Un vent mauvais secoue l’Europe édito Inter-Peuples n°270, novembre 2018

Publié le : , par  CIIP

Sebastian Kurz, chancelier autrichien, membre du FPÖ, parti d’extrême droite, assure la présidence de l’UE jusqu’en décembre. Alors qu’en 2000, l’élection à la tête de l’Autriche, de Jorg Haider, également membre du FPÖ, avait suscité de nombreuses manifestations partout en Europe, en 2018, c’est dans une quasi indifférence qu’un dirigeant de cette formation politique parvient au sommet de l’UE. Comment en est-on arrivé là ?

Un néolibéralisme très agressif, l’UE et les États européens à son service

L’application des critères de Maastricht, l’obligation de payer les dettes même illégitimes, la marchandisation de tous les services publics, la mise en concurrence des salarié.es et la baisse de leurs revenus ont broyé des vies entières, voire des pays. Les inégalités sont croissantes entre le 1% des plus riches qui voient leur profits prospérer et les 99% qui s’enfoncent dans de multiples difficultés. Dans ce contexte d’insécurité sociale grandissante, d’absence d’espoir en des jours meilleurs, de perte de confiance totale dans les dirigeants politiques, l’arrivée en Europe de réfugié.es contraint.es de fuir les guerres, les dictatures, la misère a fait grandir les peurs, le repli sur des identités fantasmées, le racisme. Bien utilisées par les gouvernements, ces peurs ont permis la création de boucs émissaires, et le développement de politiques ultras sécuritaires qui légalisent la suppression des libertés, l’enfermement des quartiers populaires et la répression des résistances aux grands projets inutiles et coûteux, aux fermetures d’entreprises, au rejet des migrant.es.

Une réelle montée des idées d’extrême droite...

En Autriche, en Bulgarie, en Pologne, en Hongrie, en Italie, en Allemagne (avec un ministre de l’intérieur néo fasciste et 92 députés de l’AfD), les partis d’extrême droite siègent dans différentes instances du pouvoir.
Ailleurs, ils pèsent dans les orientations politiques : le Danemark s’allie à l’Autriche et aux Pays Bas pour défendre "un nouveau régime européen de l’asile avec comme première proposition la création de centres communs de réception et d’expulsion en Europe hors du territoire UE". "Des centres fermés" précise Macron ! L’Albanie et le Kosovo veulent héberger ces centres, en échange de financements et de l’examen rapide de leurs demandes d’adhésion à l’UE… La Suède, la France, l’Italie, la Grande Bretagne ferment leurs frontières. La Pologne, la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie veulent qu’il n’y ait plus de demande d’asile étudiée sur le sol européen, les nationalistes flamands militent pour qu’"aucun bateau de migrants ne puisse accoster sur les côtes européennes".

...à combattre maintenant !

Un système économique barbare qui détruit l’Humain et la planète, des gouvernements qui réduisent les libertés et les droits et dirigent de façon autoritaire des citoyen.nes qui ne leur accordent plus leur confiance, un racisme fort à tous les niveaux de l’État mais aussi très populaire, cet ensemble de phénomènes rend-il un nouveau fascisme possible ? "Possible mais résistible" [1]

L’antifascisme doit combattre sur tous les fronts à la fois : contre le néo libéralisme, contre tous les racismes et contre l’autoritarisme des dirigeants européens. Il est encore temps !

Edito publié dans Inter-Peuples n°270, novembre 2018

[1Ugo Paletha, dans "La possibilité du fascisme" (La Découverte, 2018/09, 276 p.)

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