Le Prix Nobel de la Paix 2015 : Une reconnaissance pour la société civile tunisienne ! C’est énorme ce qui arrive au peuple tunisien

Publié le : , par  Khaled Ben Saïdane

Nous avons eu maintes fois l’occasion de critiquer les critères de l’attribution annuelle du Prix Nobel de la Paix. Mais en cette année 2015 nous ne pouvons que nous féliciter de l’attribution de ce Prix au peuple tunisien à travers un "Quartet" et de son combat pour l’élaboration et la construction d’une société sur une base démocratique. Nous avons demandé à Khaled Ben Saïdane, membre du CA du CIIP, de nous expliquer le sens positif de ce Prix Nobel 2015.

C’est une joie immense qui a envahi les citoyennes et les citoyens tunisiens fiers d’avoir cette médaille du Prix Nobel de la Paix 2015, conscients de l’importance du symbole de ce prix de la Paix pour le travail effectué par la société civile tunisienne. Cette société civile riche de femmes et d’hommes proches du peuple, représentée par 4 organisations fondamentales dans l’histoire tunisienne : Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme (LTDH), Ordre des Avocats et Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (UTICA).

Depuis les crimes politiques islamistes qui ont frappé le leader du Front Populaire Chokri Belaid (février 2013) et l’Elu du Front Populaire à la Constituante (juillet 2015), les élites proches du peuple n’ont cessé d’appeler au "dialogue national" et au front contre l’islamisme et le terrorisme. Ce prix Nobel est le leur.
C’est une grande consécration pour les Tunisiens, c’est contre toute attente à travers le quartet parrain du dialogue national, sur une sélection de 68 organisations et 205 personnes que le comité Nobel attribue à la Tunisie le prix Nobel de la paix 2015.

Au lendemain des élections de la Constituante et devant la recrudescence de la violence le martyr Chokri Belaid avait alors proposé à l’UGTT, la LTDH et l’Ordre des avocats de lancer le dialogue national. Après son assassinat, la société civile et le quartet se sont attelés à la tâche. Le dialogue national avait démarré un 16 octobre 2012, dont la première initiative a été boycottée par les partis CPR (de l’ex président Moncef Marzouki) et les islamistes Wafa et Ennahdha. Les Tunisiens étaient alors retournés dans la rue pour sauver leur Révolution, soutenus par les parlementaires de l’opposition et notamment ceux du Front populaire. C’est ainsi que le Quartet a eu un rôle décisif dans la reprise du processus de dialogue qui a abouti à l’adoption de la nouvelle Constitution le 26 janvier 2014 .
Et, bien que les élections 2014 aient ramené de nouveau les islamistes au pouvoir grâce à leur alliance avec les destouriens [1] de retour dans les affaires, la société civile est restée mobilisée pour dénoncer les dérives et les interprétations extrémistes- islamistes de la Constitution.

Le prix Nobel est venu au bon moment pour remettre de nouveau le quartet de la société civile au devant de la scène, écarté entre-temps par le pouvoir, afin de travailler à la rectification des dérives de l’alliance "destouro-islamiste-mercantile", et afin de concrétiser pour le peuple la Dignité, la Liberté, et la Justice sociale.
Il faut se tenir plus que jamais aux côtés du peuple tunisien, car rien n’est abouti en Tunisie qui continue à subir des épreuves comme l’ont montré les attentats du Bardo et de Sousse et où la crise sociale est toujours aussi prégnante.
Ce prix est une grande consécration, c’est une marque de reconnaissance pour les efforts déployés par toutes les forces vives de la société tunisienne qui ont défendu avec fermeté et détermination les principes de consensus démocratique en une étape cruciale de son histoire. Félicitation au peuple tunisien.

Que des millions de jasmin fleurissent en Afrique et en Méditerranée… et sur les tombes des martyrs.

Article publié dans Inter-Peuples n°240, novembre 2015

[1le Néo-Destour : parti fondé sous Bourguiba

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