Toute notre solidarité avec les Kurdes...

Publié le : , par  Maryvonne Mathéoud

J’écris ces lignes à mon retour de la manifestation de soutien au peuple kurde et en hommage à Sakine Cansız, Fidan Dogan (Rojbîn) et Leyla Şaylemez, dirigeantes politiques kurdes assassinées le 9 janvier 2013 en plein cœur de Paris, dans leur local, le centre culturel du Kurdistan. Omer Güney, l’assassin présumé est mort en décembre 2016, avant son procès devant la Cour d’assises. Son décès a pour effet d’éteindre l’action publique à son encontre. Les enquêteurs français avaient conclu à "l’implication" de membres des services secrets turcs, le MIT, dans ce triple assassinat.

Imposante manifestation à Paris pour demander justice pour Sakine, Leyla et Rojbîn
Source : Amitiés kurdes de Bretagne

Malgré le froid cinglant, ce samedi 12 janvier durant plus de 5 heures c’est plus de 13 000 personnes selon les organisateurs qui demandaient la réouverture du procès et que la justice soit rendue
Des banderoles claquaient au vent et des slogans retentissaient pour soutenir Leyla Güven députée de Hakkari du HDP (Parti démocratique du peuple) emprisonnée [1]. Leyla Güven est en grève de la faim depuis le 6 novembre 2018 pour protester contre les conditions de détention et l’isolement de Öcalan leader du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). La demande de Leyla est la demande des millions de Kurdes ; 200 militant·es du HDP emprisonné·es ont entamé une grève de la faim illimitée en solidarité avec l’action de leur camarade et 15 militant·es à Strasbourg.
Le fait de l’inscription du PKK sur la liste des organisations terroristes encourage la Turquie dans sa politique de guerre vis-à-vis des Kurdes et favorise la répression. Par une décision de Cour de justice de l’Union européenne le 15 novembre 2018, la CJUE a annulé l’inscription du PKK sur la liste des organisations terroristes entre 2014 et 2017 pour insuffisance de motivation ; cela démontre que l’inscription du PKK sur la liste n’est pas justifiée.

D’après un rapport, du Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme (HCDH), l’état d’urgence a été utilisé par Ankara "pour étouffer toute forme de critique ou de dissidence à l’égard du gouvernement". Le rapport, qui couvre la période comprise entre le 1er janvier et le 31 décembre 2017, fait état de cas de tortures, de mauvais traitements, de détentions arbitraires, de privation arbitraire du droit au travail, ou encore d’atteintes à la liberté d’association et d’expression. Le Haut-commissaire (HCDH), Zeid Ra’ad Al Hussein, souligne dans ce rapport le nombre "ahurissant" de près de 160 000 personnes arrêtées depuis le début de l’état d’urgence. Il note aussi que 152 000 fonctionnaires ont été renvoyés.
Le rapport note également qu’environ 300 journalistes ont été arrêtés. Plus de 100 000 sites web auraient été bloqués en 2017.

Les Nations Unies dénoncent de graves violations des droits de l’Homme. Il conviendra de rehausser le niveau de la solidarité à l’égard du peuple kurde.

Le Rojava est sous la menace imminente d’une agression turque. Suite aux déclarations de Recep Tayyip Erdogan, annonçant sa volonté de "débarrasser" des YPG (Unités de protection du peuple) cette région majoritairement kurde du nord de la Syrie, des unités militaires turques et de supplétifs syriens se massent aux frontières des zones contrôlées par le PYD, pouvant passer à l’attaque à tout moment. Face à ces menaces imminentes, nous appelons à la plus large mobilisation pour faire obstacle à l’agression turque et soutenir les forces démocratiques du Rojava et leurs organisations de résistance.

En Syrie comme dans tout le Proche-Orient, seuls le dialogue politique et la fin des ingérences impérialistes peuvent conduire à une paix durable, fondée sur la démocratie et la liberté des peuples.

Alors qu’approchent les élections locales turques prévues le 31mars 2019, on assiste à la reprise des opérations d’arrestations à l’encontre des militant·es du HDP. Erdogan a déclaré récemment que peut importe les résultats des élections il destituerait les élus du HDP.
La Turquie n’est pas un état de droit. Nous disons "Stop Erdogan".

Nota : Maryvonne Mathéoud est Coprésidente d’AIAK (Association Iséroise des Amis des Kurdes)

Article paru dans Inter-Peuples n°273, février 2019

[1Leyla Guven a été libérée le 25 janvier 2019 : une libération conditionnelle avec interdiction de quitter le territoire, son procès a été ajourné au 29 mai.

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