Tremblements de société L’annonce d’un séisme citoyen ?

Publié le : - Date de modification : , par  Marc Ollivier

Les projets d’Emmanuel Macron sont partout contestés : aujourd’hui, cinquante ans après les événements de 1968, la France vit une crise sociale profonde : la population constate l’enrichissement rapide des très riches ; tandis que le chômage et la précarisation accablent le monde des travailleurs ; que les couches populaires s’appauvrissent et sont victimes d’une véritable casse des services publics accessibles à tous etc ...

C’est une crise que produit la politique néo-libérale orchestrée par les dirigeants actuels de l’Union européenne et par ceux du capitalisme dans le monde entier. Les "réformes" et les projets macroniens sont tous imposés par ce carcan idéologique et politique et menacent les institutions de protection sociale construites en France depuis la seconde guerre mondiale. C’est pourquoi ils provoquent une vague de grèves multiples et prolongées ainsi que des contestations politiques radicales (le fameux "dégagisme") qui mettent à l’ordre du jour des enjeux véritablement révolutionnaires.

Un pouvoir destructeur

Un an après son élection, les réalisations d’Emmanuel Macron sont ouvertement destructives, comme on le voit dans le cas exemplaire de Notre Dame des Landes, où il envoie 2500 gendarmes détruire les constructions de 200 "zadistes" qui expérimentent, sans déranger personne, d’autres façons de vivre ensemble, de produire et d’échanger. Nous constatons aussi partout la casse des services publics et l’abandon de toute préoccupation d’équilibre entre les régions, les villes et les campagnes, l’hexagone et les territoires d’outre-mer.
Les dégâts provoqués par de telles actions dans notre société peuvent se mesurer par le nombre et la détermination des conflits sociaux en cours : avec les étudiants et les enseignants comme avec les retraités, dans les hôpitaux, les EHPADS, la Poste, les institutions judiciaires, dans toute la Fonction Publique menacée d’un plan de 120.000 licenciements, à Air France et à Carrefour, etc., et bien sûr à la SNCF qui par son poids dans la vie des citoyens fédère autour de la grève des cheminots les protestations multiples d’un peuple qui cherche à comprendre les racines de cette politique d’austérité et de saccage des services publics.

L’hostérité tue
Manif fonction publique 22 mars 2018, à Lyon
15 000 manifestants !
Photo CC : Jeanne Menjoulet

Un pouvoir sourd aux protestations

Nous voyons que Macron, ses ministres et les députés "en marche" se refusent à entendre les protestations des travailleurs, de la jeunesse et des classes populaires. Ils prétendent "aller jusqu’au bout" de leurs pseudo "réformes", sources de chômage et de précarité pour la population active, mais qui servent les intérêts des plus riches, sans même parler des cadeaux qui leur sont distribués... Et pour imposer plus facilement ces soit-disant réformes, ils n’hésitent pas à s’attaquer aux institutions démocratiques en prévoyant une "révision constitutionnelle" pour affaiblir davantage encore les pouvoirs du Parlement.

Cependant, leurs méthodes de "passage en force" ne font que refléter la faiblesse de leur base sociale : car la majorité dont disposent les députés "en marche" à l’Assemblée nationale, et donc leur chef, est trompeuse : à la faveur d’une forte abstention, Macron n’a été élu que par une minorité du corps électoral (43% des inscrits au 2ème tour des présidentielles) et ses députés par seulement 17% des inscrits au 2ème tour des législatives ; et il faut retirer du score présidentiel le vote des électeurs désireux surtout de barrer la route à Marine Le Pen. Du coup, n’ont vraiment voté pour le programme de Macron et de ses députés "en marche" que le quart ou même le cinquième des électeurs inscrits... Ne trouve-t-on pas dans cette faiblesse la raison du recours si fréquent de ce pouvoir mal élu aux violences administratives et policières qu’il a banalisées par l’intégration permanente dans la loi des dispositions exceptionnelles de l’état d’urgence ?

Des citoyens de plus en plus exigeants

Dans cette situation politique fragile, les citoyens français de 2018 sont donc aujourd’hui les acteurs d’un affrontement très profond entre deux orientations politiques inconciliables. Certains, partisans des "très riches" et de leurs réseaux d’influence, soutiennent évidemment les décisions prises par le gouvernement Macron et sa majorité parlementaire ; tandis que d’autres de plus en plus nombreux s’y opposent par des grèves ou par un rejet politique qui s’était déjà manifesté lourdement aux élections de 2017 à l’encontre des partis associés au pouvoir des présidents Sarkozy et Hollande.
Mais que signifie ce rejet politique ? Que voulons nous, citoyens français de 2018 qui cherchons un changement significatif des politiques mises en oeuvre par nos gouvernants ?

On discerne nos aspirations de mieux en mieux dans le mouvement social très large qui se développe dans le pays, même si ce mouvement ne se présente pas encore de façon globalement cohérente et organisée :

  • Nous voulons des services publics appartenant aux citoyens, gérés collectivement au profit du bien commun, et non livrés aux intérêts privés, soumis à la loi de la concurrence et du profit individuel. Dans l’éducation, les universités, la justice, les forces de l’ordre, la poste, les réseaux sociaux et naturellement dans le système ferroviaire, acteur clé de l’égalité entre les citoyens et outil privilégié pour l’aménagement du territoire.
  • Nous voulons également des institutions et des moyens publics pour réguler l’industrie, le commerce international de la France en faveur des besoins sociaux de la population, et non pour les abandonner aux dérives des marchés internationaux de capitaux privés, de biens et de services, souvent accompagnées d’interventions militaires à caractère impérialiste. En particulier nous ne voulons plus que la France vende des armes aux dictateurs, surtout lorsqu’ils s’en servent pour massacrer des populations civiles par milliers comme le roi Salmane d’Arabie Saoudite le fait au Yémen.
  • Nous voulons enfin prendre au sérieux la défense de l’environnement et le contrôle du réchauffement climatique en sortant définitivement des énergies nucléaires et carbonées et en régulant strictement les activités économiques qui participent aux désastres écologiques (pollutions, affaiblissement de la biodiversité, aggravation des risques nucléaires etc) ; et nous rejetons l’obstination de nos gouvernants à maintenir et même à augmenter le nombre des réacteurs nucléaires, à multiplier les traités de libre-échange qui sont de véritables étouffoirs des petits producteurs et des activités favorables à la défense de l’environnement.

Des actions citoyennes collectives et déterminées

Nous voyons les syndicats et de nombreux partis et associations manifester leur volonté d’agir pour le changement radical d’orientation dont la France a besoin si elle veut rester fidèle à ses principes républicains (liberté, égalité, fraternité). Les rassemblements se multiplient sous divers mots d’ordre < Stop Macron le 14 avril >, < journée interprofessionnelle de grève le 19 avril >, < Fête à Macron le 5 mai > ou < un an ça suffit le 13 mai >, < Pour les services publics le 22 mai > et des < rassemblements unitaires dans de nombreuses villes le 26 mai>. De nombreux citoyens manifestent ou vont manifester ainsi leur volonté de changement. Il s’agit d’une mobilisation populaire pleinement consciente de ses aspirations républicaines, décidée à « dégager » les forces politiques qui s’accrochent désespérément aux principes dépassés et dangereux pour tout le monde de l’idéologie néo-libérale.

Nous sommes ainsi les acteurs d’un très large mouvement social décidés à œuvrer pour une autre société basée sur une vraie démocratie et la recherche du bien commun, sur une économie écologiquement saine et durable, et sur une politique de solidarité et de coopération pacifique avec les autres peuples.

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