"On vaut mieux que ça", "Ce soir on ne rentre pas" édito du n°246, mai 2016

Publié le : , par  CIIP

Les slogans, les clameurs des Nuits debout créent l’événement dans ce moment particulier de "clair obscur" social et politique. Le CIIP s’inscrit dans ce mouvement et participe, à sa mesure, aux nuits grenobloises. La loi El Khomery est incontestablement le déclencheur de ce mouvement multiforme. C’est la loi de trop qui fait déborder le vase de toutes les défaites et les colères accumulées ces derniers mois, voire ces dernières années. C’est le projet de loi en trop pendant que nous subissons l’état d’urgence et ses atteintes à nos libertés et à nos droits. Après aussi les débats nauséabonds autour du projet présidentiel d’inscrire la déchéance de nationalité dans la Constitution ce qui a encouragé les stigmatisations, les paroles et actes racistes contre les habitants des quartiers populaires notamment les jeunes issus de l’immigration, les musulmans ou supposés tels, les migrants, les Roms... C’est le ras l’bol des violences policières et judiciaires, le ras l’bol de la violence sociale vécue par tant de travailleurs et de jeunes sans emploi, de précaires, de sans droits… La loi travail est un nouvel outil offert au patronat : casse du code du travail, place première aux décisions salariales entreprise par entreprise plutôt qu’aux conventions nationales, ce qui affaiblit les salariés, remise en cause par en bas de nombreux acquis dont les 35 heures ou la garantie de salaire minimum. L’objectif premier et palpable de ce mouvement c’est de gagner le retrait de cette loi.

C’est cela, qui est déjà énorme, mais c’est aussi beaucoup plus. C’est l’émergence d’une conscience concrète "ils ont les milliards, mais on est des millions", d’où l’envie d’une lutte globale qui nécessite de les faire converger toutes : celles des précaires et des intermittents, des mal logé.e.s, des sans papiers, des salariés en lutte comme les Goodyear et bien d’autres, celles des habitants des banlieues, celles pour la gratuité, l’extension de services publics, le logement... C’est d’emblée un mouvement à vocation européenne et internationale : des places sont occupées en Belgique, réoccupées en Espagne, ici la grève de Mayotte est saluée, la lutte du peuple palestinien soutenue, les guerres impérialistes dénoncées, la solidarité avec les réfugiés réaffirmée...

La communication est multiple, pétitions en ligne, vidéos, mobilisation sur Facebook, Twitter… Les espaces d’occupation tentent de respecter ce qu’on espère du futur : AG décisionnelles, parité dans les débats et les nombreuses tâches, travail en commissions, éducation populaire, débats passionnés autour des films qui magnifient la force d’une classe ouvrière organisée en action "Merci patron", "Comme des lions"... Le mouvement est concrètement anticapitaliste, affirme que derrière la loi travail c’est tout "son monde" qu’il rejette, que pour gagner il faut bloquer l’économie, qu’avec "le rêve général" il faut la grève, générale elle aussi. Violence d’État et non respect des engagements du gouvernement créent la légitime défiance mais aussi le nécessaire débat : quelles nouvelles formes d’organisation sociale et politique pour inventer une société qui réponde aux besoins du plus grand nombre et qui permette que chacun, chacune et ensemble nous trouvions du bonheur à réaliser "nos causes communes" ?

Au moment où ces lignes sont écrites, on ne peut prévoir le futur de ce mouvement, mais déjà son présent ouvre un avenir à nos espérances.

Editos

AgendaTous les événements