Pour un monde de justice climatique et sociale

Publié le : , par  Jo Briant

Alors que la COP 24 (Conférence sur le climat) vient de se conclure à Katowice, en Pologne, dans le prolongement de la COP 21 à Paris en décembre 2015, et qu’aucun engagement significatif n’y ait été pris, les impacts du changement climatique n’ont jamais été aussi graves, effrayants. Un été particulièrement chaud succédant à trois étés précédents parmi les plus chauds depuis un siècle, incendies terrifiants en Californie, en Grèce, au Portugal, inondations au Japon, accélération de la fonte de la calotte glaciaire. Tout aussi inquiétants : l’accumulation de déchets plastiques dans l’Océan, les risques de l’utilisation massive de pesticides pour la biodiversité (30% des oiseaux ont disparu dans nos campagnes, 70% des abeilles !) et pour la santé des paysans et des consommateurs. Il n’y a jamais eu autant de pétrole et même de charbon extraits et engloutis par un système incontrôlé de surproduction et de surconsommation. Et jamais autant de voitures, de camions, d’avions, de bateaux de plaisance et de cargos de plus en plus démesurés consommateurs de quantités de plus en plus énormes de kérosène. Les conséquences quasi irréversibles - à moins d’un immense sursaut - d’un système généré notamment par le capitalisme par essence productiviste et consumériste, par l’OMC (organisation mondiale du commerce), l’épine dorsale du capitalisme, qui veut maximiser les échanges de marchandises et d’humains. Et tous ces grands projets absurdes – comme Europa city, gigantesque zone urbanistique, commerciale, de loisirs en Seine Saint-Denis, qui va détruire une des très rares terres agricoles restantes autour de Paris- qui symbolisent cette véritable folie destructrice et de la nature et de l’humain. Dérèglement climatique qui a pour première conséquence l’accroissement des inégalités sur l’ensemble de la planète - les pays du Sud ayant le moins de moyens pour s’en protéger - et donc l’accentuation des mouvements migratoires. Défi auquel l’Europe répond par des grillages et des barbelés.

Ne pas dépasser 1,5° : tout se jouera dans les dix prochaines années… c’est-à-dire demain. Les divers rapports du GIEC – Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat - sont formels : c’est dès maintenant qu’un véritable virage doit être opéré, que l’on doit diminuer l’extraction du charbon et du pétrole. Or, le rehaussement des ambitions en matière de réduction de GES (gaz à effet de serre) est repoussé à plus tard. Les États se laissent jusqu’en 2020 pour mettre sur la table de nouvelles propositions ! Rappel : le GIEC, en octobre dernier, soulignait avec force que pour limiter le réchauffement à 1,5° C, les émissions de CO2 devront avoir diminué de moitié d’ici à douze ans. Alors même que ces émissions, loin d’avoir diminué depuis la COP 21 de Paris, ont augmenté de 2,5 % ! Et il faut dénoncer l’absence véritablement scandaleuse de la France à Katowice : non seulement Emanuel Macron n’est pas venu, mais François Rugy, Secrétaire d’État à l’Écologie, est parti précipitamment avant la fin des négociations. Déjà la crédibilité de la France était bien érodée au départ "du fait de ses émissions en hausse et de ses objectifs en baisse", note Greenpeace. Par ailleurs les 100 milliards par an promis à l’horizon 2020 aux pays en développement - premières victimes du développement productiviste, émetteur de gaz à effet de serre dont les effets se font déjà sentir dans ces pays - traînent à être rassemblés, et il est plus que douteux que les pays "développés" remplissent cet engagement. Et pourtant la dette écologique est incommensurable et doit être remboursée par les pays riches. Faut-il rappeler que pour limiter la hausse de la température à 2°C, il faudrait abaisser les gaz à effet de serre de 40 à 70% entre 2010 et 2050 et les éliminer à 90% d’ici 2100. Ce qui suppose une diminution d’au moins 50% de l’extraction des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz de schiste), une véritable révolution dans les modes de développement à la fois agricole et industriel, de transport (diminution sensible du trafic automobile, des camions, des cargos, des avions). Autant dire que seule une véritable révolution dans le mode de production, de transport, de mode de vie et de consommation est à même de répondre à un défi aussi gigantesque. Ce qui suppose une prise de conscience des citoyens du monde, notamment dans les pays riches, qui doivent s’attaquer à tout un système économique et politique, et prendre conscience que l’écologie n’est pas compatible avec le capitalisme, même si par ailleurs le "socialisme" qui a été appliqué en Union soviétique et dans les pays de l’Est n’était pas exempt - loin de là - de productivisme ! Un éco-socialisme est à inventer…

