Le Brésil face au spectre du fascisme

Publié le : , par  Jo Briant

Apocalypse Brasil : Trente trois ans après la fin de la dictature, le Brésil élit un président d’extrême droite - Jair Bolsonaro - qui n’a pour ligne politique que la haine, l’apologie de la dictature, du racisme, de l’homophobie et de la misogynie, jusqu’à l’appel au meurtre. Derrière cette élection plane l’ombre de l’âme damnée de M. Trump, mais aussi celle des grands secteurs de agrobusiness et des trafiquants de bois contre la biodiversité et le climat, des grandes firmes cotées en Bourse, des évangélistes et des militaires, des milices privées et de certains grands médias, sans oublier les grands propriétaires terriens qui paient depuis longtemps des tueurs à gage pour s’octroyer la terre des petits paysans et des Indiens. M. Trump trouve ici un nouvel allié de poids au cœur de l’Amérique latine contre les régimes progressistes d’Amérique latine – même s’ils se raréfient - comme la Bolivie, le Venezuela, sans oublier Cuba, mais aussi contre l’accord de Paris sur le climat ou comme soutien à Israël… L’essor de Bolsonaro a pris racine dans la crise financière mondiale de 2008 qui a affecté dramatiquement les pays latino-américains, dans la crise parlementaire amplifiée par le coup d’État parlementaire de 2016 contre Dilma Rousseff qui fut destituée sans aucune preuve parce qu’elle avait eu le tort, pour les milieux patronaux, de convoquer une constituante et faire la lumière - enfin ! - sur les violations des droits humains sous la dictature. Dictature que défend précisément Bolsonaro. Ajoutons la récession économique, le désastreux gouvernement de Temer qui a succédé frauduleusement à Dilma Rousseff, et cette prétendue opération "mains propres" qui n’avait pour seul objectif que d’emprisonner Lula pour l’empêcher de se présenter à cette élection présidentielle dont il était l’archi favori, et ce contre l’avis de l’ONU. Un emprisonnement décidé en quelques semaines, sans preuves et sans moyen de défense !

Résistance et mobilisation là-bas et ici…

Le débat politique en Europe, dans notre pays doit se nourrir sérieusement de ce qui vient de se passer au Brésil et aider sans œillères les causes de cette déflagration. Les démocrates, les travailleurs, les syndicalistes et tous les progressistes du Brésil - n’oublions pas les Noirs, les femmes, les homosexuels…- vont avoir besoin sans attendre de notre vigilance et de notre solidarité pour empêcher l’apocalypse. Au-delà, notre responsabilité - citoyen.nes, militants et militantes associatifs, syndicalistes, politiques - est immense pour contrecarrer là- bas et ici, en Europe, en France, cette nauséeuse vague brune qui s’étale, s’étend ici et sur le monde entier.

Dès dimanche 28 octobre, Fernando Haddad, qui portait les couleurs du Parti des Travailleurs (PT) et de tous les démocrates lors du second tour de l’élection présidentielle, ne se résignait pas à la victoire de l’extrême droite incarnée par Jair Bolsonaro. "Une partie importante du peuple brésilien exige d’être respectée", a-t-il tenu à préciser et exiger. Dans les rangs progressistes, l’inquiétude est grande voire extrême. Ainsi, par communiqué, la Centrale unique des travailleurs (CUT) a rappelé qu’au terme "d’une campagne où tous les moyens de communication ont été utilisés, quotidiennement, pour attaquer la candidature populaire, une majorité d’électeurs brésiliens vient de porter à la présidence quelqu’un qui, tout au long de sa carrière politique, a voté sans cesse contre les droits de la classe des travailleurs, s’est opposé aux politiques sociales, a voté pour le gel des investissements dans la santé et l’éducation (…) et a menacé les militants de gauche, les femmes, les Noirs et les personnes LGBT".

Face à un gouvernement qui va "tenter de poursuivre et réprimer le mouvement syndical, les mouvements sociaux", la CUT exhorte à "l’unité des forces démocratiques populaires" . Celles-ci commencent à se rassembler, ces derniers mois, au sein du Front Brésil populaire et du Front Peuple sans peur. Ce mouvement pourra compter sur les forces accumulées dans la lutte contre le coup d’État constitutionnel contre Dilma Rousseff. Mais la gauche brésilienne ne pourra faire l’économie d’une profonde introspection, d’une auto-analyse quant aux choix économiques productivistes du Parti des Travailleurs, à l’absence dramatique de redistribution des terres monopolisées par les grands propriétaires terriens, le choix non critique des cultures transgéniques (notamment du soja), la reconnaissance et la protection très insuffisantes des droits des Amérindien.nes, notamment à la délimitation de leurs terres et à la protection de leurs vies. Sans oublier l’arrêt vital du déboisement mortel de l’Amazonie, ce "poumon de la planète". Quitte à ce que nous, Européen.nes, réduisions drastiquement notre consommation de viande qui incite directement à la destruction de la forêt amazonienne pour lui substituer d’immenses surfaces d’élevage bovin. Quand notre solidarité passe par nos assiettes…

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