Maurice Audin : reconnaissance d’un crime d’Ėtat

Publié le : - Date de modification : , par  CIIP

Jeudi 13 septembre : le président de la République s’est rendu au domicile de Josette Audin pour lui remettre une déclaration dans laquelle il reconnaît le crime d’État commis sur son mari, Maurice Audin, il y a soixante et un ans. Un geste historique d’une portée politique que nous saluons.
Le Centre d’Information inter-Peuples s’est mobilisé dès son origine, en 1980, pour la reconnaissance des milliers de crimes perpétrés par l’armée française tout au long de la guerre d’Algérie (1954-1962), crimes rendus possibles par un système légalement institué notamment par le vote des pleins pouvoirs à l’armée française en Algérie en 1956, système criminel dont les acteurs principaux furent au départ Guy Mollet et François Mitterrand. Faut-il rappeler qu’entre 1956 et 1959 au moins trois mille Algériens et quelques militants français solidaires - dont Maurice Audin - ont été torturés et ont tout simplement "disparu" : leurs corps n’ont jamais été retrouvés !, rendant ainsi tout deuil impossible. "Je serai vraiment heureuse quand je connaîtrai les noms des assassins de mon mari et qu’on pourra lui offrir une sépulture", a confié Josette Audin.

Cette reconnaissance d’un crime d’État vient bien tard, mais il est essentiel que cet assassinat soit bien interprété comme représentatif de tout un système colonial. Il s’agit donc d’un pas en avant considérable. Pour reprendre les propos de Benjamin Stora, auteur notamment de "La gangrène et l’oubli : la mémoire de la guerre d’Algérie" Éditions la Découverte (1991), il ne peut y avoir de clôture de ce récit colonial, de cette histoire si douloureuse de la guerre d’Algérie. Tant qu’il n’y a pas de reconnaissance officielle les morts continuent de ne pas exister, ce sont des fantômes. Cette reconnaissance est le fruit d’un très long combat pour forcer la main au pouvoir politique, une bataille mémorielle très difficile, avec des retours en arrière, comme en 2005 sous Nicolas Sarkozy, avec le vote honteux sur "les bienfaits de la colonisation".

Le Centre d’Information Inter-Peuples, qui a repris dès 1981 les rassemblements mémoriels initiés à Grenoble dans les années 1962-65 en mémoire des terribles massacres perpétrés à Paris le 17 octobre 1961 par la police de Papon, sous la Présidence du général de Gaulle, et qui a contribué à la constitution d’un Collectif inter-associatif "17 octobre 1961" qui appelle chaque année à un rassemblement non seulement chaque 17 octobre mais en outre, depuis 2017, chaque 8 mai en mémoire des terribles massacres perpétrés par la police et l’armée françaises le 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata (Est de l’Algérie).

La reconnaissance de la torture et du crime commis contre Maurice Audin appelle aussi la reconnaissance du crime commis contre des milliers d’Algériens disparus, dont les familles n’ont jamais pu avoir de tombe pour se recueillir. Dans un pays où sept ans de guerre de libération ont laissé des plaies toujours à vif, l’affaire Audin reste un emblème des atrocités commises par l’État français. C’est pourquoi nous demandons que les archives détenues par l’État français soient enfin intégralement accessibles aux historiens et chercheurs et que toute la lumière sur ce long crime d’État puisse être enfin établie et rendue officielle. Pour sa part, le Centre d’Information Inter-Peuples continuera inlassablement son travail d’information, de mémoire et de reconnaissance.

Grenoble, le 17 septembre 2018

Communiqué publié dans Inter-Peuples n°269, octobre 2018

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