Témoignage d’un responsable syndicaliste brésilien

Publié le : , par  CIIP

Lundi 7 janvier 2019 : une bonne soixantaine de personnes se pressaient à la Maison des Habitants Teisseire-Malherbe, pour entendre le témoignage de Herbert Claros, responsable syndical brésilien, dans le cadre d’une tournée européenne, à l’invitation du syndicat Solidaires et du Collectif Brésil qui s’est constitué en novembre dernier, pour organiser notamment à Grenoble une Marche solidaire avec le peuple brésilien samedi 10 novembre.

Soirée du 7 janvier 2019
Photo : Collectif Solidarité Brésil Grenoble

Ce qu’il faut retenir pour l’essentiel de ce témoignage de Herbert Claros, secrétaire aux relations internationales de la centrale syndicale Conlutas (plus d’un million de syndiqués) :

  • L’élection qui peut paraître stupéfiante, incompréhensible de Jair Bolsonaro est le produit de toute une histoire qui remonte aux années 2000-2002 (année de l’élection de Lula à la présidence). Lula a été élu d’une façon triomphale, promettant en autres de vaincre la faim et l’extrême misère qui concernaient des millions de Brésiliens (surtout au Nordeste). Mais il lui fallait pour gouverner nouer des alliances avec des formations politiques - comme le PMDB, parti de droite regroupant notamment des gros propriétaires terriens -, gangrenés depuis longtemps par la corruption. Lula a certes vaincu la faim - ce qui est incontestablement à son crédit - mais il n’a pas eu la volonté de rompre avec ce système et ces pratiques de corruption. De même qu’il n’a pas rompu avec tout un système économique productiviste et les cultures transgéniques (soja….).
  • Oui, une question lancinante, aussi bien au Brésil que dans le monde entier : comment est-il possible que dans un pays comme le Brésil, pays perçu comme interculturel, ouvert, créatif, un candidat raciste, machiste, anti LGBT, nostalgique de la période de dictature ( 1958-1985), a-t-il pu être élu ? Il n’y a pas une explication unique. Herbert Claros insiste sur un point mal connu : la grave crise bancaire qui a éclaté en 2008 aux Etats-Unis et en Europe s’est répandue avec trois ans de retard en Amérique Latine et a provoqué une très grave crise économique et sociale au Brésil. En quelques années (à partir de 2012-2013), une ville comme Rio qui était très vivante, animée toute la nuit dans certains quartiers, la Villa Isabel par exemple, a été comme dévastée et est devenue très violente. Un climat nauséabond s’est répandu, marqué notamment par la destitution inouïe de la présidente Dilma Rousseff (2016) et l’avènement d’un pouvoir – avec Michel Temer- ultra corrompu,
  • C’est ainsi que Jair Bolsonaro a pu se présenter comme le candidat de l’anti-corruption ! Il a mené une campagne sans contenu propositionnel, sans véritable alternative, essentiellement sur le mode de la dénonciation, de la criminalisation non seulement du Parti des Travailleurs, mais aussi des migrants- notamment Vénézuéliens - , des femmes, des personnes LGBTI, des syndicalistes... En utilisant massivement les réseaux sociaux… et les Fake News.

Aujourd’hui, quelques jours après sa prise de fonction début janvier 2019, Bolsonaro n’a pas traîné pour prendre des mesures très inquiétantes :

  1. Suppression de la FUNAI (Fondation nationale de l’Indien), organisme chargé d’appliquer la politique "indigéniste" et de protéger les communautés indigènes des agressions souvent meurtrières des gros propriétaires fonciers, en la remplaçant par le Ministère de l’Agriculture au service de ces gros propriétaires. Plus qu’inquiétant…
  2. Suppression des instances officielles qui protégeaient les droits des femmes, des personnes LGBT, des migrants.
  3. Suppression du Ministère du Travail et par là-même des droits (restreints) des travailleurs, alors même que le travail esclave perdure au Brésil. En outre, les Ministères de la Culture et des Sports sont également supprimés, ce qui livre ces secteurs, les artistes et les sportifs aux pires dérives et à la suppression de nombreux droits.

Herbert Claros a évoqué également le système scolaire et universitaire qui sera de plus en plus privatisé et payant, le système de santé avec le renvoi des milliers de médecins cubains très appréciés par les plus démunis, et qui ne seront pas remplacés par les médecins brésiliens. Quant à la presse brésilienne, elle est tout simplement "horrible", aux mains des puissances d’argent.

Alors, quel espoir ? Herbert Claros a conclu son témoignage en évoquant les conditions d’un sursaut : concertation urgente des organisations syndicales et politiques "progressistes", en lien avec les mouvements sociaux. En utilisant les réseaux sociaux. Et en comptant sur la solidarité internationale…

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