Les peuples autochtones premières victimes de ce système productiviste et extractiviste

Publié le : , par  Jo Briant

Les peuples dénommés "autochtones" renvoient à des populations dont les ancêtres étaient les premiers habitants de territoires colonisés depuis par des étrangers (le plus souvent d’origine européenne ou états-uniennes). Ces invasions ou répressions se poursuivent aujourd’hui.

C’est le colonialisme non seulement politique mais aussi et surtout économique, productiviste, extractiviste qui est la cause principale des dominations, des persécutions, des massacres dont sont victimes les populations autochtones. Qu’il s’agisse des peuples amérindiens des Amériques, des Aborigènes d’Australie, des Maoris de Nouvelle-Zélande, des Pygmées du Cameroun, des Indiens de la Guyane française… Ces peuples sont fragiles parce qu’ils sont profondément attachés à leurs terres, à leur environnement, qu’ils cherchent à maintenir un lien consubstantiel avec la nature, leurs terres, leurs forêts, leurs rivières, leur faune et leur flore. Mais ils risquent tout simplement de disparaître définitivement si nous n’appuyons pas leurs résistances face à des États et des multinationales qui surexploitent sans vergogne leurs ressources naturelles.

État des lieux : que d’exemples…

15 novembre 2018 : des milliers d’Indiens Mapuches (peuple autochtone du Chili) manifestent dans les rues de Santiago, capitale du Chili, pour dénoncer - une fois de plus - l’assassinat d’un des leurs, Camilo Catrillanca, tué d’une balle dans la nuque parce qu’il protestait, avec sa communauté, contre la militarisation dont elle est victime comme la plupart des communautés mapuches (Mapuche : littéralement "gens de la terre", premiers occupants d’une partie du Chili et de l’Argentine). Brésil : rappelons d’abord une déclaration du candidat Bolsonaro confirmé dès sa prise de fonction : "Je donnerai des armes aux producteurs ruraux et ce sera leurs cartes de visite. Je ne céderai plus aux Indiens le moindre centimètre carré de terre". Entre novembre dernier et début janvier 2019 nous apprenons par l’organisation Survival International qu’au moins 4 Indiens ont été assassinés, l’un dans l’État de Bahia (un leader indien pataxo), un autre dans l’État du Parana (un Indien Ava Guarani), d’autres dans les États du Pernambouc et du Matto Grosso.

De nos jours, quasiment toutes les forêts primitives, où vivaient des populations autochtones, du Guatemala, du Chili, de l’Inde, des Philippines, de la Malaisie, de la Thaïlande ont disparu, pour donner naissance soit à de nouvelles forêts à base exclusive de pins et d’eucalyptus, totalement dénuées d’humus, de flore, de faune, soit à des exploitations minières ou pétrolières. En Équateur, près de 100 000 Indiens d’Amazonie sont en train de perdre leurs terres. D’une façon générale, les activités minières se sont développées sur tous les continents pour satisfaire aux "besoins" en énergie, pour produire intensivement des biens de consommation, répondre à l’appel vorace du tout automobile…

Et la France ? Deux exemples d’exploitation minière dont les impacts humains sont catastrophiques. Tout d’abord, la multinationale Areva qui exploite intensément l’uranium au Niger aux dépens de la santé des populations gravement atteintes. Et que dire de l’incroyable catastrophe écologique et humaine qui se déroule aujourd’hui – depuis une vingtaine d’années - au cœur de l’Amazonie, sur un territoire français d’outre-mer, la Guyane française - les médias français nous en parlent-ils ? - et sa zone frontière avec le Surinam. Quelques milliers d’Indiens "français" tentent de survivre face à plus de 10 000 chercheurs d’or clandestins qui se cachent dans la forêt. Cette forêt primaire est mise à sac, les rivières et les criques sont polluées par des tonnes de mercure et de boue. Les autorités, l’armée, la gendarmerie sont impuissantes… parce que l’État français n’a pas la volonté de protéger ces Indiens d’une Guyane pourtant française…
2018-2019 : un projet monstrueux d’exploitation aurifère - piloté par la Compagnie minière Montagne d’Or (russo-canadienne) - est programmé pour 2022. Une véritable catastrophe environnementale, humaine, financière, combattue par les Amérindiens et WWWF France. A suivre…

