"Les Identités meurtrières" d’Amin Maalouf

Publié le : , par  Jo Briant

Amin Maalouf est un écrivain d’origine libanaise arrivé en France en 1976. A la question lancinante qui lui est souvent posée : «  Vous sentez-vous plutôt Libanais ou plutôt Français ?  », il répond : «  l’un et l’autre ». Et d’ajouter parfois : « En réalité, je suis plus que l’addition de ces deux origines et de ces deux cultures ».

Dans son ouvrage si actuel et si central ‘Les identités meurtrières’, Amin Maalouf analyse et démonte cette vision si répandue et finalement si "meurtrière" selon laquelle chaque personne serait principalement définissable par son origine culturelle, origine – française, algérienne, libanaise, africaine..- quasi essentialisée, déterminée à la naissance du fait de cette appartenance originaire. Comme si tout le reste - notre trajectoire d’homme ou de femme libre, nos convictions acquises, nos affinités, notre vie en somme - ne comptait pour rien au regard de notre origine.

Pourquoi cette insistance à vouloir sommer toute personne à décliner son "identité" ? Pourquoi cette postulation implicite d’une prétendue appartenance principale, "essentielle", d’ordre religieux, ethnique, national ? Comme s’il fallait gommer, voire refouler nos appartenances si diverses, nos choix personnels, notre mode de vie, nos goûts artistiques ou… culinaires ? Il n’est pas rare qu’une personne, immigrée par exemple, qui revendique une identité plus complexe que celle liée à son origine, soit en butte à l’incompréhension, à la méfiance voire à l’hostilité. Alors qu’en lui, s’il est par exemple d’origine algérienne, s’additionnent et se croisent peut-être, d’une façon inextricable, les influences françaises, européennes, occidentales, arabes, berbères, africaines, peut-être musulmanes… S’il ose "avouer" cette complexité, peut-être sera-t-il regardé comme un renégat, un traître…

Amin Maalouf nous invite à ces questions fondamentales pour le moins actuelles : que signifie le besoin d’appartenance collective, qu’elle soit culturelle, religieuse ou nationale ? Pourquoi cette sommation de plus en plus pressante de se définir par rapport à telle ou telle origine ou identité exclusive ? Nos sociétés, que ce soit ici en France, en Europe, au Maghreb, en Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient, sont-elles condamnées à la violence, jusqu’à la barbarie, sous prétexte que tous les membres d’un groupe n’emploient pas la même langue, ne partagent la même foi, n’ont pas la même couleur ?

L’identité – si ce concept a un sens - n’est pas donnée une fois pour toutes. C’est une construction et le produit de parcours divers et de choix divers et libres. Amin Maalouf nous invite à un humanisme ouvert qui doit refuser toute uniformisation et tout repli sur la "tribu". En ce sens il est d’une actualité brûlante et doit nous inciter à inventer un vivre ensemble fondé sur la pluralité solidaire. Nous sommes bien tous égaux et différents…

Article publié dans Inter-Peuples n°240, novembre 2015

Coup de cœur...

AgendaTous les événements

août 2017 :

Rien pour ce mois

juillet 2017 | septembre 2017