Libye : Le marché aux esclaves édito Inter-Peuples n°262, janvier 2018

Publié le : , par  CIIP

Une vidéo montrant 12 personnes vendues aux enchères sur un marché libyen a fait le tour de la planète. Maintenant nul ne pourra dire qu’il ne savait rien de cette incroyable barbarie. L’émotion suscitée est salutaire elle renforce en chacun, en chacune, la colère et réveille toute notre humanité, mais elle ne suffit pas. Il nous faut en connaître davantage : savoir qui sont ces esclaves, comprendre le pourquoi et le comment de tels crimes.

Ils sont migrants, fuyant la misère, les guerres, les oppressions invivables. Le HCR en a répertorié 390 000 venus de différents États d’Afrique subsaharienne, bloqués en Libye, mais estime qu’ils sont sans doute entre 700 000 et 1 million. Toujours d’après le HCR, on meurt trois fois plus dans le Sahara et en Libye qu’en Méditerranée ! Dans leur périple, ils ont été violentés, battus, brûlés, torturés, échangés. Les femmes et les enfants en particulier ont souvent servis d’objets sexuels. L’OIM annonce que 71% d’entre eux se plaignent d’avoir subi des pratiques relevant de la traite et que 49% ont été victimes d’enlèvement et d’extorsion de fonds. En France, les nombreux citoyens solidaires qui accueillent ceux et celles qui sont parvenus jusqu’ici, ont vu leurs blessures physiques et psychologiques, entendu leurs récits d’horreur dont ils parlent encore avec terreur. Alors comment croire que les responsables politiques de France et de l’UE ne savaient pas ?

Bien sûr qu’ils savaient ! Ils savaient que la sale guerre déclenchée notamment par Sarkozy en 2011 avait complètement détruit la Libye laissant les populations appauvries livrées à des bandes surarmées survivant de pillages, d’exactions, de rackets. Cet impérialisme effréné suscitant l’humiliation et le ressentiment, qu’utilisent notamment les mouvements terroristes, pousse des populations terrorisées à l’exil souvent à l’intérieur du pays ou dans les États limitrophes.

Campés sur leur volonté de se protéger et du terrorisme et des migrants les dirigeants européens font tout pour empêcher les exilés d’atteindre l’Europe. Jusqu’à transformer la Libye en auxiliaire de leurs politiques de contrôles des migrations. Avec 200 millions de fonds européens, elle doit "gérer le flux et stocker les migrants". Une formation est donnée aux gardes-côtes pour ramener en Libye les migrants qui tentent d’en sortir, 24 camps gigantesques ont été ouverts où croupissent, pour une durée illimitée ceux et celles qui espéraient tellement de l’Europe… Avec peu de soin, de nourriture, maltraités, parfois emmenés pour travailler gratuitement chez des propriétaires terriens. Un ambassadeur européen sur place juge qu’ils sont "pareils aux camps de concentration nazis" !

Ne pas pleurer, agir ! Comme tous ces hommes et ces femmes migrants qui refusent d’être des marchandises ou seulement des victimes. Alors ils marchent à Menton, à Calais ou ailleurs pour exiger l’ouverture des frontières, la fermeture des camps et leur droit de vivre là où ils veulent et de circuler librement. Comme tous ces sportifs africains qui manifestent sur les stades, par leurs gestes, leurs maillots ou leurs interviews leur refus de la mise en esclavage de leurs frères.
Nous affirmons notre solidarité jusqu’au bout avec eux, parce qu’ensemble et contre leurs politiques barbares, nous sommes nous l’Humanité !

Publié dans Inter-Peuples n°262, janvier 2018

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