Rasinn anlèr : Des enfants réunionnais déracinés

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Qui sait, en France, que de 1963 à 1982, 2150 enfants réunionnais - prétendument abandonnés, mal éduqués par leurs parents, très pauvres - ont été arrachés de force par les autorités françaises, via les services sociaux, pour être "exportés" en France, dans des départements sous-peuplés comme la Creuse, en réalité dans 64 départements (surtout du Nord, du Centre et de l’Ouest). Et ce pour repeupler - mais si ! - ces régions qui avaient besoin de main d’œuvre, surtout paysanne.
Un déplacement, une déportation organisés notamment par Michel Debré, député de La Réunion et farouchement pour le maintien des colonies françaises dans le giron de la France (notamment l’Algérie… et bien sûr La Réunion). Ce n’est que très récemment - dans les années 2008-2009 - que cette déportation d’enfants a été mise à jour.

Ce sont cette déportation, les traumatismes, les souffrances inouïes de ces milliers d’enfants que nous rapportent Jean-Philippe Jean-Marie et Philippe Bessière dans leur ouvrage témoignage - eux-mêmes ex-enfants déracinés : "Racinn anlèr : Des enfants réunionnais déracinés".
Ces enfants étaient en réalité bien divers. Les uns étaient sans famille, orphelins ou abandonnés par leurs parents très pauvres. Les autres, la majorité, avaient une famille, souvent une nombreuse fratrie, mais leurs familles, parce que les parents étaient au chômage ou étaient confrontés à des difficultés économiques et psychologiques, étaient dans le collimateur des services sociaux.

Mais comment a pu être perpétrée cette abomination, mais comment l’enfance, le temps de l’innocence et de l’inconscience peuvent-ils être coupables ? Comment l’enfance, le temps de la vulnérabilité et des liens affectifs, peut-être abandonnée ? Délinquants en herbe ou enfants abandonnés, ou ni les uns ni les autres, ces "Enfants de la Creuse" étaient avant tout des "z’enfants la misère" qui auraient exigé au contraire plus d’attention et d’accompagnement. Et non pas cette déportation qui restera à jamais, de la part de l’État français, une honte, une tâche indélébiles.

Il faut lire ces deux témoignages poignants, révoltés, qui restituent d’une façon poignante leur enfance, leur "exportation", leur retour au pays, leur combat pour la reconnaissance et les réparations. A l’image de centaines d’autres parcours…
Une association intitulée "Rasinn Anlèr" a été fondée en 2002 ; elle milite pour la recherche des histoires personnelles et des réparations concrètes pour les anciens déracinés de La Réunion. Site : http://rasinn-anler974.org.

Vous pouvez emprunter cet ouvrage à la bibliothèque du CIIP, ou vous pouvez l’acquérir au local du CIIP au prix de 15 €, voire le commander (19 € avec envoi), chèque à l’ordre du CTNE.

Rasinn anlèr
JEAN-MARIE, Jean-Philippe, BESSIERE, Philippe - SAINT PAUL (LA REUNION) : RASINE KAF, 2016/01, 172 P.
De 1963 à 1982, 2150 enfants réunionnais - prétendument abandonnés ou mal éduqués par leurs parents pauvres - ont été arrachés de force par les autorités françaises, via les services sociaux, pour être transplantés en France, dans des départements métropolitains sous-peuplés ayant besoin de main-d’œuvre à bon marché. Cet ouvrage raconte le parcours personnel de Jean-Philippe Jean-Marie, un "enfant de la Creuse", tout au long de sa vie et dans différents espaces (à La Réunion, d’avant et après son exil, en France et dans d’autres îles - Tahiti, la Corse), retranscrit par l’historien Philippe Bessière qui l’accompagne dans sa quête de son enfance perdue, de son identité, de son mal-être entre désarroi de l’abandon, sentiment de culpabilité et impression d’être partout étranger. Au delà, ce livre est un regard sur La Réunion d’hier et d’aujourd’hui, sur la France, sur la société, sur l’histoire, l’esclavage, le colonialisme, sur l’identité...
Extrait du catalogue Ritimo

Article publié dans Inter-Peuples n°268, été 2018

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