Syrie, Yémen, Moyen-Orient : tous ces massacres avec "nos" armes ? édito Inter-Peuples n°265, avril 2018

Publié le : , par  CIIP

Au moment où sont rédigées ces lignes les bombardements meurtriers sur la population de La Ghouta, dans la banlieue de Damas, s’intensifient, provoquant la mort d’au moins 2 500 personnes, dont de nombreux enfants, la destruction des hôpitaux, et condamnant les 400 000 civils terrorisés à survivre sous les décombres, sans soins ni alimentation ou à fuir dans des conditions pour le moins hypothétiques. En même temps, l’armée turque et ses supplétifs ont envahi après des bombardements tout aussi meurtriers le canton d’Efrin, au nord de la Syrie, où vivent 320 000 personnes, essentiellement des Kurdes qui avaient libéré cette région des hordes de Daech. Déjà des centaines, sans doute des milliers de tués, malgré une résistance acharnée des militants kurdes. Tous ces crimes de guerre dans le silence et le renoncement criminels des grandes puissances occidentales et de la "communauté" internationale. Et comment oublier les populations du Yémen bombardées jour et nuit par l’aviation de l’Arabie Saoudite soutenue inconditionnellement par les États-Unis et certaines puissances occidentales. Au moins 25 000 morts et une proportion inouïe d’enfants affamés. Au-delà de toutes les causes géopolitiques, une certitude : les gouvernements français successifs ont une responsabilité importante sinon écrasante dans ce déchaînement monstrueux. Faut-il rappeler que la France est désormais le 3e producteur et vendeur d’armes dans le monde, après les États-Unis et la Russie, et que ces mêmes gouvernements se sont toujours glorifiés de cette place. "Vive le Rafale, vive la République et vive la France !", a osé s’exclamer le président Hollande le 4 mars 2015, lors de sa visite en Arabie Saoudite. Et comment oublier que ce même François Hollande a osé décorer de la Légion d’honneur le 4 mars 2016 le prince héritier d’Arabie Saoudite ! Politique marchande et criminelle reprise et intensifiée par le président Emmanuel Macron dont les voyages à l’étranger - en Inde par exemple - incluent toujours la signature de contrats militaires fructueux. L’industrie française d’armements représente un chiffre d’affaires annuel de 15 milliards d’euros et 165 000 emplois. Un chiffre effarant qui montre l’importance centrale de la production d’armes de guerre dans l’économie de notre société. Plus de 8% des emplois de l’industrie manufacturière relèvent de l’industrie de "défense" ; sur les 50 premières grosses usines productives, 15 appartiennent à des groupes engagés dans la production militaire, impliqués dans les secteurs aéronautique, naval, terrestre et nucléaire. Entre 1988 et 2016, cette industrie a réalisé 30% de son chiffre d’affaires à l’export : un pôle clé de "compétitivité" de l’industrie française.

Et comment oublier par ailleurs l’armement nucléaire de la France ? Certes la France a bien signé - mais non ratifié ! - le TNP (Traité de Non Prolifération nucléaire) de 1968… en 1992 seulement. Mais les gouvernements français successifs, comme les autres États détenteurs de l’arme nucléaire, ont toujours refusé de s’engager dans un processus ferme de dénucléarisation atomique. La bombe atomique ? Un "non sujet", tout au moins pour nos gouvernements et les médias dominants. Notre tâche "citoyenne" est immense : exiger l’arrêt progressif des ventes d’armes - notamment au Moyen-Orient et en Afrique - et aux États dont on sait qu’ils utiliseront inévitablement ces armes contre leurs peuples, ainsi que la reconversion progressive des industries d’armement, en lien avec les syndicats, vers des emplois socialement et écologiquement acceptables et utiles. Et exiger un processus progressif de désarmement nucléaire. Un bien vaste chantier mais pourtant impératif…

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