Les populations du Mali dans la tourmente

Publié le : , par  Etamé M’bappé, Marc Ollivier

Inter-Peuples 211 - Novembre 2012
Le destin du Mali est-il résolument lié au mois de Mars ? On peut être tenté de le croire.

Le 31 mars 59, l’ancien Soudan français accède à l’autonomie interne, qui débouche sur l’indépendance dans le cadre de la fédération du Mali, proclamée en 1960, mais rapidement réduite au territoire du Mali actuel, après la sécession du Sénégal. Un régime dirigé par Modibo Keita ( à qui on doit ceci : « ... Nous voulons être les dignes héritiers de nos ancêtres, les artisans d’un Mali resplendissant de prospérité intérieur et de rayonnement international. ... En donnant le nom Mali à notre jeune République, nous avons devant l’histoire fait le serment de réhabiliter les valeurs morales qui ont fait la grandeur de l’Afrique. » ) y applique une politique de développement national et d’indépendance économique et monétaire. Jjusqu’à un premier coup d’Etat militaire en novembre 1968, qui met en place un régime d’exception dirigé par le capitaine Yoro Diakité, sous l’égide d’un Comité Militaire de Libération Nationale présidé par le lieutenant Moussa Traoré.

Mais ce régime vole en éclats le 7 mars 1971 et Moussa Traoré installe un régime personnel dictatorial en éliminant successivement les officiers acteurs du premier coup d’Etat et en replaçant le Mali sous les logiques néolibérales du marché mondial. Élu président en 1979 lors d’élections fortement contestées, il se heurte à plusieurs mouvements d’opposition populaires, notamment dans la jeunesse, qui protestent contre la corruption et le système du parti unique.

Et c’est le 26 mars 1991 que le Lieutenant-Colonel Amadou Toumani Touré arrête le président Moussa Traoré, qui avait fait réprimer violemment des manifestations, et installe un Comité de Réconciliation Nationale. De ce nouveau coup d’Etat militaire jaillit une conférence nationale qui établit une nouvelle Constitution et une Charte des partis politiques. Ainsi, en 2009, pouvait-on compter au Mali 120 partis politiques qui jouent au gré des échéances électorales le jeu des scissions, des alliances, des fusions etc... ADEMA-PASJ, BARICA, BDIA, CnID, CDS, MPR, PCR, PSP... Mais cette vitalité de façade, qui est exhibée comme une démocratie, n’a pas permis d’améliorer le sort du peuple malien ni sur le plan économique, ni sur le plan social. Dans ces conditions, le peuple s’organise comme il peut : c’est le règne du système D avec son lot de petits succès, de vagues migratoires ...

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Amadou Haya Sanogo

Dernièrement, c’est encore le 22 mars 2012 que le capitaine Amadou Sanogo déclenche un nouveau putsch militaire pour mettre fin au mandat d’Amadou Toumani Touré, à un mois de son terme. Il plonge par la même occasion son pays dans une tourmente de laquelle il sera difficile de le sortir.

En effet le Mali est de fait scindé en deux : le nord entre les mains de rebelles Touaregs qui ont profité de ce coup d’état pour proclamer l’indépendance du nord-Mali sous le nom d’Azawad et de plusieurs groupes islamistes qui sèment la terreur ; et le sud, suite à un compromis avec les troupes du capitaine Sanogo, qui est présidé par Dioncounda Traoré (Président par intérim) et dirigé par Cheick Modibo Diarra (comme Premier Ministre).

Dans le nord, aux enjeux sociaux, économiques, politiques souvent légitimes se sont ajoutées des revendications de type identitaire, religieux, que favorisent l’absence de services publics maliens, la circulation incontrôlée et incontrôlable de drogues, d’armes et de combattants ayant servi en Libye aux côtés des forces de Mouammar Kadhafi. Le Mali est à n’en pas douter la victime collatérale du conflit libyen. L’action de l’OTAN qui a oeuvré au dénouement de la situation militaire en Libye est en partie responsable de cet état de fait. Et cela peut entraîner une déstabilisation généralisée de la région sahélienne. L’Algérie, la Mauritanie, le Sénégal, la Guinée, le Burkina Faso et le Niger sont les premiers concernés.
De son côté, le peuple malien souhaite retrouver son intégrité territoriale en toute souveraineté. Pour lui, tout doit être fait dans cette perspective et de nombreux Maliens du nord et du sud travaillent dans ce sens, mais avec des moyens insuffisants. Certains acteurs régionaux (Algérie, Niger, Mauritanie), optent pour une solution négociée avec les groupes Touaregs mais affichent une détermination, une fermeté à l’égard des groupes islamistes terroristes qu’ils veulent considérer comme tels et combattre avec toute l’énergie nécessaire.

Quant à la France, sollicitée par les autorités maliennes de transition, elle a demandé au Conseil de Sécurité de l’ONU de voter une résolution permettant aux forces africaines de la CEDEAO (Communauté Économique des États d’Afrique Occidentale), appuyées par des moyens militaires de la communauté internationale, de mettre hors d’état de nuire les groupes terroristes qui veulent faire du Mali un Etat islamique. Par la voix de son nouveau président, la France annonce une politique africaine en rupture avec la Françafrique, fondée sur la transparence des relations commerciales et économiques et sur une vigilance dans l’application des règles démocratiques et le respect des choix souverains. Mais pour le moment il ne s’agit que de paroles verbales, qui d’ailleurs ne remettent pas en cause les pratiques néolibérales (soutien aux multinationales, asservissement monétaire, libre-échange, accaparements des terres, etc …).

En définitive, une confrontation politique d’envergure oppose actuellement en Afrique occidentale les intérêts des puissances occidentales et de leurs alliés locaux aux aspirations des populations du Mali à restaurer la souveraineté de leur État et à le doter d’un régime réellement démocratique, soutenu par les forces populaires, capable de résister aux plans de pillage de leurs ressources naturelles par les firmes multinationales et doté d’un sens aigu de l’intérêt général.

A ce prix, à ce seul prix, les Maliens pourraient dire "à quelque chose malheur est bon".

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