Vers une économie écologique et équitable ?

Publié le : , par  Olivier Potet

Il est largement admis que les ressources de la planète sont limitées et non pas éternellement extensibles, ceci pas uniquement pour les sources d’énergies non durables. À cela s’ajoutent l’effet de serre et le risque de ne pas pouvoir disposer d’assez de minerais pour équiper tout le monde d’énergies alternatives. Ceci impliquerait que pour faire parvenir l’ensemble des peuples aux modes de consommation des pays occidentaux il faudrait plusieurs planètes, à moins d’une révolution technologique radicalement économe en ressources, actuellement non amorcée. À noter que le recyclage est pour l’instant une solution très partielle aux enjeux. Ceci posera un défi à l’humanité quand les ressources seront arrivées à échéance car il faudra choisir : soit une répartition des productions limitées acceptables socialement, soit cantonner une large majorité dans sa misère actuelle, voire dans une récession de son mode de vie, ceci en protégeant une extrême minorité privilégiée.

Différentes pistes sont avancées pour adapter l’économie aux défis écologiques. Tout d’abord le très officiel développement durable, dit aussi économie verte, dont la caractéristique essentielle est de faire confiance aux marchés plus ou moins régulés : c’est sa faiblesse au vu de l’absence d’effets enregistrés à ce jour et surtout vu la soif de croissance du capital. Une alternative est la décroissance, alliée à la sobriété, sa difficulté serait de faire admettre à une large part de la population une récession de son niveau de vie, y compris, dans ses formes les plus poussées, dans les pays "en voie de développement" : son acceptation passerait, au minimum, par une radicale redistribution des biens, ce qui est loin de la politique des gouvernements largement au service des privilégiés. La piste de l’écosocialisme allie, par principe, réponse aux défis écologiques, réduction drastique des inégalités et mobilisation citoyenne, mais elle est peu reprise.

D’un point de vue solidaire, même si les pays "en voie de développement" choisissaient un développement alternatif qui ne marcherait pas strictement sur les pas des pays occidentaux, il est impératif de leur reconnaître le droit de satisfaire pour tou-te-s les besoins humains imprescriptibles que sont au moins : une alimentation suffisante et saine, une eau potable, un logement confortable, des vêtements décents, des soins de qualité, l’éducation, la culture. Il convient donc de leur en laisser la possibilité matérielle, et même de les y aider, quitte à remettre en cause en partie le niveau de vie global des pays occidentaux et leurs modes de consommation. Ceci passerait par une réorientation du mode de la satisfaction à vivre avec plus "d’être" et moins "d’avoir", dans la justice sociale bien sûr.

La question de la rupture avec le monde des 1 %, ou même des 10 %, contre les autres est donc d’une actualité brûlante, si l’on ne veut pas d’une barbarie antiécologique et antisociale pour la grande majorité et des îlots de survie sécuritaires pour les autres. C’est aux citoyens d’imposer le choix le plus équitable qui est aussi celui de la paix !

Pour aller plus loin :

  • La guerre des métaux rares
    PITRON, Guillaume, VEDRINE, Hubert - PARIS : LES LIENS QUI LIBERENT (LLL), 2018, 294 P
    Cette enquête explique que la transition énergétique engagée pour s’émanciper des énergies fossiles provoque une nouvelle dépendance aux métaux rares. Ceux-ci, indispensables au développement des énergies renouvelables et à la construction des appareils numériques, ont des coûts environnementaux, économiques et politiques plus néfastes que ceux des matières fossiles.
     
  • Économie verte : Marchandiser la planète pour la sauver ?
    DUTERME, Bernard - ALTERNATIVES SUD, VOL. 20-2013/1, 190 P.
    L’économie verte entend réconcilier croissance et nature. Le problème est que le social, le troisième pilier du développement durable est mis entre parenthèses, le temps de relancer le premier, l’économique, en valorisant le deuxième, l’environnemental. A défaut de protéger les ressources et de partager les richesses, le capitalisme espère s’en sortir en sauvant le système économique et financier actuel. Les pays du Sud ne peuvent accepter ce qui constitue un nouveau "consensus de Washington" imposé par les pays du Nord. La solution est dans la remise en cause de la tendance actuelle caractérisée par une totale marchandisation de la planète.
  • Croissance/décroissance : une polémique à dépasser
    CENTRE DE DOCUMENTATION TIERS-MONDE (CDTM 34) MONTPELLIER, 2012/06/01 - Dossier en ligne
    https://www.ritimo.org/Croissance-decroissance-une-polemique-a-depasser
     
  • La décroissance : une idée à forte croissance !
    CENTRE D’INFORMATION INTER PEUPLES (CIIP) GRENOBLE, - GRENOBLE : CENTRE D’INFORMATION INTER PEUPLES (CIIP), 2011/01, 58 P.
    Plusieurs courants de pensée essaient de concilier le rapport entre "nature" et "société", pour contribuer au développement d’un autre monde plus juste et solidaire. Parmi ces théories, celle de la décroissance est moins connue que celle du développement durable, bien que s’inspirant des mêmes données, mais diffère dans la mise en pratique qu’elle propose. Afin de comprendre ce que recouvre ce terme, ce dossier dans sa première partie regroupe des articles théoriques, qui apportent une vision historique du concept, une comparaison avec le développement durable et une approche avec les pays du Sud. Dans la deuxième partie, des articles illustrent à partir d’exemples et d’actions concrètes comment agir socialement et individuellement pour contribuer au changement, pour intégrer un modèle de vie plus juste et respectueux de l’ensemble de la population et de la nature.
  • Prospérité sans croissance : La transition vers une économie durable
    JACKSON, Tim, - BRUXELLES (BELGIQUE) : DE BOECK UNIVERSITE, 2010/05, 248 P.
    Le temps est venu de remettre en cause la croissance. L’auteur propose une vision crédible de la société humaine à la fois florissante et capable de respecter les limites écologiques de la planète. Ce livre est une version largement revue et complétée de l’étude que Tim Jackson a réalisé pour le compte de la Sustainable Development Commission, une instance consultative du gouvernement britannique. Sa publication ouvre une troisième voie entre le concept de croissance verte et celui de décroissance.

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