Coup d’État institutionnel au Brésil

Publié le : , par  Nasser

Le jeudi 12 novembre le Sénat brésilien a voté la mise à l’écart de la présidente Dilma Roussef sous le chef d’accusation de maquillage des comptes financiers de l’Etat afin de dissimuler la réalité de la situation économique du pays. Décision prise par un parlement dont une partie importante de ses membres sont sous le coup de la justice pour corruption. De toute façon, cet événement a mis fin à 13 ans d’expérience de gouvernements issus du Parti des travailleurs (PT) qui a débuté en 2003 par l’accès de Lula à la présidence.

Le Parti des travailleurs a été créé en 1978 pour lutter contre le régime militaire et rétablir la démocratie, la souveraineté populaire, promouvoir la justice sociale en luttant contre les misères et les inégalités. C’était la victoire du Parti des travailleurs et l’élection de Lula, un homme du peuple, contre les oligarchies économiques et politiques. Cet événement a suscité une grande attente au sein des classes populaires, victimes de la misère et des inégalités sociales abyssales qui caractérisaient le pays au seuil du 21e siècle.

La politique économique de Lula, au cours de ces deux mandats, a renforcé l’intégration de l’économie brésilienne dans l’économie capitaliste mondiale financiarisée comme un grand producteur et exportateur de produits primaires, surtout des produis agricoles. La situation euphorique de la demande et des prix de ces produits sur le marché mondial permet au président Lula de mettre en œuvre une politique sociale distributive favorable à la couche sociale défavorisée, à savoir : allocations familiales, démocratisation de l’accès aux études universitaires, accès à la couverture sociale, augmentation du salaire minimum et amélioration des droits des travailleurs… Grâce à cette politique, plus de 20 millions de personnes sont sorties de la grande pauvreté et les conditions de vie de plusieurs millions de Brésiliens ont été nettement améliorées. Mais ces acquis ne doivent pas cacher les carences de la politique économique brésilienne au cours de cette période, marquée par l’absence de réformes structurelles indispensables pour le développement économique du pays. Nous pouvons citer l’absence de réforme fiscale radicale pour lutter contre les inégalités, d’une véritable réforme agraire indispensable pour améliorer le sort des millions de paysans sans terre, et finalement de réformes institutionnelles afin de couper le cordon ombilical entre l’oligarchie financière et les institutions politiques et médiatiques.

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Manifestation contre Temer, Sao Paulo, 15 mai 2016
Photo Midia Ninja (CC) : groupe de journalistes-citoyens brésiliens qui tentent de contrecarrer les médias installés en proposant leurs propres couvertures des événements.

La crise financière et économique mondiale de 2008 n’a pas épargné l’économie brésilienne qui, à son tour, entre en récession à partir de 2012. Pour faire face à cette situation, et à partir de 2013, le gouvernement du PT a mis en place une politique d’austérité drastique : coupes dans les budgets sociaux pour payer les intérêts des dettes, réforme de la retraite et de la sécurité sociale, mise en cause des droits des travailleurs, abandon de la réforme agraire, et finalement poursuite et accélération de la privatisation. Ce changement de cap radical n’a pas pu sauver le gouvernement de la présidente Dilma Roussef ; au contraire, cette politique a affaibli l’assise populaire du Parti des travailleurs et a facilité la tâche de la coalition réactionnaire de la droite, liée au système financier international, pour mettre fin à l’expérience brésilienne. Mais comme l’écrit le politologue Cesar Benjamin "Le coup d’Etat en cours n’est pas l’éloignement de Dilma Roussef ; mais la formation d’un gouvernement dont le programme aurait été difficilement accepté par le peuple brésilien par la voie des urnes… Nous sommes à la veille d’un grave recul social et de civilisation rendu possible par le désastre du PT."

Seul un élan populaire peut mettre le peuple brésilien à l’abri d’un tel désastre.

Article paru dans Inter-Peuples n°247, juin 2016
Voir aussi l’article "Le Parti des Travailleurs et le gouvernement brésilien dans la tourmente"

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