Algérie, Polynésie : soutenir et indemniser les victimes des essais nucléaires !

Publié le : , par  Jo Briant, Marc Ollivier

Lundi 22 février 2016, le président François Hollande a reconnu –enfin !- que les essais nucléaires menés sur les atolls polynésiens Moruroa et Fangataufa avaient bien eu un impact sur l’environnement ainsi que sur la santé des habitants de plusieurs archipels. Mais sans remettre en question le bien fondé de ces essais, « nécessaires » selon lui, car « garantissant l’indépendance nucléaire de la France » (indépendance pourtant reniée depuis la décision de Sarkozy et de Hollande lui-même de réintégrer l’OTAN). Regrettons qu’il n’ait pas étendu cette reconnaissance tardive aux victimes des essais français menés en Algérie entre 1960 et 1966.

Ces victimes des explosions atomiques françaises font partie des victimes de toutes les bombes nucléaires baptisées "essais" aux États-Unis, en URSS et ailleurs avant et après les massacres d’Hiroshima et de Nagasaki.
Les campagnes d’essais nucléaires menées par la France d’abord dans le Sahara, puis en Polynésie, ont eu pour but, comme tous les essais effectués par d’autres pays, de mettre au point toutes les technologies nécessaires à la production des armes "atomiques". D’après le Ministère de la Défense, un total de 210 essais ont été effectués au cours de ces campagnes.

Algérie, Polynésie : L’Etat français doit enfin indemniser toutes les victimes des essais nucléaires

Les essais nucléaires français ont d’abord été pratiqués de 1960 à 1966 en Algérie : 4 essais aériens de 1960 à 1961 à Reggane au Sahara, sans aucune protection réelle des populations, suivis de 13 autres essais souterrains de 1961 à 1966 à In Eker (dans le Hoggar). Concernant les essais en Algérie, le Rapport du CEA (Commissariat à l’Energie Atomique) – peu suspect d’intention critique !- montre l’existence d’une zone contaminée de 150 km de long environ.
Mais en 2013 la carte classée « secret défense » des retombées réelles est enfin divulguée et montre l’immensité des zones touchées. Des taux de radioactivité significatifs- iode 131, césium 137- sont relevés. L’Observatoire des Armements [1] a mené des enquêtes sur le terrain et enregistré des témoignages accablants.

Face aux protestations des habitants et compte tenu des fortes réserves émises par l’Etat algérien, les autorités politiques françaises ont décidé à partir de 1966 de poursuivre leurs essais nucléaires en Polynésie, car cette région est excentrée, éloignée… et il est plus difficile pour des observateurs critiques de s’approcher des centres d’expérimentation pour recueillir informations et témoignages.
Un polygone de tir atomique a été construit à Moruroa et à Fangataufa. Le 2 juillet 1996 a eu lieu le premier essai nucléaire aérien sur l’atoll de Moruroa Un premier essai qui fut une véritable catastrophe : avec la montée des nuages radioactifs et le vent, il y eut des retombées dramatiques sur l’île de Mangareva, située pourtant à 400 km de Moruroa. . Au total 46 essais nucléaires aériens ont été réalisés en Polynésie française, générant des conséquences sanitaires et environnementales mises à jour très difficilement, compte tenu de la politique de « secret défense » imposée en permanence par les autorités françaises.

Beaucoup de séquelles et maladies… et très peu d’indemnisations

Les contaminations sont pourtant bien réelles, mises à jour par des commissions citoyennes associant les populations touchées par les essais qui ont pu révéler que le taux de radioactivité a été en fait – en Algérie comme en Polynésie- de six à sept fois supérieur à la normale. C’est notamment à partir des années 1990 qu’ont été observées des leucémies aigües et de nombreux cancers (255 cas officiellement enregistrés pour 100 000 habitants). Encore aujourd’hui 500 cancers se déclarent chaque année dans une population de 260 000 personnes… On peut parler d’un véritable crime d’Etat. Un Comité officiel d’indemnisation des victimes d’essais nucléaires (en Algérie et en Polynésie) a bien été créé par la loi Morin (2010)… mais qui n’a accepté de reconnaître et d’indemniser… que 19 cas ! Et entre temps de nombreuses victimes sont décédées.

Tout a été fait par les autorités françaises pour dissuader Algériens et Polynésiens d’enquêter et de porter plainte, en imposant dès le début des essais un gouvernement militaire, en doublant voire triplant le salaire des civils polynésiens travaillant sur les sites et en exigeant d’eux parallèlement le « secret défense » absolu. Obsessions permanentes de l’Etat français : cacher aux populations les risques de contamination et éloigner au maximum les témoins potentiels…
Ne pas oublier enfin les graves conséquences environnementales : de nombreux atolls (récifs coralliens) ont été contaminés.

Une page noire de l’histoire coloniale de la France et ce ne sont pas les vagues regrets de François Hollande (qui n’ont pas été accompagnés de propositions précises) qui changeront quoi que ce soit à ces atteintes gravissimes à la santé des populations et à leur environnement.

[1Cet observatoire a deux objectifs : d’abord informer les citoyens des réalités des armements en France et dans le monde et ensuite mobiliser ces citoyens pour le désarmement et pour la paix"

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