Honte à cette Europe qui ferme la porte aux migrants ! édito d’avril 2016

Publié le : , par  CIIP

Des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sont pris au piège de la "route des Balkans" et sont bloqués, dans des conditions d’extrême précarité, aux portes de l’Europe. Le passage de la Grèce à la Macédoine est bloqué et Alexis Tsipras exhorte en vain depuis un mois ses homologues à assumer leurs responsabilités. Cette Grèce dont le budget plus que restreint lui interdit toute assistance humanitaire adaptée. Au moins deux à trois enfants meurent chaque jour dans cette attente sans accueil et sans espoir, que ce soit en Grèce, en Macédoine, en Slovénie, en Autriche…

Alors que l’extrême gravité de cette crise et l’ampleur de cet exode exigeraient de l’Europe cohésion et solidarité, ce sont au contraire les logiques du chacun pour soi, des murs et du repli national qui prévalent, précipitant les initiatives unilatérales et accélérant le mouvement de fermeture des frontières et le drame humanitaire qui s’ensuit. Certes, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, plaide pour une "solidarité partagée", mais ce mécanisme de répartition est refusé par la majorité des Etats européens. Effectivement, l’une après l’autre les frontières se ferment. Une situation dénoncée par Amnesty International et le Haut Commissariat aux Réfugiés. Depuis mi-février l’Autriche n’accepte plus que 80 demandeurs d’asile par jour et "2300 personnes en transit". La frontière entre la Slovénie et l’Autriche qui constitue le débouché de la route des Balkans se transforme en goulot d’étranglement, l’effet "domino" étant immédiat. Quant aux autres Etats des Balkans - la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie - ils militent ouvertement pour une fermeture totale de l’Europe aux réfugiés. Les réseaux de passeurs reprennent du service et un véritable chaos humanitaire s’installe dans toute l’Europe. Pour la Grèce le risque est clair : devenir un gigantesque camp de réfugiés, un ghetto aux frontières de l’Europe.

La seule réponse effective de l’Europe c’est le dégel de crédits pour intensifier les "maraudes" dissuasives de Frontex, cette agence européenne dont les bateaux armés essaient d’arrêter et de refouler les bateaux de migrants et de convaincre, crédits et menaces à l’appui, les pays aux frontières de l’Europe (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye…) de retenir, d’enfermer et de refouler les candidats à la migration en Europe. En les empêchant à tout prix de partir… En attendant, loin des murs de barbelés dont se hérisse l’Europe, il faut saluer l’élan extraordinaire de solidarité du peuple grec. Les Grecs – si démunis par ailleurs - s’organisent seuls pour apporter aux migrants qui s’entassent sur leur sol vivres, vêtements, soins et médicaments. Enfin, de l’impuissance à l’abjection : l’U.E. vient de conclure un accord avec Ankara en acceptant de verser 6 milliards d’euros à la Turquie en lui demandant d’accueillir sur son sol les centaines de milliers de migrants qui sont parvenus en Europe sans examen préalable en Grèce de leur qualité de réfugié politique – qu’ils soient syriens ou de quelque autre origine - quitte à les "réexpédier" dans le pays d’où ils viennent !

On ne soulignera jamais assez les responsabilités historiques, politiques, économiques de l’Europe dont beaucoup d’Etats ont participé aux deux guerres du Golfe (1991 et 2003), qui inondent par leurs ventes d’armes et le Moyen Orient et l’Afrique, surexploitent via leurs multinationales le sol et le sous-sol des pays du Sud… Nous devons tous, toutes nous mobiliser pour un accueil digne et solidaire de tous les migrants sans distinction, exiger de l’Union Européenne, et d’abord du gouvernement français une toute autre politique d’asile et d’immigration fondée sur la libre circulation : des ponts, pas des murs, et sur une redéfinition radicale des politiques européennes en direction du Moyen-Orient, d’Israël, de l’Afrique. Le drame absolu des migrants nous renvoie bien à un état du monde brutal, barbare qui appelle une refonte des relations internationales qui doivent être basées sur la solidarité et les droits des peuples.

Édito publié dans Inter-Peuples n°245, avril 2016

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