Tchétchénie : brève histoire d’un peuple martyrisé

Publié le : , par  Jo Briant

Depuis plus de deux siècles, le peuple tchétchène subit un véritable martyre lié pour l’essentiel à ce qu’il faut bien appeler l’impérialisme russe, que celui ait été le fait du tsarisme jusqu’aux années 1917, de l’URSS et du stalinisme jusqu’en 1990, et enfin de la Russie actuelle post-soviétique. Avec le silence complice des grandes puissances, intérêts pétroliers et gaziers obligent…

Première période : au 18e siècle, la Russie tsariste veut s’agrandir vers les "mers chaudes", ce qui passe par la Géorgie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie. Ce qui impliquait de "pacifier" les zones montagneuses du Caucase où vivaient notamment les Tchétchènes déjà farouchement indépendants. Première pacification au prix de dizaines de milliers de morts : la guerre du Caucase (1816-1859), menée par les tsars Alexandre Ier et Nicolas Ier. 1859... La Tchétchénie est tout simplement annexée.

Seconde période : la répression stalinienne. 1936 : un statut autonome est octroyé à la Tchétchénie. Fin 1940 : le peuple tchétchène, "profitant" de l’engagement de l’URSS face à l’Allemagne hitlérienne, proclame l’indépendance. 1943 : Staline décide de punir ce peuple tchétchène rebelle en le déportant massivement, avec ses voisins Ingouches, accusés tous les deux faussement de collaboration avec les troupes allemandes. Un nettoyage ethnique sans précédent. Au moins 120 000 soldats et officiers furent mobilisés, 194 trains et 65 wagons de marchandises furent réquisitionnés où furent entassés – dans des conditions épouvantables - hommes, femmes, enfants. Sans eau ni nourriture. L’immense majorité des personnes transportées périrent ou furent sommairement liquidés en arrivant au Kazakhstan ou encore en Kirghizie… La république de Tchétchénie-Ingouchie fut dissoute, les biens des exilés accaparés par des occupants russes, les noms des villages et des rues furent changés, les monuments nationaux rasés, les tombes dans les cimetières détruites, les archives brûlées. Une volonté déterminée de rayer de la carte tout un peuple.

Troisième période : L’indépendance de 1991. Profitant de la décomposition de l’URSS en 1989, toutes les républiques soviétiques déclarent leur autonomie, dont la Tchétchénie. La Russie décide de rétablir l’"ordre", s’empare de Grozny, la capitale, massacres à l’appui. Un calme relatif s’instaure quelques années, mais les aspirations autonomistes s’expriment à nouveau. 1999-2009 : une nouvelle guerre est déclenchée par Vladimir Poutine devenu premier ministre, bombardements massifs, destruction de Grozny, massacres… 2009 : fin de cette énième guerre de Tchétchénie, un certain Ahmed Kadyrov, marionnette de Poutine, règne désormais sur la Tchétchénie où il impose quasiment la charia. Toute opposition est écrasée, même si des "combattants" notamment islamistes se manifestent de temps en temps…

La déportation des Tchétchènes en 1943 n’est pas un fait isolé, elle fait partie de tout un processus de déplacement des peuples par Staline, elle fut assurément la période la plus extrême de répression et de tentative d’écrasement d’un peuple qui renaît sans cesse de ses cendres. Une grande leçon de l’Histoire des peuples et de leurs résistances à l’oppression.
Tchétchénie, refusons l'oubli {JPEG}
Article publié dans Inter-Peuples n°246, mai 2016

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