"On arrête de faire l’autriche et on agit"
Slogan et pancarte, marche pour le climat
Grenoble 2018

Climat : les citoyens du monde doivent relever le défi !

Les marches climat ont rassemblé depuis des mois et même des années un très grand nombre de manifestants, malgré - en ce qui concerne la France - les pressions du gouvernement à ne pas manifester et les mesures ultra-sécuritaires imposées aux gilets jaunes. On y a vu un public jeune, toute une génération qui va subir de plein fouet ce réchauffement climatique et cette destruction de la nature. Avec parfois une convergence étonnante, dans de nombreuses villes, avec ces gilets jaunes, liant exigences de justice climatique et de justice sociale, se préoccupant des fins de mois comme de la fin du monde. Une convergence habitée par la conviction commune que les plus grands pollueurs sont exonérés de tout effort, que les principales causes du réchauffement climatiques ne sont pas traitées, que la casse des services publics, des commerces de proximité, de l’agriculture à dimension humaine, que l’étalement urbain sont générés par toute une politique au service des grands groupes privés. Alors même que les alternatives en matière de transport en commun, d’urbanisme à visage humain, sans personne à la rue, ne sont pas développées. Dans de telles conditions, ce n’est certainement pas aux classes pauvres, moyennes et populaires de payer la transition écologique.
Voici quelques propositions, avancées notamment par des organisations comme Attac, Alternatiba, les Amis de la Terre, le Réseau Sortir du nucléaire, le réseau altermondialiste, mais aussi de plus en plus par des organisations syndicales et politiques :

  1. Mettre un terme aux politiques centrées sur la voiture et les camions et mettre en place un réseau gratuit de transports en commun accessibles à tous, toutes et desservant - en France - l’ensemble des départements. Développer les transports "doux" : bus, train, vélo, trottinette, marche à pied… Relance très forte du ferroviaire notamment en zone rurale.
  2. Arrêt de la défiscalisation du kérosène dans le transport aérien et maritime. Le développement du ferroviaire pour les transports de marchandises et les transports collectifs.
  3. Un aménagement équilibré des territoires ruraux et urbains qui passe par la lutte contre la concentration de l’activité sur les métropoles, véritables "territoires entreprises" au service avant tout des grands donneurs d’ordre et de grands groupes industriels et commerciaux. 
  4. Le soutien à une agriculture paysanne privilégiant les circuits courts (comme les AMAP) et les productions bios pour permettre à tous et toutes l’accès à une alimentation de qualité.
  5. Le contrôle, sinon la nationalisation, des 90 multinationales responsables des deux tiers du réchauffement climatique.
  6. Laisser impérativement sous terre l’essentiel du pétrole, du gaz et du charbon qui s’y trouvent encore. Défi aussi immense que vital, mais les solutions alternatives existent, notamment le développement des énergies renouvelables : énergie solaire, éolienne, photovoltaïque, biomasse, géothermie, sans oublier les petits foyers qui se sont multipliés en Afrique. Enfin, l’énergie nucléaire n’est assurément pas une "alternative", tout au contraire, avec ses déchets irradiants pour des centaines d’années, qu’on cherche à "fourguer" sous terre ou au fond de la mer !
  7. Remboursement par les pays "développés" de la dette écologique accumulée au fil des siècles aux dépens des pays du Sud dont on a pillé les ressources naturelles, minérales, pétrolières. Une dette odieuse qui doit être remboursée…

Article publié dans Inter-Peuples n°272, janvier 2019

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