Sur la Palestine, humiliante défaite politique des États-Unis À l’Assemblée Générale de l’ONU

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Le CIIP a reçu via internet un communiqué de l’organisation états-unienne < south-north development monitor SUNS > (réf : SUNS #8777 Friday 19 October 2018) à propos du vote de l’Assemblée Générale des Nations Unies du 16 octobre dernier concernant le rôle de la Palestine au sein de l’ONU.
Compte tenu de l’importance de ce vote pour le soutien international aux Palestinien.nes et la défense des droits de leur peuple, nous avons décidé de traduire et de mettre à la disposition des internautes le texte de ce communiqué, car l’événement qu’il relate n’a manifestement pas été largement cité ni commenté par nos principaux médias. Est-ce parce qu’il révèle la condamnation massive de la politique des gouvernements des USA et d’Israël à l’égard du peuple palestinien ? Jugez en par vous-même...

Un vote humiliant pour les États-Unis

L’année dernière, Nikki Haley, l’ambassadeur états-unien à l’ONU vociférant contre la Palestine, avait informé les États membres qu’il "relèverait les noms" de ceux qui votent contre les intérêts des USA au sein des Nations Unies, peut être avec la menace implicite de couper leurs aides aux pays qui refusent de jouer au ballon avec l’administration Trump et sa téméraire diplomatie.
Mais ce comptage de voix inspiré par la vengeance a dû être un pénible exercice pour les USA lorsque 146 des 193 États membres de l’ONU ont voté pour imposer la Palestine comme nouveau Président des 134 membres du Groupe des 77, la plus importante coalition de pays en voie de développement de l’ONU. Ces 146 États comprennent quelques-uns des plus puissants alliés occidentaux des USA ainsi que quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU : Royaume Uni, France, Chine et Russie. Les deux seuls pays qui ont suivi les USA comme des moutons de Panurge ont été Israël, leur traditionnel État-client, et l’Australie, un nouveau venu parmi les supports des États-Unis. Les 15 abstentions comprenaient quelques uns des pays normalement attendus : l’Autriche, l’Andorre, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, le Canada, la Croatie, la République tchèque, le Honduras, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Monaco, la Pologne, la Slovaquie et Tuvalu.

Le vote du 16 octobre à l’Assemblée Générale a été pour tous les observateurs une défaite humiliante de l’administration Trump, celle qui a déplacé l’ambassade des USA de Tel Aviv à Jérusalem et réduit de 300 millions de dollars ses contributions à l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency), soutien des réfugiés palestiniens. Ces deux décisions avaient pour but d’affaiblir la Palestine aux Nations Unies. Mais les Palestiniens en tirèrent une victoire majeure malgré le lobbying en coulisses des USA et d’Israël pour les contrecarrer. La Palestine, qui n’est pas un État membre de l’ONU, avait été choisie par une réunion ministérielle en septembre dernier pour devenir Présidente du Groupe des 77 à partir de janvier 2019. Le vote de l’Assemblée Générale a été une ratification de cette décision.

Déclaration de Mouin Rabbani, de l’Institut des Études sur la Palestine à Washington DC

"L’élection de la Palestine comme nouveau Président du Groupe des 77, en particulier à cause du caractère exagérément massif de ce vote positif, peut seulement être interprété comme une claque préméditée et délibérée à la face des États-Unis par la communauté internationale".

Et il ajouta :

"Le mois dernier le monde civilisé éclata ouvertement de rire lorsque Trump se fit remarquer par un autre étalage d’Americâneries devant l’Assemblée Générale. Aujourd’hui ce monde civilisé a démontré que sa réponse à la volonté des États-Unis de démanteler le système international et ses institutions, d’éliminer le concept de culpabilité par rapport au droit international, de faire du pouvoir des USA l’unique arbitre des affaires internationales et d’utiliser la question palestinienne comme le moyen d’atteindre ces objectifs, peut aussi prendre des formes plus sérieuses".

Réactions de Nikki Haley

À la suite de ce vote, Nikki Haley a dit que les États-Unis avaient voté contre cette résolution qui garantissait à la Palestine des privilèges à l’ONU comme Présidente du Groupe des 77.

"Les États-Unis ne reconnaissent pas d’État palestinien, rappellent qu’aucun État de cette sorte n’a été admis comme membre de l’ONU et ne croient pas que les Palestiniens sont susceptibles d’être admis comme membre de l’ONU. Les USA s’opposent fermement à l’élection de la Palestine comme Présidente du Groupe des 77, ainsi qu’à la soi-disant résolution de ratification par l’Assemblée Générale" ajouta le représentant US, qui avait annoncé la semaine précédente qu’il quitterait son poste à la fin de l’année : "Les Palestiniens ne sont pas un État membre de l’ONU et ne sont pas du tout un État. Les États-Unis insisteront sur ce point dans nos déclarations lors de chaque événement organisé à l’ONU sous la conduite des Palestiniens. L’erreur commise aujourd’hui par l’ONU réduit les chances de la paix en encourageant l’illusion soutenue par certains leaders palestiniens qu’ils peuvent atteindre leurs objectifs sans négociations de paix directes. En fait le vote d’aujourd’hui n’aidera en rien le peuple palestinie".n

L’ambassadeur palestinien Riyad Mansour a dit que le vote de l’Assemblée Générale représente le meilleur du multilatéralisme, avec une large majorité de ses membres soutenant une résolution permettant au Président élu d’un groupe de remplir efficacement ses fonctions.

"Ce fut l’expression du respect par l’Assemblée Générale de la décision consensuelle du Groupe des 77 d’élire l’État de Palestine comme Président pour l’année 2019, après que le groupe Asie-Pacifique ait présenté la candidature de l’État de Palestine, également par consensus".

L’analyse de Mouin Rabbani

De son côté, Mouin Rabbani déclara que

"L’élection de la Palestine pour conduire le Groupe des 77 devrait être interprétée comme une réponse directe

  • à la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté exclusive d’Israël sur Jérusalem, en violation de nombreuses résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies,
  • à l’interruption du financement de l’UNRWA par les USA comme un des moyens de contester l’existence de réfugiés palestiniens,
  • aux mesures punitives prises contre la population civile palestinienne des territoires occupés afin de dissuader les Palestiniens de continuer leurs plaintes contre Israël devant la Cour Criminelle Internationale et devant la Cour de Justice Internationale,
  • ainsi qu’à toutes les décisions pour légitimer un contrôle israélien perpétuel sur le peuple palestinien, son territoire et ses ressources".

Mouin Rabbani a également déclaré :

"S’il s’était agi d’une élection traditionnelle pour la présidence du Groupe des 77 on peut douter que la Palestine aurait été proposée, il est hautement improbable qu’elle ait gagné, et virtuellement hors de question qu’elle ait pu atteindre les résultats qu’elle a obtenus. Autrement dit, ce fut pour des raisons beaucoup plus importantes que les qualités de gestionnaire du candidat élu, et avant tout pour adresser un message politique à Washington... La grande majorité des membres du Groupe des 77 se sont rassemblés pour demander à Nikki Haley, et par extension au "génie caché", Jared Von Metternich, de bien noter leurs noms et de signaler qu’ils rejettent catégoriquement la politique des USA sur la Palestine, ainsi que les objectifs plus larges que l’administration Trump cherche à atteindre. Notre plus grand challenge est de traduire ces victoires symboliques, aussi importantes soient elles, en résultats concrets".

Communiqué de SUNS - South North Development Monitor : "United Nations : Vote on Palestine a humiliating defeat for US & its envoy" traduit par Marc Ollivier

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