Fedefam à Genève : douleur et espérance

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Les disparitions forcées en Amérique latine et dans le monde... Un article écrit par Maria Adela Antekoletz, représentante des Mères de la Place de Mai à la Convention de Genève sur les disparitions forcées, en septembre 2018. Elle décline l’objectif de ces fédérations en Amérique Latine et sur les continents Asie et Maghreb.

Septembre 2018 : l’avion amorce sa descente sur Buenos-Aires. Dans mon esprit bouillonnent les riches expériences des réunions à Genève que je me dois de restituer, d’ordonner, de résumer… Je relis les paroles du grand écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez lors de la séance d’attribution du Prix Nobel de la Paix (Stockholm, 1982) pour son ouvrage : "Cent ans de solitude" : "Les disparus, suite aux diverses répressions en Amérique Latine, sont au nombre de 120 000, comme si aujourd’hui on ne savait pas ce que sont devenus les habitants de la ville d’Uppsala*. De nombreuses femmes argentines capturées, enceintes, accouchèrent dans les prisons argentines, mais on ignore l’identité et le lieu de destination de leurs enfants volés qui furent livrés à des militaires ou enfermés dans des orphelinats clandestins. Pour s’être opposés à ces horreurs près de 200 000 femmes et hommes ont été massacrés en Amérique Latine, et près de 100 000 personnes périrent dans les 3 petits pays d’Amérique Centrale : Nicaragua, Salvador et Guatemala".
Contre cette terrifiante répression fut créée

FEDEFAM : Qu’est-ce que FEDEFAM ?

FEDEFAM : Fédération Latino-Américaine des proches (parents, amis…) des prisonniers et disparus, fut fondée en 1981 à San José (Costa Rica) et a obtenu un statut consultatif (Catégorie II) au sein du Conseil Économique et Social des Nations-Unies.
Ses objectifs : Arracher à l’oubli, vivants si possible, les victimes disparues, enquêter sur chaque cas de disparition forcée et obtenir l’ouverture de procès avec condamnations à l’encontre des responsables de ces crimes contre l’humanité. Et obtenir l’édiction de normes juridiques nationales et internationales qui rendent possibles le jugement et la prévention de ces crimes. Tels sont ses objectifs centraux. FEDEFAM lutte avec force, en lien avec d’autres Fédérations, organisations et personnes, et a obtenu en 2006 une Convention : la Convention internationale de protection de toute personne victime de disparition forcée. Convention entrée en vigueur en décembre 2010.
En Argentine, ont adhéré à FEDEFAM les Mères de la Place de Mai Ligne Fundadora, les Grands-mères de la Place de Mai, les familles et proches des Disparus et prisonniers politiques. Je suis sœur de Daniel Antokoletz - avocat et professeur de Droit international public, arrêté et disparu, enlevé par un groupe de la Marine argentine, et je collabore avec les Mères depuis le début de leur mouvement en avril 1977.

FEDEFAM a décidé de fixer une date annuelle - le 30 août - Journée internationale des Détenus et Disparus. Et une semaine internationale : la dernière semaine de mai. Ces deux commémorations se déroulent dans de nombreux pays dans le monde. La forte détermination des fédérations et organisations a permis de décider les Nations Unies à faire du 30 août la Journée internationale des Victimes de disparitions forcées. ( 2011).

Aujourd’hui FEDEFAM est dans une dynamique de renforcement institutionnel. De nombreuses organisations latino-américaines - anciennes et nouvelles - nous sollicitent et nous les sollicitons. Hélas !, vient de nous quitter notre chère Marta Vasquez- Présidente des Mères et également de FEDEFAM, elle qui s’est engagée de toutes ses forces de nombreuses années en faveur de la Convention.
Eradiquer enfin les disparitions forcées
La Coalition internationale contre la Disparition Forcée (https://www.icaed.org/) fut créée en 2007, elle réunit d’importantes organisations mondiales qui luttent contre cette atteinte gravissime à l’Humanité. Comme représentante des Mères et de FEDEFAM je fus invitée à la Réunion Générale Annuelle de ICAED à Genève, dans la semaine du 10 au 14 septembre 2018. Lors de cette réunion nous avons souligné la nécessité de consolider la formation de nos membres et de renforcer notre communication. Les moments que nous vivons l’exigent. Nous, membres d’ICAED présents à Genève, nous nous sommes retrouvés dans le groupe de travail sur les Disparitions forcées et involontaires, institué dans le cadre de la Convention depuis 2010. Au début le groupe de travail évoqua la situation de régression des droits humains en Amérique Latine. Les membres d’AFAD (la "FEDEFAM" d’Asie) et ceux de FEMED (Fédération du Bassin méditerranéen), entre autres, dénoncèrent les atteintes gravissimes aux droits dans ces régions. Ensuite le Comité exposa la situation de FEDEFAM et les actions des organismes défenseurs des droits humains en Argentine- réunis dans une "Table Ronde" unitaire qui organise des réunions hebdomadaires au siège des Mères ligne "Fundadora", contre les mesures de l’actuel Pouvoir exécutif et du Pouvoir judiciaire qui violent les Droits Humains.
A FEDEFAM nous assumons les tâches traditionnelles et autres initiatives : travailler sur le renforcement institutionnel et parvenir à initier un Congrès interaméricain, si possible en 2019 ; faire pression sur les autorités ; élargir la composition de notre fédération, accueillir et intégrer les nouvelles générations : fillles/fils, petits fils , familles et proches des détenus disparus, ainsi que les jeunes experts en relations internationales ; nouer et resserrer des liens avec les associations et fédérations dans les Amériques ; initier des campagnes régionales et universelles en vue de faire ratifier par tous les pays la Convention ; travailler activement avec ICAED, élargir au maximum les initiatives et les campagnes d’information et de solidarité.
Et maintenir, toujours, l’espérance d’une éradication définitive des disparitions forcées, ce fléau du monde actuel.

Maria Adela Antekoletz
Traduction Jo Briant

Article publié dans Inter-Peuples n°270, novembre 2018

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