Pourquoi faire ses propres semences ? Jacques Berguerand, coopérative Longo Maï de Limans

Publié le : , par  Marc Ollivier

Le film en quatre DVD produit par Longo Maï et le Forum Civique Européen se veut un outil pédagogique pour apprendre à faire soi-même ses semences, ce qui n’est pas très difficile, ne coûte rien, est même un réel plaisir. Ce savoir ne doit pas rester dans les seules mains de spécialistes qui privatisent l’accès aux semences par le brevetage et la création de variétés hybrides stériles.
Faire soi-même ses semences procède d’un acte gratuit, qui permet de démystifier ce savoir. Il s’agit au contraire d’un patrimoine commun à se réapproprier, à protéger et à faire fructifier.

Pourquoi faire ses propres semences ?

Produire ses propres semences procure plus d’autonomie.
Cela vous permet de contribuer à la conservation de ce patrimoine commun qui s’est développé pendant d’innombrables générations, et qui est en train de disparaître. C’est aussi un acte de désobéissance civile face à des lois de plus en plus restrictives, qui permettent aux grands semenciers d’avoir la main mise totale sur cette ressource essentielle de la vie.
Le monopole de l’agro-industrie sur un marché standardisé et mondialisé a provoqué la destruction de systèmes agraires millénaires et de communautés paysannes qui avaient permis à des générations de se nourrir. Alors qu’il existait des milliers d’espèces alimentaires sur la planète, elles sont aujourd’hui en voie de disparition accélérée et l’alimentation mondiale repose sur un nombre très restreint d’espèces végétales.

Autrefois, chaque pays, chaque vallée avait sa variété adaptée au terroir.
Les échanges entre paysans étaient multiples. Les variétés voyageaient. L’agriculture industrielle, elle, nécessite des variétés « homogènes » et « stables », le contraire des critères de sélection paysans qui travaillent sur des “populations“. Populations où il existe beaucoup de diversité, de faculté d’adaptation, d’évolution, de résistance aux contraintes fluctuantes du milieu : tout le contraire des “variétés“ industrielles. On sait aussi, au niveau agronomique, que la plupart des maladies des plantes sont créées aujourd’hui par l’agriculture industrielle. Les monocultures actuellement pratiquées par une agriculture simplifiée et mécanisée à l’extrême entraînent une érosion génétique irréversible, porteuse de famines à venir. Elles sont une insulte à l’ingéniosité sans limite de générations de paysans qui, grâce à elle, ont pu survivre.

En Europe, une législation extrêmement restrictive
Elle oblige les producteurs de semence à inscrire leurs variétés sur un catalogue officiel qui impose des critères très stricts de sélection : la "DHS", distinction, homogénéité, stabilité. Ces critères sont dictés par les besoins de la production intensive, et ne sont absolument pas adaptés aux semences anciennes et aux petits producteurs. Ceux qui ne respectent pas ces lois peuvent se retrouver au tribunal, comme l’association « Kokopelli » a pu en faire l’expérience en France à maintes reprises. Ces lois doivent être combattues, mais la meilleure façon de leur résister est que de plus en plus de personnes produisent leurs propres semences, que ce soit légal ou non.

Nous sommes dans une époque de conflits
Chaque guerre, chaque crise économique renvoie les individus, les sociétés civiles, vers leurs besoins les plus essentiels : se loger, s’habiller, se nourrir. Et le constat est amer : un citadin ne sait plus cultiver une plante, un paysan dépend presque exclusivement de quelques grosses multinationales pour s’approvisionner en semences. En Grèce, en Syrie, ailleurs, les populations déstabilisées par la crise, la guerre, recherchent des semences. En Syrie et en Irak, berceau des céréales, en Afghanistan, où de nombreux légumes trouvent leur origine, les banques de semences ancestrales ont été détruites systématiquement par les occidentaux : elles représentaient un patrimoine inestimable de semences anciennes domestiquées par des générations de paysans. Et il est trop dangereux de confier ce patrimoine à quelques “banques génétiques“ difficiles d’accès pour le paysan. Ne pas oublier aussi les sanglantes “émeutes de la faim“ de ce début de 21ème siècle, urbaines pour la plupart, dans un contexte de spéculations sur les céréales, et de perturbations climatiques.

Dangers des OGM
Aujourd’hui, les plantes manipulées génétiquement recouvrent, au niveau mondial, une surface agricole équivalente à celle de l’Europe de l’Ouest.
Depuis 2001, on sait que les collections de maïs anciens du Mexique, berceau de cette culture, sont contaminées par du maïs OGM importé des États-Unis. Ces OGM qu’on veut nous imposer ne résoudront en rien la famine et la malnutrition, ou les maladies des plantes et des humains. Elles sont au contraire un danger, pour l’environnement, pour la santé.
En France, le travail de sélection sur l’avoine a été abandonné par les instituts de recherche parce que cela coûte cher, et que les chevaux de trait ont disparus, eux dont l’avoine était le carburant principal. Mais qui sait si, un jour, nous ne devrons pas revenir à la traction animale ?

Il est essentiel de comprendre ces données
Car elles hypothèquent l’avenir agricole de la planète, tout en nous faisant croire qu’elles sont la seule voie possible pour assurer l’alimentation d’une humanité en expansion démographique.
L’équation est simple : la disparition des paysans, c’est la disparition des variétés et des savoir-faire qui leur sont attachés. C’est pour cela que l’on dit que les paysans et les jardiniers sont les gardiens des semences, et qu’il faut multiplier leur installation. Pour toutes ces raisons, il nous faut conserver toute la diversité possible des variétés anciennes, et leur accès libre et gratuit, car elles sont les semences du futur. La seule garantie de leur survie est d’être cultivées dans nos jardins, pas d’être conservées dans des frigos ou des banques de gènes.

Jacques Berguerand,
membre de la coopérative Longo Maï de Limans

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