Non à la numérisation, à la robotisation et à la transhumanisation de nos vies !

Publié le : , par  Jo Briant

Cet article ne prétend nullement proposer une analyse exhaustive d’un processus de plus en plus prégnant, invasif, généralisé dans quasiment tous les secteurs de nos sociétés et de nos vies. Ni de trancher d’une façon définitive dans l’appréciation des risques et de la déshumanisation générés chaque jour davantage par le numérique, les robots, l’intelligence artificielle, le transhumanisme. Mais d’alerter sur un processus en marche, quasiment irréversible, terrifiant et déshumanisant à maints égards, face auquel les citoyen·nes que nous sommes, les organisations sociales, syndicales et politiques ont été jusqu’à maintenant plutôt silencieux, passifs, même si des voix et des résistances commencent à s’élever, qui ne se réduisent pas – dans notre région - à PMO (Pièces et Main d’œuvre) [1].
Une évidence : nous sommes de plus en plus démunis par la vitesse inouïe des innovations technologiques présentées comme inéluctables. Notre première résistance : refuser cette prétendue inéluctabilité, analyser, décortiquer les processus en cours, démasquer les évangélistes de l’automatisation du monde… mais pour quelles alternatives ? une immense interrogation…

Mais d’abord, pour nous mettre en face du "problème", quelques citations :

« La pente naturelle de la machine consiste à rendre impossible toute vie humaine »
George Orwell, écrivain militant britannique auteur du livre "1984" où il évoque la figure de Big Brother.

« Que ferions-nous sans téléphone portable et sans smartphone ? Cette question est légitime tant ce petit objet a pris de l’importance dans nos vies. Mais pour des adultes et beaucoup d’enfants, ces "objets" sont synonymes de souffrances et de faim chronique. Ces minerais dont ils sont conçus portent leur nom de "minerais de sang", car ils sont synonymes - en République du Congo notamment, mais aussi en Chine - de violences, d’exploitation, de désespoir et de sang. Nos portables et nos smartphones valent-ils tant de souffrance ? »
Extrait d’un tract du CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement- Terre solidaire).

« Il y aura des gens implantés, hybridés, et ceux-ci domineront le monde. Les autres qui ne le seront pas ne seront pas plus utiles que nos vaches actuelles gardées au pré »
Magazine Au fait, mai 2014.

« Ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s’améliorer auront un sérieux handicap. Ils constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur »
Libération, 12/05/2012.

Technologie versus Humanité
Image du livre du futuriste Gerd Leonhard (CC BY-SA 2.0)

Les hommes de plus en plus asservis par le numérique, l’intelligence artificielle

Constat : les usagers des administrations, des services publics, des postes, des banques, de Pôle Emploi, des préfectures, qui ne sont pas tous connectés ou qui ne maîtrisent pas l’usage de l’informatique rencontrent de plus en plus de difficultés souvent insurmontables pour accéder à ces structures et à ces services et pour faire valoir leurs droits. Les migrant·es qui veulent un rendez-vous en préfecture pour déposer une demande de titre de séjour doivent désormais passer par internet pour le solliciter ! Il faut mesurer la souffrance et le sentiment d’une immense injustice ressentis par tous ces exclus qui ne peuvent accéder seuls à ces services faute de maîtriser ces démarches dématérialisées, et qui sont parfois condamnés à renoncer à leurs droits. Un certain nombre d’employés et surtout de travailleurs sociaux essaient de se rebeller contre cette abstraction et cette inhumanité numériques et exigent la restauration de plages d’accueil humain. Parfois avec succès… mais de plus en plus rarement. Et comment ne pas penser aux habitants des pays du Sud, d’Afrique, d’Asie dont beaucoup n’ont pas accès à Internet… sans oublier les nombreuses coupures d’électricité survenant dans ces pays.

L’intelligence artificielle colonise de plus en plus tous les secteurs économiques. Un exemple parmi tant d’autres : dans les banques, l’intelligence artificielle est désormais programmée pour gérer toute seule, à la place des employés désormais inutiles, des demandes de prêts à la consommation, des souscriptions à certains contrats bancaires, et toutes sortes d’opérations. Résultat : suppression progressive de tout accueil humain, des centaines de milliers d’emploi supprimés depuis l’arrivée du numérique et le relais artificiel de quasiment toutes les tâches ! Un processus - irréversible ? - qui s’étend à tous les secteurs de la vie socio-économique : banques, assurances, cabinets d’avocats, police, services sociaux, hôpitaux, musées…

« L’intelligence artificielle est comme une grande vague, soit on la prend et on monte avec elle, soit on coule », assène un cadre d’IBM (cf. L’Humanité, 6 janvier 2019) !

Mais ce qui est extrêmement inquiétant c’est que ce processus d’intelligence artificielle s’applique de plus en plus à la vie quotidienne, à la ville qui devient de plus en plus une ville-machine, avec ses capteurs communicants (compteurs Linky, Gaspar…), à nos comportements quotidiens : notre smartphone, si nous en avons un, nous informe d’une promotion sur un produit à proximité. Bientôt, nous pourrons régler tous nos achats avec "notre" smartphone, plus besoin de petite monnaie…. Et que deviendront ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas être "branchés", et qui voudront continuer à régler leurs achats- petits ou non - avec leur petite monnaie… Le plaisir du journal et du café noir du matin…

Il faudrait évoquer aussi les manipulations de l’ADN qui permettent un dopage parfait, quasiment indétectable – les athlètes génétiquement modifiés sont dans les starting-blocks, la possibilité de fabriquer désormais des "bébés OGM" (un scientifique chinois vient d’annoncer avoir fait naître des jumelles génétiquement modifiées)… A vérifier.
Mais, oui, un nouveau monde artificiel, exclusivement technologique, est en marche qui dessaisit nos libertés et nos vies. Les risques et les dégâts sont déjà irréversibles… sans jamais faire l’objet d’un débat, ou si peu.
Pourtant, de plus en plus de personnes sont en attente d’information et de débats : le 11 janvier dernier cent cinquante personnes se sont retrouvées à la Maison des Associations de Grenoble pour s’informer et débattre sur le transhumanisme : échanges denses et passionnés…

Un emballement, une folie technologiques qui nous entraînent tous et toutes… Où ? Et si on relisait et écoutait les Ellul, Charbonneau, Orwell, Huxley et bien d’autres qui ont été autant de veilleurs et d’alertes…
Mais on peut craindre que ce ne soit trop tard : les logiques de productivisme, de rentabilisation maximale, de volonté de dépassement perpétuel sont telles qu’il sera extrêmement difficile d’arrêter un tel processus. Il nous reste cependant une "arme" essentielle : les mots pour dire les choses, dénoncer, arguments à l’appui, cette folie "scientifique" qu’est la recherche obsessionnelle d’une nature et d’un homme "augmentés"… Et continuer à vivre le plus simplement possible, avec lenteur, en lien avec nos voisins, nos amis, sans être "branchés" en permanence…

Article publié dans Inter-Peuples n°273, février 2019

[1à lire notamment leur ouvrage : "Manifeste des chimpanzés du futur - Contre le transhumanisme", éd.. Service compris, 2017

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