La voix du peuple catalan

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Le peuple catalan vit actuellement, et depuis plus de quatorze mois, une atteinte aux Droits de l’Homme qui ne semble pas préoccuper davantage les différents Etats membres de l’Union Européenne dont l’Espagne fait partie depuis le 1er Janvier 1986.

Pour comprendre ce que vit aujourd’hui la Catalogne, il faut jeter un œil en arrière, analyser son passé, et son parcours culturel et économique.

La Catalogne a pourtant une histoire, une langue et une culture datant d’il y a plus de 6 siècles : les Comtés catalans existaient, fondés sur le Droit Romain, Wisigothique et Canonique. Sa première Constitution date de 1413.

La Catalogne a toujours été ouverte et tournée vers le Nord et les pays méditerranéens. Ceci a permis la création de petits métiers d’artisans, d’agriculteurs et de commerçants. La première république catalane date de 1641, et les suivantes datent de 1931 et 1934. En 1934 les femmes avaient le droit de vote pour la première fois. La République Catalane fut détruite par le coup d’Etat du général Franco, la guerre civile et la dictature qui s’ensuivit.

Pendant des siècles, le reste de la Péninsule Ibérique, gouvernée par des seigneurs des latifundia du centre et du Sud de l’Espagne eut, pour seul objectif la conquête du nouveau monde, avec les bénéfices qu’apportaient l’or, le métissage obligé des Indiens des terres occupées avec les conquérants, et la christianisation imposée par l’Église.

Le plus grand empire du monde où "le soleil ne se couchait jamais" (phrase prononcée par Fray Francisco de Ugalde à Carlos Ier d’Espagne) s’écroula au fur et à mesure. Les différences régionales se sont ainsi accentuées. L’Espagne manqua, au XIXe siècle, la révolution industrielle des pays européens. Cette suprématie a aggravé les relations pratiquement inexistantes avec la Catalogne qui, elle, poursuivait son développement économique et social, tournée vers l’Europe.

La mort du dictateur Franco en 1975 fut suivie de la nomination du successeur choisi par Franco, le roi Juan Carlos Ier, et d’une Constitution en 1978. Cette Constitution fut rédigée par le gouvernement mis en place par le pouvoir franquiste. Or une Constitution doit être proposée par un Parlement élu par le peuple. Cela ne fut pas le cas en Espagne. Il en est de même pour le Pouvoir Juridique qui, encore aujourd’hui, n’est pas indépendant du pouvoir central.

Enfin, le franquisme n’a pas subi de procès, il existe toujours. L’impunité des responsables des drames de la guerre civile et des actes qui s’ensuivirent jusqu’à pratiquement la fin du XXe siècle n’a pas été mise en question. Le parti la Phalange est toujours là, les anciens soldats franquistes touchaient des pensions de l’Etat, contrairement aux soldats républicains, Espagnols eux aussi. Les fêtes et commémorations pour Franco se poursuivent, et les monuments et noms des rues portant le nom du dictateur existent toujours dans plusieurs villes espagnoles.

Le Gouvernement catalan a écouté la voix de son peuple, qui demandait à s’exprimer. Madrid avait refusé à 18 reprises, de 2006 à 2017, l’autorisation d’organiser un référendum. Le Président Carles Puigdemont, aujourd’hui en exil politique, a décidé d’organiser ce référendum en 2017pour que le peuple catalan fasse entendre sa voix concernant l’avenir de la Catalogne.

La réaction du gouvernement espagnol de Mariano Rajoy fut immédiate. Les volontaires qui travaillaient pour permettre un vote populaire, furent empêchés par la police dès la veille au soir. Le vote eut lieu le 1er octobre 2017. Les violences contre les personnes qui, pacifiquement, voulaient s’exprimer, furent filmées et publiées partout dans le monde.
Résultat de ce référendum : 90% de réponses positives à l’autodétermination soit 2 262 424 votants sur 5 613 584 inscrits, qui se déplacèrent, malgré les menaces et la violence, aux bureaux de vote parfois improvisés. Mais le résultat fut aussi : 1 066 personnes blessées par les violences policières, et le Gouvernement catalan entièrement contrôlé depuis par Madrid.

Les peuples européens regardaient avec stupeur ces images inimaginables dans un pays faisant partie de l’Union Européenne, et qui violait les règles des Droits de l’Homme, souscrits et signés par tous les pays de la C.E.E. Mais les réactions des peuples n’ont pas été accompagnées par les réactions des dirigeants et de la majorité des classes politiques. Chacun était trop occupé à résoudre ses propres problèmes, pensant aussi que c’était un problème interne, que les Catalans devaient résoudre, seuls.

Or, les actes organisés par les Catalans n’ont jamais provoqué de violence. Les manifestations à Barcelone de plusieurs millions de manifestants, ont toujours été pacifiques, contrairement aux actes de la Police Nationale contre la population catalane.

La réaction du Gouvernement Central espagnol fut violente : plusieurs dizaines d’arrestations et des violences sur les personnes, y compris des personnes âgées. Aujourd’hui encore, quatorze mois après les événements du 1er Octobre 2017, la situation est la suivante :

  • 9 prisonniers politiques sont toujours en prison. Le jugement n’a pas encore eu lieu, il pourrait tarder plusieurs années. Or, il s’agit de personnalités politiques élues par le Parlement Catalan et de présidents d’associations culturelles,
  • 7 personnalités, dont le Président de la Catalogne, sont en exil politique,
  • 712 maires sont sous contrôle.

Il est difficile et douloureux de constater que des prisonniers et exilés politiques n’obtiennent aucune réaction des autorités européennes. La priorité de l’Europe est, aujourd’hui, purement économique et politique. Les affaires concernant les Droits de l’Homme ne sont pas prises en considération.

Or, nous commémorons le 10 décembre 2018, le 70e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Droits que la Communauté européenne s’est engagée à respecter dans tout son territoire et dans tous les pays qui en font partie.
Nous pouvons nous poser des questions sur l’humanité de ceux qui dirigent nos peuples. Triste anniversaire pour les Droits Humains, pour la Catalogne et tous ceux qui voudraient légitimement que la voix des peuples soit entendue. Triste Noël pour les prisonniers politiques et leurs familles, et pour tous ceux qui défendent la liberté d’expression et le respect des peuples.

Montserrat Aymani Viadé
Présidente Casal Català (Maison de Catalogne) de Grenoble

Article publié dans Inter-Peuples n°272, janvier 2019

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