Violences policières, violence d’Etat : fermer ou ouvrir les yeux ?

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  • Réunion publique du Club Alpin Médiapart - CLAME avec François Bonnnet, directeur de la rédaction de Médiapart, et auteur de l’article "Violence policière : ouvrez les yeux !" (Mediapart, le 30 mai 2016).
    Nous chercherons à restituer et analyser les faits et à nous inscrire en faux avec la majorité des médias qui continuent de fermer les yeux devant les atteintes aux libertés publiques que la lutte antiterroriste ne saurait justifier.

    Grenoble, Maison des Associations
    6, rue Berthe de Boissieux

Au cours de ce printemps la grande majorité des médias, tout en assimilant à des casseurs des jeunes et des salariés manifestant pour défendre leurs droits et leur avenir, a fermé les yeux devant la répression dont ils ont fait l’objet.

Depuis, les événements se succèdent à une cadence soutenue : attentats de Nice et St Etienne du Rouvray, coup d’Etat en Turquie, bataille d’Alep, sans parler des grands "shows" (JO et présidentielles), ni de "l’affaire" du port du burkini... Sans hiérarchie ni analyse, ils se recouvrent dans les médias, apparemment amnésiques de l’Histoire récente qui s’est exprimée dans la rue, au parlement et dans les tribunaux.

Une Histoire souvent empreinte de la violence d’Etat, comme à Sivens dont la justice vient d’annuler la Déclaration d’Utilité Publique, donnant ainsi raison à Rémi Fraisse, tué par un gendarme alors qu’il manifestait. Ou bien lors des manifestations légitimes contre la loi Travail, où des policiers garantis d’impunité par l’instauration de l’état d’urgence ont blessé et mutilé des dizaines et des dizaines de manifestants. A Grenoble aussi la répression des manifestations a été brutale. De plus, le préfet a exigé la destruction d’une peinture murale représentant Marianne terrassée par un agent symbolisant l’article 49.3.

"L’Etat matraquant la liberté"
Peinture murale réalisée par Goin lors du festival Street Art (Grenoble juin 2016) dont le Préfet a demandé au Maire la destruction.

L’état d’urgence, loin d’endiguer le terrorisme, a permis la multiplication des perquisitions administratives, assignations à résidence, gardes à vue, interdictions de manifester. Plusieurs centaines de militants associatifs et syndicaux, de jeunes, d’habitants de quartiers populaires, en particulier ceux et celles supposés musulmans, ont été harcelés.

Ce dispositif vient d’être reconduit pour six mois à la suite de l’attentat de Nice, au lendemain-même de l’annonce de sa suspension.

Fort avec ceux d’en bas et faible avec les puissants, le gouvernement présente un double visage : autoritarisme et brutalité d’une part, et accommodements avec le néolibéralisme d’autre part.

Rendues le plus souvent inaudibles par des médias rivés à l’événementiel, et dans le climat d’effroi produit par les attentats, des voix se font néanmoins entendre pour défendre les libertés publiques dans ce contexte.

Ainsi, la CNDCH (Commission nationale consultative des droits de l’Homme, structure de l’État qui assure en toute indépendance, auprès du gouvernement et du parlement un rôle de conseil et de proposition dans le domaine des droits de l’Homme) parle dans un avis officiel du 18/02/2016 "d’abus, dérives, débordements, détournements" entrainés par l’état d’urgence.

Pour Pierre Joxe, ancien ministre de l’intérieur et de la défense, aujourd’hui avocat des jeunes "C’est bien notre ‘conception de la République’ qui est en cause". L’Union syndicale des Magistrats a exprimé ses réserves sur certaines dispositions de l’état d’urgence. Le Syndicat de la Magistrature, dans une motion du 20 juillet 2016 intitulée "État d’urgence, No limit !" condamne "l’abandon de souveraineté politique du parlement" et le "caractère attentatoire (…) à la liberté d’aller et venir et au droit à la vie privée" et qualifie de "douteuse" la conformité de la prorogation de l’état d’urgence avec la Constitution. Enfin, dans un texte publié dès le 29/12/2015 dans la presse, un collectif de juges administratifs, sortant de leur obligation de réserve, a condamné les atteintes que ces mesures portent aux libertés publiques et aux droits fondamentaux.

Le CLub des Lecteurs.trices Alpin.e.s de MEdiapart (CLAME) [1]


"La réponse à la violence est encore plus de démocratie, encore plus d’humanité, mais sans jamais de naïveté"

Jens Stoltenberg, Premier ministre de la Norvège au moment de la tuerie du 22 juillet 2011 (77 personnes massacrées à Oslo, puid lors d’un rassemblement de jeunes travaillistes).

[1Rassemblement de citoyen.ne.s engagé.e.s dans la vie sociale, associative, politique, professionnelle, ou syndicale. Il se veut un point de rencontre et d’action pour une information qui "loin d’être un privilège des journalistes, est un droit des citoyens". Nous nous reconnaissons dans cette "radicalité démocratique" que défend Médiapart et qui devient chaque jour plus vitale. Comme le dit l’un de ses fondateurs : "Devant ces corruptions qui minent la démocratie, la discréditent et la dévitalisent, le droit de savoir accordé aux citoyens et la liberté de l’information portée par la presse doivent être défendus, étendus, et renforcés".

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