Le printemps grec : rêve ou réalité

Publié le : , par  M Christine Raymondos

De l’espoir Syriza à la capitulation de juillet

La victoire de Syriza en janvier 2015 était porteuse d’espoir pour la Grèce mais aussi pour les autres pays d’Europe du fait de l’arrivée d’un gouvernement de gauche radicale voulant rompre avec les politiques d’austérité, et porté par un mouvement populaire .

C’était sans compter sur l’acharnement des instances européennes et notamment la "troïka", constituée du FMI, de la commission européenne, de la BCE.

Dés le mois de janvier le désaccord avec les instances européennes est visible, jusqu’à l’accord du 20 février, censé donner du temps mais qui marque déjà les prémices d’une capitulation.
Le 4 février 2015, le coup de force de la BCE revient à couper les liquidités à la Grèce. Elle veut faire plier le pays, comme elle l’a fait en Irlande et Chypre.

Des voix discordantes se font sentir au sein même de Syriza pour oser "la rupture" mais la question centrale est "Est-il possible de rompre avec les politiques d’austérité sans rompre avec l’euro et les traités européens ?"

La stratégie de l’étranglement économique mise en place par l’UE jusqu’à fin juin 2015 montre qu’il n’y a pas de négociations, mais bien la volonté de soumettre un pays aux diktats de l’Europe libérale. Cette longue agonie se fait sans aucun soutien des autres pays européens y compris ceux de gauche.

Lors du référendum du 5 juillet, le non aux politiques d’austérité l’emporte à 61,32 % des suffrages malgré les pressions internes et celles des autres dirigeants européens.

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Photo from Flickr - CC - by Nana B Agyei

L’accord mortifère du 13 juillet et le 3eme mémorandum

L’accord installe la mise sous tutelle de la Grèce, revient sur les quelques lois adoptées depuis l’arrivée de Tsipras, met en place le bradage du patrimoine public, la réforme des retraites, l’augmentation de la TVA. Le rétablissement des conventions collectives et la hausse du Smic sont reportés. Ce paquet de mesure a des effets récessifs sur l’économie.
Certains patrons n’hésitent pas à quitter le pays en laissant les ouvriers dans les usines, les bâtiments etc., c’est ce qui a conduit à des reprises en autogestion par des salariés : ex l’usine VIOME dont un représentant est invité à Grenoble le 31 mars 2016.

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Vio.Me. Occupe, Résiste, Produit !
Solidarité pour la lutte des travailleur-se-s de l’Usine de Vio.Me. pour l’autogestion

Les conséquences humanitaires et sanitaires sont sans précédent pour un pays développé, avec 30% de personnes qui n’ont plus accès aux soins (enfants sans vaccins, plus de médicaments dans les hôpitaux pour des chimiothérapies).

Cette situation est aggravée par l’arrivée des réfugiés et le blocage de certaines frontières. C’est toujours la solidarité qui prend en charge les Grecs et les réfugiés.

L’organisation de la solidarité

Depuis 2010 de nombreuses structures sont mises en place en Grèce. Il y a environ 50 dispensaires autogérés soutenus par le gouvernement (!!) les députés de Syriza donnent 25% de leurs indemnités à "Solidarité pour tous" qui coordonne les dispensaires mais certains veulent être indépendants. Ils pallient le désengagement de l’État en terme de santé et ne fonctionnent qu’avec des bénévoles.

En France la solidarité se mesure par l’existence d’une trentaine de collectifs dont l’objectif est de dénoncer des politiques d’austérité et leurs conséquences sur les populations et d’organiser des actions pour financer les dispensaires autogérés. A Grenoble le "Collectif contre l’austérité en Grèce et en Europe [1]" a été créé en mars 2015 à l’initiative d’ATTAC 38 et le CADTM/Grenoble

Les conséquences politiques

La démission de Tsipras provoquant des élections anticipées en septembre 2015 n’a pas permis aux dissidents de Syriza rassemblés dans le nouveau parti "unité populaire" d’obtenir des sièges au parlement.
Depuis la grève générale du 4 février des manifestations de grandes ampleurs ont lieu à Athènes. Le prochain dépôt d’un ensemble de lois sur la sécurité sociale, sur le travail, sur les impôts pourrait entrainer soit un soulèvement de la population encore plus important, soit une grave crise politique interne avec de nouvelles élections.
Les concessions de l’UE à l’égard de la Grande Bretagne ont mis en évidence une différence de traitement selon que l’on prône le libéralisme ou pas.

L’exemple grec n’aura pas été vain car il a déclenché une prise de conscience en Europe sur le pouvoir des institutions européennes et de la finance et sur le déni de démocratie, ce qui qui pose clairement la question de la désobéissance aux traités européens.

Article publié dans Inter-Peuples n°245, avril 2016

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