etats, les institutions comme l’OMC et la Banque mondiale, les multinationales agro-alimentaires et les grands propriétaires fonciers. Une lutte déjà entamée au Sud comme au Nord, à nous citoyen-ne-s d’appuyer toutes ces résistances et ces initiatives pour une autre agriculture et une autre alimentation.

édito publié dans Inter-Peuples n°239, septembre-octobre 2015

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