Il faudrait évoquer les éleveurs de rennes, en Sibérie, expulsés de leurs territoires par les compagnies pétrolières avec l’accord des autorités russes, les Bushmen, au Botswana, expulsés de leurs terres ancestrales pour faire place à l’exploitation de riches gisements de diamant et au tourisme de luxe. Et tant d’autres situations d’exploitation et d’expulsions…

Résistances et droits autochtones…
et solidarité

Les Autochtones ne sont pas des victimes passives. Ils ont autrefois résisté au colonialisme par la négociation, l’opposition collective, la désobéissance civile ou encore par les armes. Il leur est arrivé parfois de triompher, quelques fois d’obtenir des garanties partielles concernant leurs territoires. Ce fut le cas par exemple des Indiens Mapuche du Chili qui, après avoir résisté victorieusement aux conquérants espagnols, contraignirent la Couronne espagnole à signer le Traité de Quilin (au sud du Chili) leur reconnaissant un vaste territoire allant de l’embouchure du fleuve Bio Bio à la hauteur de Concepcion jusqu’à Valdivia, 450 km au sud. Aujourd’hui de nombreux peuples autochtones ont le courage souvent héroïque de résister, d’organiser de grandes marches jusqu’à la capitale, comme au Brésil, au Pérou, en Inde… Les victoires sont rares mais réelles. Ainsi la victoire historique de la tribu des Dongria Kondh, en Inde. Suite à une résistance acharnée des membres de cette tribu, les autorités indiennes ont annulé en janvier 2014 le projet dévastateur du géant minier britannique Vedanta Resources qui projetait d’ouvrir une mine à ciel ouvert sur le flanc même de la montagne sacrée des Dongria, suite à une très forte mobilisation de cette tribu autochtone. Un exemple parmi bien d’autres de combats contemporains de peuples autochtones, parfois victorieux.

Les peuples autochtones peuvent se référer au droit international même si celui-ci est ambigu et insuffisamment contraignant. C’est le fameux article 169 de la Convention de l’OIT (Organisation Internationale du Travail). Convention adoptée en 1989, légèrement modifiée et améliorée depuis (notamment en 2016). Ce qu’il faut retenir pour l’essentiel de ces Textes : "Les peuples autochtones ont le droit de disposer d’eux-mêmes conformément au droit international… dans la mesure où l’exercice de ce droit est compatible avec les prérogatives de l’État dont ils dépendent". Autrement dit, la liberté d’autodétermination est affirmée mais en la resituant aussitôt dans le cadre étatique. Il ne faut pas s’étonner que des pays centralisateurs comme le Chili ou encore la France aient certes fini par contresigner cette Convention tout en refusant toute autonomie à leurs minorités autochtones, les indiens Mapuche au Chili, les Indiens de Guyane, les Basques, les Occitans ou les Bretons pour la France (les Corses ayant obtenu un certain degré d’autonomie).
Les peuples autochtones, compte tenu du rapport de forces souvent disproportionné face aux États et aux multinationales, ont besoin d’un soutien international comme le font d’une façon remarquable des associations comme Survival [1], ICRA [2] ou encore CSIA-Nitassinan [3].
Mais au-delà de cette solidarité urgente, impérieuse, il faut dire avec force que la "sagesse" des peuples autochtones et indigènes, leur conception du monde et des liens profonds Homme-Nature et Univers, leur cosmovision nous invitent tout simplement à refonder complètement un certain type de développement productiviste, extractiviste énergivore et à repenser notre lien avec la Terre qui est unique… Nous n’en n’avons pas une autre de rechange !

Article publié dans Inter-Peuples n°273, février 2019

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