Si se puede !

Publié le : , par  David Delhommeau

Oui, comme le dit si bien notre ami David Delhommeau, espérons que les chants d’espoir s’envolent d’Espagne et atteignent la France. Nous - militants français pour le moins en quête d’alternative politique - avons tellement besoin d’un souffle de révolte et d’espérance sociale. "Podemos", oui nous Pouvons si nous le voulons vraiment...

Une semaine après le second tour des régionales en France, l’Espagne vote à sont tour le 20 décembre 2016 pour des élections générales afin de désigner ses députés. A peine remis de la "gueule de bois" électorale du 13 décembre, je pars à Madrid pour observer les élections au sein d’un pays qui présente des alternatives politiques issues de la société civile et représentées par Podemos [1] (gauche) et Ciudadanos [2] (centre droit).
Plus précisément, je décide de rejoindre le dimanche soir des élections la plaza de la Reina Sofia, dans le quartier populaire de Lavapies, là où Podemos organise ses rassemblements.

Les feux de la gare centrale d’Atocha brillent au loin, alors que la foule se rassemble peu à peu sous le musée Reina Sofia, qui abrite notamment le chef d’œuvre de Picasso, Guernica, symbole de la dénonciation de la violence franquiste et fasciste, et de l’horreur de la guerre en général.
Devant une estrade dressée au fond de la place, et sous les fenêtres des immeubles qui la borde, des groupes se forment et échangent sur la bonne nouvelle de la soirée : Podemos obtient près de 21 % des voix, soit environ 70 députés sur un total de 376. Un peu derrière le parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), mais devant les Ciudadanos. Le score est au-delà des sondages qui attribuaient 16 à 18 % à Podemos, mais en deçà des espoirs des militants et sympathisants du mouvement qui espéraient dépasser le PSOE.
Le bipartisme qui domine la vie politique espagnole depuis l’instauration de la démocratie il y a 40 ans vient de voler en éclat. Pour autant, le parti de droite est arrivé en tête.
Sur la plaza de la Reina Sofia, l’attente des représentants de Podemos, et de leur leader Pablo Iglesias, se déroule dans une ambiance mêlant de la joie et de la gravité. Face à un écran géant qui projette une chaîne de télé espagnole d’information en continu, la foule commence à entonner les chants qui ont accompagné toutes la campagne de Podemos : les "Si se puede !" [3] se disputent aux "Si, nos representan !" [4] qui marquent à la fois un espoir très fort pour un changement de politique et un lien de proximité avec les responsables du mouvement.

Des ballons violets au couleur du mouvement sont distribués et flottent au-dessus des têtes d’une foule qui grossit au fil de la soirée.
L’attente se prolonge tard dans la nuit, chacun attendant avec impatience l’arrivée des "Podemos" pour communier avec lui et lui transmettre son énergie pour l’exercice de ses nouvelles responsabilités.

Le violet, couleur de Podemos

A minuit et demi, le déploiement dans une ambiance bon enfant du service d’ordre au pied de l’estrade annonce l’arrivée des responsables. Les "Si se puede !" redoublent quand une vingtaine de personnes montent sur la scène. En majorité trentenaires, ils sont la nouvelle force politique de l’Espagne et prennent la parole tour à tour. Chacun rappelle l’espoir que porte cette élection, et quand vient le tour de Pablo Iglesias, la foule retient son souffle, attendant une annonce dans un contexte politique de recherche d’une majorité par la constitution d’une coalition. Il n’en est rien, le temps étant nécessaire avant d’envisager les combinaisons qui commenceront dès le lendemain matin.
Dans son discours, Pablo Iglesias rappelle ses filiations familiales et politiques, et proclame le changement comme nouvelle arme politique. Pas de grand soir, ni d’appel à la révolution, mais un rappel que le changement commence par une série de "pequeňas cosas", de "petites choses" qui, agrégées les unes aux autres, font le changement.
Ce passage me rappelle un extrait d’Ecrits politiques 1914-1920, d’Antonio Gramsci : "la conscience de notre force devient plus grande, plus agissante précisément quand nous sentons plus vivement le lien qui unit ces petits faits d’Espagne ou du Japon ou de France ou des États-Unis ; nous nous sentons molécules agissants d’un monde en gestation, nous sentons cette marée qui monte lentement mais fatalement, et combien l’infinité des gouttes qui la forment sont fortement unies ; nous sentons que dans notre conscience vit vraiment l’Internationale."

"Podemos"

El pueblo unido jamás será vencido ! [5], repris d’une chanson chilienne de 1973, ainsi que a galopar, hymne des républicains espagnols durant la guerre d’Espagne, sont ensuite chantés à pleins poumons par l’assemblée pour marquer l’unité et la solidarité qui règne ce soir du 20 décembre sur la plaza Reina Sofia dans l’air frais d’une soirée madrilène.
Un petit air d’Amérique latine flotte dans l’air, comme un rappel que l’esprit de révolution citoyenne qui anime Podemos puise son origine dans quelques expériences menées sur ce continent depuis une vingtaine d’années.
L’espoir que ces chants s’envolent au delà des frontières espagnoles et retombent dans d’autres pays européens m’accompagne sur le chemin du retour.

Article publié dans Inter-Peuples n°243, février 2016

[1nous pouvons

[2citoyens

[3oui c’est possible !

[4oui ils nous représentent !

[5le peuple uni ne sera jamais vaincu !

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