Pour notre survie : la justice climatique et écologique

Publié le : , par  Olivier Potet

Les atteintes à l’environnement, globales comme le réchauffement climatique ou plus localisées comme certaines pollutions, concernent tous les humains. Nous nous sommes déjà mobilisé-es contre ces fléaux : avec l’appel pour les coquelicots ou par les pique-niques et les marches pour défendre le climat, la marche Jai Jagat [1] sera l’occasion de continuer en 2019 et 2020... Ceci est un bon début, mais pour être efficace sur ces terrains il nous faut avoir conscience que :

  1. ces atteintes se développent dans un contexte économique les favorisant,
  2. elles n’ont pas les mêmes conséquences pour tou-tes,
  3. et donc les mesures à obtenir en appellent à la solidarité et à la justice sociale.
Carte montrant l’essor des températures à travers le monde.
© Climate Change

1°) Les pollutions et les émissions de gaz à effet de serre sont largement favorisées par le système économique du marché avec sa course aux profits maximums, et donc aux coûts minimums, car les gouvernements se laissent complaisamment imposer des réglementations minimalistes par les lobbys qui défendent leurs bénéfices. Ainsi les mesures nécessaires à la protection de l’environnement, du climat et de la santé sont particulièrement exposées aux exigences néfastes des entreprises. Les politiques timidement tentées pour limiter le réchauffement climatique en décarbonant la production et les transports ne cherchent pas à sortir de ce modèle économique, présenté comme "naturel" et sans alternative, et font confiance aux marchés, plus ou moins régulés par des taxes timides ou des marchés du CO2, pour promouvoir un développement durable. L’avenir de cette "économie verte" est fortement dépendant de sa rentabilité : les investissements dans les technologies bénéfiques pour le climat sont conditionnés à la profitabilité attendue par les actionnaires. Bien évidemment cela s’oppose aux transferts gratuits de ces technologies vers les pays du Sud aux technologies souvent plus polluantes. L’économie de marché "réellement existante" est donc bien un obstacle majeur à tout progrès écologique et climatique...

2°) Face aux pollutions les plus riches ont les moyens de préserver relativement bien leurs lieux de travail et de vie, alors que les plus pauvres et les travailleurs et travailleuses de base sont les plus exposés aux pollutions industrielles ou agricoles. Voir par exemple les conditions d’extraction des métaux rares en Chine, ou autres travaux similaires ailleurs, mais voir aussi qu’en France les premiers à souffrir des pesticides et des herbicides sont ceux et celles qui les répandent. Il y a de nombreux autres exemples : le chlordécone aux Antilles scandaleusement autorisé jusqu’en 1995 alors que sa toxicité était dénoncée par les médecins, aujourd’hui le glyphosate probablement cancérigène [2], les OGM aux USA ou au Brésil largement importés pour le bétail européen, les pollutions industrielles accidentelles ou chroniques, dont celles du nucléaire, etc.

Les effets du changement climatique sont universels, mais variés : réchauffement, sécheresses, événements météorologiques extrêmes plus fréquents, élévation des eaux maritimes, mais là aussi les populations ne sont pas égales dans leurs capacités à y faire face. Les pays concernés par la montée des eaux ne seront pas à armes égales pour y faire face : les Pays-Bas et le Bengale par exemple. L’augmentation des températures et de la fréquence et de l’intensité des sécheresses va impacter fortement l’agriculture de certains pays du Sud et risque d’accroître leur dépendance à l’égard du Nord. Même dans les pays riches, tou-tes les habitant-es ne sont pas également loti-es dans leurs capacités à se protéger : par exemple les habitations résistantes aux cyclones extrêmes ne sont pas abordables pour tou-tes, comme à Nouvelle-Orléans lors du cyclone Katrina où les plus pauvres, qui étaient majoritairement des Afro-Américain-es ont été particulièrement sinistré-es [3]. Face à ces risques, des mouvements massifs de populations seront inévitables et ont même déjà commencé… et les pays riches ont déjà commencé à s’en protéger ! Voir l’exemple de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande face aux peuples océaniens dont les îles sont en passent d’être submergées, mais l’Union Européenne promet de se montrer guère plus accueillante !

3°) Face à cette situation il faut au minimum, d’une part, faire vivre le 1er protocole de Rio qui a affirmé l’urgence de prendre des mesures technologiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre comme l’a rappelé le GIEC récemment [4]. A Rio il a aussi été affirmé la "responsabilité partagée, mais différenciée" des pays du Nord et du Sud face aux changements climatiques et donc la nécessité que les occidentaux, principaux responsables, aident les autres à être "vertueux" dans leur développement encore nécessaire : transfert de technologies propres et aides financières (mais l’annulation de la dette n’était pas au programme !). A noter que la Chine a rejoint le peloton de tête des émetteurs de CO2, mais que par habitant elle est encore loin derrière les occidentaux et que les firmes de ceux-ci ont largement externalisé leurs activités les plus polluantes vers elle. Problème : prés de 30 ans après quasiment rien n’a été fait, les gouvernements cherchant à satisfaire prioritairement les marchés. Pourtant la solidarité internationale est plus que jamais impérative, elle doit donc être imposée par la mobilisation citoyenne face à des gouvernements aux services des trusts...
D’autre part il faut s’attaquer aux inégalités sociales qui mettent les plus riches à l’abri des pires conséquences du problème et les dispensent de faire leurs parts des efforts nécessaires. De plus, elles alimentent l’accroissement de la production, et donc de la pollution, par la course au développement de la consommation, le mode de vie des plus riches étant un idéal proposé à tou-tes. Or à leurs stades actuels les technologies alternatives (énergies renouvelables, recyclage, biochimie, etc.) sont insuffisantes pour amener toute la population mondiale au niveau de vie des plus favorisés, car menacées par la limitation des ressources planétaires à répartir (minéraux, rares ou pas, surfaces agricoles pour l’alimentation ou la biochimie). Comme il ne peut être question d’enfermer sans espoir d’amélioration les populations du Sud, globalement démunies malgré l’existence de classes privilégiées, la solidarité internationale impose de remettre en cause le modèle des 1 % les plus riches contre les 99 % (ou peut-être celui des 10 % contre les 90%). La même remise en cause est bien sûr aussi nécessaire au sein des pays du Nord !

Oui, un système économique en rupture avec la loi des possédants des entreprises et les politiques des gouvernements à leurs services est à la fois une urgence sociale et une urgence écologico-climatique !

Octobre 2018
Article publié dans Inter-Peuples n°270, novembre 2018

#Justice climatique
"Capitalisme et néocolonialisme ne sauveront pas le climat"

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