Brésil : non au fascisme ! Intervention de la CGT

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Lors de la manifestation - réussie : entre 3 et 4000 personnes - pour protester contre l’élection de Jair Bolsonaro au Brésil [1], le CIIP s’est engagé à publier les prises de paroles qui ont précédées le défilé. Voici celle de Nicolas au nom de la CGT.

Avec l’élection de Bolsonaro, la violence politique fait son retour au Brésil, le plus ghrand pays d’Amérique latine. Pour atteindre les 55% des voix, il a bénéficié entre autres de l’effrayante complicité de ses élites économiques, politiques et médiatiques.

Cette élection présidentielle n’est pas une élection de plus qui met, qui remet au pouvoir une extrême-droite de plus. Cette élection présidentielle risque d’entraîner non seulement l’effondrement de la démocratie dans le pays mais, plus largement, une déstabilisation de l’espace latino-américain. C’est pourquoi la manifestation d’aujourd’hui à Grenoble a tout son sens.

Certains, ici ou là, se plaisent à parler de Bolosonaro comme "le Trump des Tropiques". Si ce n’était que cela... S’il fallait lui trouver coûte que coûte une ressemblance, il faudrait plutôt songer à Rodrigo Duterte, président philippin, ou à Marine Le Pen si l’on veut un exemple de proximité. Car avec Bolsonaro, ce sont les éléments les plus brutaux de l’histoire du Brésil, des héritages de l’esclavagisme à ceux de la dictature, qui refont sinistrement surface.

Défenseur de la famille traditionnelle, il a reçu le soutien crucial et sans doute déterminant des puissantes Églises évangéliques. Et c’est avec le crucifix d’un côté et le revolver de l’autre qu’il promet de libéraliser l’accès aux armes à feu, de faciliter les projets industriels en Amazonie et de "nettoyer le pays des marginaux rouges".

Je me dois de rappeler son slogan de campagne : "Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous". Une référence évidemment "assumée" au Deutschland über alles (l’Allemagne au-dessus de tout"), l’hymne nazi...

Son programme est d’une limpidité glaçante : limiter l’État à ses fonctions régaliennes (armée, police, justice), privatisations des entreprises publiques et ventes des propriétés foncières de l’État afin de rembourses la dette brésilienne et réduire le déficit. Il espère ainsi faire rentrer 1000 milliards de réis, c’est-à-dire 232 milliards d’euros dans les caisses de l’État. Et au Brésil non plus, il n’y aura pas de ruissellement du haut en bas...

Quant à sa politique sociale, elle se résume dans une citation : "Ce que me disent les entrepreneurs, et je suis d’accord avec eux, c’est que le travailleur va devoir choisir : moins de droits et plus d’emplois ou plus de droits et du chômage".

Le président du Brésil récemment élu est vulgaire jusqu’à la nausée, raciste et défenseur de la torture jusqu’à l’horreur, et libéral jusqu’à l’épouvante. Oui, jusqu’à l’épouvante car réductions des dépenses publiques, flexibilisation des contrats de travail, déscolarisation massive des pauvres, projet de réforme fiscale qui favoriserait les plus riches et ferait peser l’impôt sur les plus pauvres. Il veut également mettre à bas toute politique de protection de l’environnement et revenir à un extractivisme féroce, quitte à éliminer indigènes et militants écologistes, et à asphyxier la planète.

A l’évidence, faut-il le préciser, nombre de celles et ceux qui ont voté Bolsonaro seront les premières victimes des méthodes brutales qu’il compte mettre en œuvre. Les raisons en sont simples :

  • Parce qu’entre la défense des riches et des pauvres, il a choisi.
  • Entre la défense de la nature et les intérêts des grands propriétaires terriens, le candidat d’extrême-droite a aussi choisi son camp sans équivoque.
  • Il est également le pire des adeptes de la norme dite de la majorité. Il s’agit cyniquement et violemment d’imposer cette norme des vainqueurs aux Indiens, aux homosexuels, aux Noirs, aux militants de gauche, aux minorités et aux oppositions.

Derrière cette loi de la majorité, il y a l’idée et il y aura une politique, une politique au service exclusif d’une communauté blanche, chrétienne, hétérosexuelle et propriétaire. S’il faut résumer cela en un mot, c’est le mot fasciste qui convient !

Fasciste quand en 2016 il dédie son vote pour la destitution de la présidente Dilma Roussef "à la mémoire du colonel Ustra" qui était le chef de la police politique durant la dictature brésilienne et l’un de ses principaux tortionnaires.

Fasciste en novembre 2017 quand il vantait les mérites de l’ancien dictateur Augusto Pinochet dans la presse chilienne, et quand il défend la peine de mort, la torture et le port d’armes.

La CGT reste et restera active dans la solidarité internationale et travaille ses relations bilatérales et multilatérales avec les deux grands pays du Cône sud que sont le Brésil et l’Argentine. On y a constaté que les attaques contre les droits des travailleurs sont identiques à celles que nous connaissons, puisque des lois similaires à la loi travail française ont été adoptées. Au Brésil, depuis l’arrivée au pouvoir de Michel Temer, deux millions de personnes sont déjà retombées sous le seuil de pauvreté extrême (moins de 1,75 $/jour), donnant même une nouvelle définition à l’esclavage, afin d’accommoder la nouvelle loi sur la sous-traitance !

Aussi je terminerai cette prise de parole de l’Union départementale de la CGT de l’Isère en affirmant la nécessité, l’impérieuse nécessité que face à la montée de l’extrême-droite partout dans le monde, plus que jamais les travailleurs et travailleuses doivent faire preuve d’un extrême courage.

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