Production et vente d’armes : rompre avec cette spécialité française !

Publié le : , par  Jo Briant

La France est la cinquième puissance mondiale, la seconde puissance économique européenne, la France rayonne dans le monde par ses armées…", Manuel Valls, 11 décembre 2015.
La France est effectivement l’un des pays qui consacre le plus de ressources aux dépenses militaires (42 milliards d’euros en 2015 !). Selon les données du SIPRI (Institut international de recherche sur la paix de Stockholm), elle figurait en 2014 à la cinquième place mondiale derrière les Etats-Unis, la Chine, la Russie et l’Arabie saoudite. Tous les gouvernements de la Ve République ont toujours considéré que les exportations d’armes, indispensables à la pérennité du système militaro-industriel, étaient une composante centrale de la politique étrangère de la France. Une politique étrangère qui a toujours eu comme objectifs d’une part de soutenir sans réserve au Moyen-Orient des régimes "autoritaires" (hier l’Irak de Saddam Hussein, aujourd’hui l’Egypte avec le général Al-Sissi, l’Arabie saoudite avec le roi Saoud, sans oublier le Qatar et Israël…), et de garantir en Afrique les intérêts économiques des entreprises françaises. "Vive le Rafale, vive la République et vive la France", a osé s’exclamer le président Hollande le 4 mars 2015 lors de sa visite en Arabie saoudite…Comment oublier que ce même François Hollande a osé décorer de la légion d’honneur le 4 mars dernier le prince héritier d’Arabie saoudite ! Quant aux ventes d’armes aux régimes africains et aux interventions militaires françaises en Afrique – près d’une quarantaine depuis les cinquante dernières années ! -, notamment dans la bande sahélo-saharienne (Côte d’Ivoire, Lybie, Mali, etc.), elles répondent à des intérêts géopolitiques et économiques dont la volonté de domination est évidente. Il s’agit bien de toute une logique des grandes puissances : défendre leurs intérêts – directement ou par régimes dictatoriaux interposés - en soumettant les peuples par la peur et la force des armes.

Rompre enfin avec cette militarisation…
Comment rompre avec cette logique infernale et meurtrière de ces politiques militaristes et de ces productions intensives d’armes ? Le moins qu’on puisse dire est que la majorité des mouvements "progressistes" français (organisations politiques, syndicales, associatives…) ont négligé cette dimension militariste de l’économie et de la politique extérieure de la France, à quelques exceptions près, et n’ont pas été capables d’élaborer des propositions pour une démilitarisation de la société. L’une des raisons de ce grave déficit : la défense des emplois. La place de l’industrie d’armement dans l’économie française est en effet importante : 6% des emplois dans l’industrie manufacturière. Quelles alternatives industrielles peut-on concevoir pour remplacer progressivement ces emplois "militaires" par des emplois socialement et écologiquement acceptables et utiles ? Une toute autre politique, de paix et de désarmement, est-elle une utopie inatteignable ? Autre question centrale : si l’un des buts est l’élimination des armes nucléaires, un danger extrême pour l’ensemble de l’humanité, comment agir dans un pays qui fait partie des neuf puissances détentrices de la bombe atomique ? Dans le cadre d’un désarment unilatéral, ou dans celui d’un désarmement nucléaire global ?

Autant de questions centrales que nous ne pouvons plus éluder si nous voulons sortir des logiques de guerre et de domination. Un vaste défi, un vaste chantier auxquels nous n’avons plus le droit de nous dérober…

Article publié dans Inter-Peuples n°246, mai 2016

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