"Non, le boycott d’Israël n’est pas illégal en France"

Publié le : , par  Chantal Berby, Marie-France Barbier

Pour défendre le droit à la mise en cause de la politique de l’État d’Israël par des moyens pacifiques, et au nom de la liberté d’expression et de l’action citoyenne, l’AFPS a appelé à des actions avec ses partenaires autour des mots d’ordre "Pas de produits de la colonisation dans nos magasins !" et "Liberté d’expression, droit au boycott !". 

Dans ce cadre le samedi 9 avril 2016 une trentaine de militants de la coordination grenobloise de la campagne BDS ont tenu les 3 entrées du magasin Carrefour d’Échirolles sans aucun incident. Nous étions là pour informer les clients de passage de la présence de produits israéliens des colonies dans les rayons du magasin. Cette action s’est tenue dans une ambiance déterminée et sympathique.

Israël est de plus en plus incapable de justifier son régime d’apartheid et de colonisation ainsi que ses massacres récurrents des Palestiniens de Gaza. Il cherche des gouvernements complices en Europe et aux USA pour se protéger des critiques et des mesures le tenant responsable de ses violations de la législation internationale. Une campagne très coordonnée et très bien financée, menée par Israël et ses soutiens, vise à criminaliser le militantisme politique contre l’occupation israélienne, et ainsi sape la liberté d’expression.

En 2005, devant l’inertie des gouvernements, la société civile palestinienne a lancé la campagne BDS, un mouvement international de Boycott, Désinvestissement, Sanctions contre la politique de l’Etat d’Israël jusqu’à ce qu’il respecte le droit international .

  • B : Boycott des produits, mais aussi culturel, sportif, universitaire, auquel tout citoyen peut prendre part ;
  • D : Désinvestissement, adressé aux entreprises, notamment françaises, profitant de façon directe ou indirecte de l’occupation et de la colonisation leur demandant de se retirer d’Israël et/ou des colonies ;
  • S : Sanctions adressées aux Etats pour qu’ils obligent Israël à appliquer le droit international.

Devant les succès remportés par cette campagne internationale (Orange, Sodastream, Veolia,...), Netanyahu et son gouvernement d’extrême-droite ont désigné le mouvement BDS comme "menace stratégique majeure". Le ministre israélien du renseignement, Ysrael Katz, a déclaré, lors d’une conférence israélienne anti-BDS, le 28 mars, à Jérusalem, qu’Israël devrait se lancer dans des "éliminations civiles ciblées" des "leaders" de BDS avec l’aide des renseignements israéliens.
En France les partisans d’Israël accentuent les attaques tous azimuts contre la campagne BDS.

Quelques exemples :

  • Le 6 mars, une militante a été arrêtée à Paris, lors d’une manifestation pour les droits des femmes, parce qu’elle portait un T-shirt portant : "boycott – Israël - apartheid" !
  • En octobre, la Cour de cassation a condamné lourdement des militants de Mulhouse pour "provocation à la discrimination à raison de l’appartenance nationale d’un groupe de personnes, à savoir les producteurs et fournisseurs israéliens". Ceci dans le cadre de la circulaire écrite par Mme Alliot-Marie, alors ministre de la justice, recommandant au Ministère public de poursuivre spécifiquement les personnes qui appellent au boycott d’Israël ;
  • En janvier évoquant la campagne BDS Valls qui par ailleurs cultive la confusion "critique d’Israël-antisionisme-antisémitisme", dit lors d’une rencontre avec le CRIF : "Je pense que nous allons prendre des dispositifs qui doivent montrer que ça suffit, et qu’on ne peut pas tout se permettre dans notre pays" ;
  • En janvier encore, un vœux du conseil municipal de la ville de Paris dirigé contre le BDS se termine ainsi : " Il est interdit par paroles, écrits, dessins, images et tout autre moyen d’expression d’appeler au boycott des produits israéliens. Toute personne enfreignant cette interdiction sera interpellée ".

L’enjeu dépasse largement le conflit israélo-palestinien et le mouvement BDS. Il en va de la qualité de notre vie démocratique. Cette pénalisation, demandée par certaines associations pro-israéliennes et soutenue par le gouvernement actuel, marque une rupture profonde avec une tradition militante d’action pacifique qui ouvre la voie à une remise en cause de libertés fondamentales.

Il est donc plus que nécessaire de poursuivre et de s’engager plus encore dans la campagne BDS.
Non, le boycott d’Israël n’est pas illégal en France.

Voir l’article de l’Agence Média Palestine :Non, le boycott d’Israël n’est pas illégal en France

Article publié dans Inter-Peuples n°246, mai 2016

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