De retour de Pologne

Publié le : , par  Lise Leider

Je suis allée en Pologne du 5 au 12 juin 2016. J’y allais essentiellement pour "convenance personnelle", mais cela ne m’a pas empêchée de jeter un œil et de tendre l’oreille pour glaner quelques informations pour les amis français.

D’abord, l’impression générale : malgré une vie assez dure pour beaucoup de personnes, chômeurs, retraités, il y a une réelle envie d’en découdre avec le pouvoir actuel (élu en octobre dernier).
J’ai aussi rencontré des personnes contentes du nouveau gouvernement, mais vraiment peu. Il faut dire aussi que le gros de l’électorat du PiS (parti populiste Droit et Justice) est basé à la campagne et dans les petites ville, alors que moi, je ne suis restée qu’à Varsovie et dans une banlieue chic.

En octobre, quand j’étais en Pologne au moment des élections, j’avais l’impression, que le PiS a été élu avec des arguments xénophobes. C’était au moment où l’UE proposait des quotas d’immigrés Syriens. La Pologne devait accueillir 3 000 réfugiés (pour une population d’environ 38 millions d’habitants).

Pendant les débats électoraux, plusieurs formations, dont le PiS, se sont servi du sujet pour créer une peur dans la population. En gros, les 3 000 Syriens devaient islamiser la très catholique Pologne... !!! Et cela ne paraissait pas du tout ridicule au Polonais moyen. Il faut dire, que les médias en ont rajouté une couche. Depuis, on ne parle pas trop des réfugiés. Par contre, le gouvernement détricote tout ce qu’il peut de ce que le PO (Plateforme citoyenne, parti de droite) avait fait pendant les deux mandats précédents.

Même des amis qui sont franchement de gauche, disent que tout n’était pas mauvais, qu’il y a eu des réformes intéressante et que la gestion du pays a été assez correcte.
Ici, nous redoutions beaucoup de nouvelles restrictions concernant l’avortement. D’après mes sources , le PiS n’a pas trop intérêt à aborder ce problème, car la très grande majorité des Polonaises et des Polonais seraient plutôt pour un retour au droit à l’avortement. J’ai vu la propagande contre l’avortement. Les pro life n’étaient pas très nombreux, mais avec de grand moyens et les passants ne se précipitaient pas pour les soutenir. Par contre, le surlendemain, un groupe demandant les droits pour les femmes se trouvait au même endroit (sortie du métro très fréquentée) avec un petit mégaphone. Les gens s’approchaient spontanément pour signer la pétition et donnaient leurs coordonnées exactes sans crainte et avec le sourire.

Depuis plusieurs semaines, une grève des infirmières dure et ne trouve pas d’issue. Les conditions de travail, les paies, des revendications qui avaient déjà été mise sur la table face au gouvernement précédent, mais l’actuel gouvernement rejette la responsabilité sur les gouvernement PSL et PO.

Ce qui fait vraiment des vagues, c’est le sujet du Tribunal Constitutionnel. Les juges y sont nommés. Ce sont des juristes, des personnalités en rapport avec la justice. Juste avant les élections 3 mandats se terminaient et juste après, encore deux. Le PO avait nommé les 5 juges constitutionnels juste avant la passation du pouvoir. Le PiS a d’abord porté plainte, puis s’est retiré, mais a nommé 5 juges de son bord. Le Tribunal constitutionnel a jugé que les trois juges nommés par le PO étaient là de droit et que les deux autres ne l’étaient pas. Ne tenant pas compte de cette décision, le PiS a nommé 5 nouveaux juges. Le président Duda qui était en vacances à la montagne, a été héliporté pour recevoir le serment des élus du PiS.

La stratégie du Prof. Rzeplinski, Président du Tribunal Constitutionnel. a laissé les nouveaux juges entrer, mais a refusé aux trois premier le droit de voter. Il font donc acte de présence, mais n’ont aucun rôle. La Diete (Parlement) a eu à voter l’interdiction pour le Tribunal Constitutionnel de statuer sur ses propres attributions, ce qui changerait la Constitution. C’est une véritable guerre de tranchées.

L’UE a intimé l’ordre au gouvernement polonais de régler le problème.
Entre temps, il s’est créé un Comité de Défense de la Démocratie. Il organise tous les samedis des manifestations à thème. Au départ, il n’y avait que des manifestants ayant connu l’ancien régime, maintenant, il y a des jeunes qui s’y joignent. 50 000 manifestants la veille de mon arrivée (10 000 selon le PiS ! ).

Le gouvernement précédent avait déjà bien avancé une réforme dans l’éducation. De nouveaux instits ont été formés pour la circonstance et les écoles étaient prêtes pour accueillir des enfants à partir de 6 ans (au lieu de 7 auparavant), de nouvelles installations faites dans les écoles primaires, des terrains de jeux, des livres gratuits pour les nouveau écoliers. Le nouveau gouvernement décide de revenir sur cette décision. Résultat, les nouveaux embauchés se retrouvent sans travail, pas de places dans les maternelles. Une pagaille indescriptible. Face à la levée de boucliers dans le corps enseignant, le gouvernement décide que ce sera aux parents de décider ce qu’ils veulent pour leurs enfants.

La rentrée se prépare "sportive" pour les écoles et pour les parents.

Tous les jours, le gouvernement du PiS nomme des "copains" à des postes déjà pourvu. Il y du bruits pour certains, comme le harras de Janowo, mondialement connu pour ses pur sang arabes. Le nouveau Directeur, ami du PiS a provoqué par son incompétence, le retrait de chevaux privés qui y étaient en pension. C’est un établissement qui rapportait énormément d’argent à la Pologne.

Ayant promis 500 zlotys par mois par enfant né (promesse impossible à réaliser en l’état actuel !), le gouvernement cherche par tous les moyens à "gratter" de l’argent. Il est question de demander à l’UNESCO de déclasser la forêt primaire de Bialowieza (patrimoine mondial de l’humanité) pour que les coupes, déjà en partie effectuées, deviennent légales. Les Japonais sont déjà sur les rangs pour acheter ce bois...Le prétexte fallacieux d’un parasite qui s’y répand (scolyte), ne concerne pas les chênes qui ne sont pas épargnés pour autant.

Les nominations de "copains" encore dans les médias, avec des journalistes qui giclent du jour au lendemain.

A chaque occasion le PiS fait parler de la « catastrophe de Smolensk ». Des magistrat et éminents spécialistes qui avaient conclu d’après les boîtes noires à des pressions qui avaient été exercées sur le pilote pour atterrir, malgré un véto de la tour de contrôle refusant cet atterrissage, ont été envoyés dans des tribunaux de province (alors que certains étaient en fin de carrière et que c’est une dégradation dans leur fonction).

Pour les commémorations des grandes grèves de Poznan en 1956, le ministre des armées accepte d’envoyer des troupes pour la cérémonie à condition qu’on parle dans les discours officiels de la catastrophe de Smolensk...
Des anecdotes, j’en ai rapportées des dizaines, mais ne peux toutes les raconter. En tout cas, l’humour polonais est en effervescence, comme chaque fois que le pays va mal.

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