Le scandale absolu d’un monde et d’une société de plus en plus inégalitaires édito Inter-Peuples n°273, février 2019

Publié le : , par  CIIP

"C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches"
Victor Hugo

Deux Rapports viennent de tomber. D’une part, le Rapport de l’ONG Oxfam qui nous révèle que désormais 26 milliardaires détiennent autant d’argent que la moitié la plus pauvre de l’humanité (environ 3 milliards et demi de personnes), et que parmi eux les 8 personnes les plus riches le sont autant que les 30% les plus pauvres. Second Rapport, émanant de la Lettre Vernimmen, une publication spécialisée des milieux d’affaires français : les entreprises du CAC 40 n’ont jamais fait autant de profits et n’ont jamais autant choyé leurs actionnaires : 57 milliards d’euros ont été distribués en 2018 ! En même temps - un scandale de plus - ces groupes du CAC 40 ont procédé à 15 000 suppressions de postes en France. N’en jetez plus… Un mot sur Total, en tête du CAC 40, qui émet à lui seul l’équivalent des deux tiers des émissions de gaz à effet de serre en France : quand le cumul des richesses rime avec destruction climatique.

Autant dire qu’en France, comme dans l’ensemble du monde, on assiste à une concentration inédite de la richesse dans les mains de quelques uns, mais aussi à l’échec des moyens de redistribution. Alors que la fortune des milliardaires s’accroît chaque jour de 2,5 milliards de dollars, près de la moitié de l’humanité vit avec moins de 5 euros par jour, ce qui correspond au nouveau seuil officiel d’extrême pauvreté défini par la Banque mondiale. "Tandis que les milliardaires ont vu leur fortune augmenter de 12% l’an dernier, la part de la moitié la plus pauvre a chuté de 11%", assure Oxfam. Depuis 2013, les progrès réalisés dans la lutte contre la pauvreté extrême ont drastiquement diminué. Celle-ci a même augmenté dans certaines régions, comme l’Afrique subsaharienne. C’est ce qui explique en partie la fuite éperdue et souvent mortelle de tant d’hommes, de femmes et d’enfants de cette région du monde.

C’est à tout un désordre inacceptable de nos sociétés qu’il faut s’attaquer. L’impôt, au cœur du financement des services publics et plus largement des mécanismes de redistribution, ne remplit plus son rôle. Partout le libéralisme effréné se caractérise par une diminution injuste des prélèvements sur les plus riches - voir la suppression de l’ISF en France-, la diminution scandaleuse des impôts sur les bénéfices des entreprises. A l’inverse, les impôts sur les salaires atteignent - en France - 22% des recettes et 39% pour les taxes de type TVA, les plus injustes car non progressives.

Le mouvement social lancé depuis près de trois mois par les gilets jaunes, relayé à leur niveau par divers·es travailleurs et travailleuses, révèle et dénonce ces inégalités de plus en plus insupportables et clame l’exigence d’une toute autre répartition des richesses. C’est tout un désordre du monde qui est interrogé et bousculé. A nous tous et toutes de l’appuyer : et si nous vivions un moment historique de remise en question de tout un système de plus en plus injuste ? A condition de ne pas en rester au "pas assez" et de chercher un tout autre type de développement…

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