Quand les gilets jaunes ébranlent le pouvoir politique et toute la société édito Inter-Peuples n°272, janvier 2019

Publié le : , par  CIIP

C’est un surgissement social et politique qui bouleverse la France depuis le 17 novembre en métropole et dans les DOM-TOM, notamment à la la Réunion. Une insurrection qui tient. Une révolte de ceux et celles qu’un Macron jupitérien nomme "les riens", "les fainéants", leur intimant l’ordre de "traverser la rue" pour trouver du travail… La rue, aux ronds-points ou sur l’avenue des Champs Élysées, à l’heure où ces lignes sont écrites, ils l’occupent toujours ! Pour leur dignité, parce qu’ils savent que les "riens" quand ils se rencontrent et se parlent peuvent devenir un TOUT ! Un tout qui bloque les routes, les dépôts de carburants, les ports, les aéroports et les commerces comme à la Réunion, tous ces moyens d’échanges sans lesquels l’économie capitaliste est paralysée.

Les gilets jaunes exigent de la justice fiscale et sociale : la fin des taxes injustes, plus lourdes sur le peuple que sur les riches, l’augmentation conséquente du SMIC et des minima sociaux, l’indexation des salaires et retraites sur le coût de la vie, le développement des services publics. Pour cela il faut faire payer les riches : rétablir toute l’ISF (soit 4 milliards de recettes), en finir avec le CICE (qui passe de 20 à 40 milliards), en finir avec l’évasion fiscale (80 milliards par an). Ce mouvement a bien compris que le pouvoir ne tient pas compte des préoccupations des travailleur·ses pauvres, des retraité·es, des chômeurs, des petits paysans ou artisans… Ils sont nombreux, qui "ne comptent pas" comme ils le disent. Leur démocratie est au service d’une classe, la leur, celle des possédants qui ne partage rien. Dans les interviews, les gilets jaunes expliquent souvent qu’ils ne votent plus, parce qu’ils ne font plus confiance aux promesses et qu’ils n’obtiennent jamais leur juste part de la richesse produite. Ils réclament d’autres formes de démocratie face à un gouvernement qui a cassé le code du travail à coup de 49.3 avec le projet de dynamiter la protection sociale et de casser les services publics. Ces jours-ci, l’idée de la création d’un Référendum d’Initiative Citoyenne, fait son chemin… Est-ce LA bonne idée ? A ce jour, nul ne peut le dire. Mais la période est ouverte à l’invention de nouvelles méthodes de décisions.

Face aux manifestations d’une jeunesse qui veut un réel avenir, ce gouvernement autoritaire matraque, gaze, blesse gravement avec des flash-ball…, met en garde à vue et traîne en justice des centaines de travailleurs, artisans, étudiants, lycéens, chômeurs.

Le CIIP est solidaire de tous les combats d’ici et d’ailleurs pour plus de justice sociale, plus d’égalité et combat à sa mesure ce système économique capitaliste qui détruit l’Humain et la Planète. Il soutient "les gaulois réfractaires" présents sur les ronds-points, dans les AG et les manifestations parce qu’il y a un grand enjeu social et politique dans cette lutte aux formes inédites. Le CIIP réaffirme que la première et la plus grande des violences est d’abord sociale. Et refuse que dans cet aujourd’hui particulier, brouillon mais porteur de possibles, le gouvernement utilise une répression physique et judiciaire massive et disproportionnée, contre la jeunesse et contre toutes celles et tous ceux qui résistent. Nous sommes et serons solidaire des victimes.

Édito publié dans Inter-Peuples n°272, janvier 2019

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