"L’Amérique, ce grand pays démocratique..." (Lili de Pierre Perret)

Publié le : - Date de modification : , par  Roseline Vachetta

Des études récentes sur la société états-unienne confirment l’augmentation des inégalités, du racisme d’État, de la destruction des services publics. Retour succinct sur le "modèle américain".

Les réformes décidées par Reagan à son arrivée au pouvoir en 1981 ont accru les inégalités sociales. Ainsi la réforme fiscale de 1986 en ramenant le taux d’imposition des très hauts revenus de 90% à 28% a encouragé l’enrichissement sans fin des plus riches. Au même moment, le salaire minimum est gelé, la baisse des recettes des États entraîne la réduction voire la privatisation des services publics de moins en moins gratuits et de plus en plus dégradés, la paupérisation d’une partie des classes moyennes et l’entrée dans la misère des "déjà pauvres", principalement des Noirs. 30 ans plus tard, dans ce pays le plus riche du monde, à Los Angeles, 57794 personnes vivent à la rue dont 75% d’Afro américains et hispaniques et 10% d’enfants. Chiffre en augmentation de 24% entre 2016 et 2017. Aujourd’hui 1% des plus riches États-uniens s’approprie 20% du revenu national, soit un revenu annuel moyen de 1,3 million $ chacun alors que 50% des personnes aux revenus les plus bas perçoivent 12% du revenu national, soit 16 000 $ annuels par personne...
La reproduction sociale passe d’abord par l’éducation. Avec des écoles à deux vitesses, celle des enfants blancs des banlieues aisées qui pourront tous aller à l’université et celle des enfants noirs dont 1 sur 3 ira en prison. 10% des jeunes des classes pauvres tenteront quand même des études universitaires. Pour cela, ils devront s’endetter, parfois à vie, pour assurer les coûts de scolarité. La dette étudiante a augmenté de 500% depuis 2014 et s’élève à 1490 milliards, soit le PIB de la Corée du Sud !

"Mettre fin à la pauvreté pour mettre fin à la criminalité. La cupidité est mortelle".
Graffiti sur le viaduc Jeff Davis (Nouvelle Orléans).
Photo CC Bart Everson

En terme de santé, 30 millions de personnes ne peuvent pas se payer d’assurance maladie, la suppression de quelques avancées de la loi Obamacare devrait augmenter ce nombre de 13 millions de personnes. L’espérance de vie baisse. Les USA sont le seul pays développé où la mortalité maternelle augmente, avec 3 fois plus de décès qu’en France par exemple. 800 femmes meurent ainsi chaque année de complications post-accouchement par manque de moyens dans les hôpitaux, notamment ceux des quartiers où la population est majoritairement noire. Alors les femmes noires ont 12 fois plus de risque de perdre la vie en mettant au monde leur enfant que les autres.

Des politiques aussi inégalitaires, affichant un tel niveau de racisme, s’accompagnent toujours de politiques autoritaires et d’enfermement des populations discriminées. Les USA sont les leaders mondiaux de l’incarcération, 2,3 millions de prisonniers, proportionnellement 7 fois plus qu’en France où pourtant les politiques d’enfermement sont sévères. 80% des détenus sont des prévenus pauvres qui n’ont pas pu payer la caution leur permettant de rentrer chez eux en attendant leur jugement, ce qui peut prendre des années… Le niveau de violences à l’intérieur est l’un des plus élevés au monde, surtout dans les prisons privées de plus en plus nombreuses, où "l’ordre" est en partie géré par les détenus les plus violents. Sans surprise, alors qu’ils ne représentent que 13% de la population des États-Unis, les Afro états-uniens sont 40% de la population carcérale.

Alors oui, on est loin, très loin du "sacro-saint rêve américain" !

Article publié dans Inter-Peuples n°268, été 2018

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