Maudite soit la guerre

Publié le : , par  Roseline Vachetta

Macron, à la fin de son "itinérance mémorielle" et politique sur les lieux de la 1ère guerre mondiale, celle qu’on appelle "la grande", celle qui serait à coup sûr "la der des ders", a donc commémoré à Paris, avec 80 chefs d’État, tous chefs de guerre plus ou moins grands, le centenaire de l’armistice du 11 novembre 2018. Mais ailleurs, d’autres cérémonies se sont déroulées qui rappelaient de manière juste bien d’autres vérités et d’autres mémoires.

"Le capitalisme porte en lui la guerre
comme la nue porte l’orage"
V. Hugo.

Plaque de la ville d'Eybens (38) {JPEG}A Eybens, c’est sur la place qui porte son nom qu’un hommage est rendu à Jean-Pierre Raffin-Duggens, l’un des 3 députés de la SFIO qui voteront contre les crédits de guerre le 25 juin 2016. Rompre la discipline du parti, rompre la fameuse Union Sacrée et refuser le vote des crédits militaires à ce moment-là, c’est un acte de courage fort. Jean Pierre Raffin-Duggens est convaincu comme l’écrivait Anatole France qu’"on croit mourir pour la patrie, mais on meurt pour des industriels". Il défendra la fraternité des peuples contre ceux qui s’enrichissent en les sacrifiant. Fidèle à ses convictions, en 1917, il protestera contre la répression des mutins qui se dressent contre le massacre et refusent d’y participer davantage.

Les fusillés pour l’exemple

C’est pour rappeler la mémoire des 639 soldats français officiellement fusillés pour l’exemple, même s’il y en a eu certainement beaucoup plus, qu’à Eybens la chorale des "Barricades" entonne dans un silence émouvant "la rue des lilas" et "la chanson de Craonne". Pour ces soldats épuisés et révoltés qui ont refusé d’obéir à l’ordre imbécile de sortir pour la Xème fois de leur tranchée pour récupérer à ceux d’en face un petit morceau de territoire, avec la certitude que pour la Xème fois une partie des leurs et de ceux d’en face va y laisser sa peau. Ils ont été nombreux à refuser, tellement nombreux qu’ils n’ont pu être tous fusillés, cela risquait de démoraliser les troupes, voire de susciter des soulèvements. Ceux qui l’ont été l’ont été par tirage au sort. Et on sait aujourd’hui que c’est une petite fille qui choisissait dans un casque le nom de ceux qui allaient mourir. Cynisme et mépris de classe sans doute, 80% des fusillés étaient des petits paysans et des ouvriers, des gens de peu, des vies qui ne valaient rien aux yeux des gouvernements, de la hiérarchie militaire, dont les maréchaux honorés aux Invalides !

Aujourd’hui en France, dans des villages, au pied des monuments nommés "pacifistes", les habitant·es se rassemblent. Ces monuments proclament "maudite soit la guerre et ses auteurs" ou encore "si tu veux la paix prépare la paix". Loin des festivités "macronesques" ils honorent le souvenir de tous ces hommes tués, dont 1,3 millions français, dans cette immense boucherie que fut cette guerre. Ils s’opposent à la guerre, à toutes les guerres. Ils demandent la réhabilitation des fusillés pour l’exemple car 100 ans après la fin des hostilités, Macron, pourtant prêt à honorer Pétain (!) s’y refuse encore comme ses prédécesseurs s’y opposaient. Ils ont été 2500 fusillés pour l’ensemble des pays engagés dans ce conflit mondial, tous les autres gouvernements ont réhabilité leurs propres ressortissants, sauf l’Italie et la France.

Maudite soit la guerre !
Inscription sur le monument aux morts de la guerre 1914-1918 de Gentioux (Creuse)

Des soldats dont on parle peu

Les soldats issus des colonies françaises ont payé un lourd tribut à la guerre impérialiste, d’abord parce que les empires coloniaux étaient l’un des enjeux de cette guerre. Il s’agissait en effet pour les belligérants de rafler encore davantage de territoires coloniaux, source de richesses et de nouveaux profits. Entre 1914 et 1918 le colonialisme sévit plus que jamais : le pillage des matières premières a été à son comble pour répondre aux besoins de la métropole pendant toute la guerre et le rapt des hommes rappelle celui des périodes odieuses de la mise en esclavage. C’est le général Mangin surnommé "le boucher des Noirs" qui a l’idée raciste dès 1910 de créer "la force noire" formée de bataillons composés de "races guerrières". En préparation de la guerre, alors chef militaire dans l’armée coloniale, il organise la rafle des hommes jeunes dans les villages. Ceux qui résistent sont tués. Les soldats venus des colonies permettront notamment à Douaumont et au Chemin des Dames, comme l’écrit cyniquement Mangin "d’éviter de verser le sang des Français". Leurs rébellions seront aussi plus rapides à gérer puisque souvent, et c’est Mangin qui le dira, il suffira de les abattre sur place sans même passer par le tribunal !

100 ans plus tard, si tu veux la guerre, prépare la guerre !

Le budget 2019 de la défense est en hausse de 5%, "c’est un budget de reconquête" s’enthousiasme Madame Parly, ministre de la défense. En ces périodes d’austérité budgétaire dans les services de l’État et des collectivités, ce budget a effectivement une allure d’offensive guerrière. Déjà en hausse de 1,8 milliard en 2018, le budget augmentera chaque année de 1,7 milliard jusqu’en 2022. Hors pensions des militaires. Les hausses les plus importantes concernent l’entretien et l’augmentation des armes nucléaires (plus 400 millions d’euros), les OPEX (opérations extérieures, plus 200 millions) et l’équipement des forces (450 millions) notamment pour équiper les nouvelles recrues. Car si le nombre de postes diminue ou stagne dans de nombreux ministères, comme la santé, l’éducation nationale ou les finances... 21 500 créations de poste sont annoncées dans les armées en 2019.

Il n’est pas besoin d’être un stratège militaire pour penser que cette augmentation d’effectifs, de matériels et d’armes devra servir, en particulier dans les guerres extérieures auxquelles participe la France et qui vont donc se poursuivre. Dans la course aux ventes d’armes, la France arrive en troisième position. Et continuera à assurer sa présence, sous forme d’occupation militaire, de formation de certaines armées étrangères et de leurs services de renseignement.
Plus que jamais, le CIIP affirme avec beaucoup d’autres, sa solidarité avec les peuples victimes des OPEX de l’État français et avec les peuples écrasés par des armes "made in France" comme au Yémen, par exemple. Le CIIP lutte pour le droit réel d’accueil de ceux et celles qui parviennent aux frontières de l’Union européenne et de la France.

En France, loin de se réjouir d’un budget de la défense en constante augmentation, le CIIP soutient les luttes pour des financements des services publics à la hauteur des besoins des populations, comme dans la santé, l’éducation nationale, les transports publics...

Article publié dans Inter-Peuples n°271, décembre 2018

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