Centrafrique, un "destin volé"…

Publié le : , par  Jo Briant

Le 15 juin dernier s’est tenue une conférence débat sur la Centrafrique, à l’initiative de Survie Isère et du CIIP, avec Yanis Thomas, militant grenoblois et auteur d’un ouvrage : "Centrafrique : un destin volé - Histoire d’une domination française" [1],

Nos lecteurs se souviennent peut-être qu’en décembre 2013 le CIIP avait publié un communiqué suite à l’intervention française en Centrafrique début décembre de la même année. S’il est un pays africain littéralement exténué, surexploité, saigné et vidé de ses ressources mais aussi de sa population, tout en bas de l’échelle planétaire en terme d’IDH (Indice de développement humain) avec un classement en 184e position et une espérance de vie de 45 ans, c’est bien la Centrafrique.

Un peu d’histoire : ce crime inouï contre l’humanité…

Yanis Thomas nous a d’abord restitué tout un pan totalement occulté de l’occupation coloniale française - à partir des années 1885-1890 - d’un vaste territoire appelé Oubangui Chari qui comprenait le Moyen Congo, le Gabon et le Tchad. Une première occupation terrifiante, sanguinaire se soldant par des centaines de milliers de morts : corvées mortelles de portage, collecte forcée et épuisante de caoutchouc, horaires extrêmes, nourriture minimale, exécution immédiate des réfractaires… On estime qu’en cinquante années - de 1900 à 1958 - la population de l’Oubangui-Chari est passée de 4 à 2 millions d’habitants ! Une surexploitation inouïe des hommes, des femmes, des enfants (taux zéro de scolarisation !), des forêts, des diamants et autres minerais. On peut parler d’un crime permanent contre l’humanité. En 1958, la France dépèce littéralement l’Oubangui-Chari qui devient la Centrafrique (deux fois plus réduit). Les bases militaires françaises de Bouar et de Bangui - la capitale - assurent une présence permanente de l’armée française qui a fait de la RCA un terrain de prédilection pour écraser toute tentative de révolte ou d’insurrection dans toute l’Afrique Centrale francophone. Le seul objectif de la politique française était et est encore - au-delà des indépendances formelles de 1960 - d’assurer la continuité de l’exploitation des matières premières. Et le maintien de la France comme "grande" puissance, relais de l’impérialisme "occidental" en Afrique.

Après l’intervention française en Centrafrique en décembre 2013…

Rappel de Yanis Thomas : à partir de "l’indépendance" en 1960, se sont succédé de nombreux présidents se chassant les uns les autres par des coups d’Etat derrière lesquels l’Etat français n’était jamais loin. Comment oublier - un exemple parmi tant d’autres - le pitoyable sacre de l’ancien sous-officier français devenu l’empereur Bokassa 1er en présence complaisante d’officiels français. Il y eut ensuite David Dacko, la dictature du général Kolingba, remplacé par Ange-Félix Patassé, remplacé lui-même par le général Bozizé. Une décomposition totale qui permet l’émergence du Séléka (groupe hétéroclite de rebelles locaux et de mercenaires venus du Tchad). Une décomposition telle qu’elle a permis l’intervention française en décembre 2013. En cette année 2016 des élections présidentielles - pour le moins suspectes - ont vu l’élection d’un certain Faustin-Archange Touadéra qui essaie, avec des forces d’interposition africaines et la surveillance de l’Etat française, de pacifier la société centrafricaine… sans remettre en question en quoi que ce soit la prédation des terres et des ressources par les multinationales notamment françaises (Bolloré bien évidemment..).

Il revient d’abord au peuple centrafricain d’arracher ses droits confisqués par un pouvoir lui-même aux ordres du FMI, de la Banque Mondiale et des multinationales. Nous, citoyen-ne-s français-es, devons exiger la fin de ce système mafieux qu’est la Françafrique, l’annulation d’une dette injuste et illégitime et soutenir les forces sociales et associatives ainsi que la diaspora centrafricaine militante… Un vaste programme.

Article publié dans Inter-Peuples n°248, été 2016

[1Centrafrique : un destin volé : Histoire d’une domination française / THOMAS, Yanis. - MARSEILLE : AGONE, 2016. - 240 P.. - (DOSSIERS NOIRS 26)

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