2018 : mauvaise année pour la presse

Publié le : , par  Stéphane Garac

Le classement mondial de Reporters sans frontières (RSF) 2018 [1] évalue chaque année la situation de la presse dans 180 pays. À sa lecture, on ne peut que constater une dégradation générale.

Selon RSF, l’hostilité des dirigeants politiques envers les médias n’est plus réservé à des pays autoritaires tels que la Turquie (157e place) ou l’Égypte (161e place). Le phénomène touche aussi les démocraties occidentales, les États-Unis, par exemple (45e place en recul de 2 points par rapport à 2017) où Trump adepte du "média basching" [2] qualifie les journalistes "d’ennemis du peuple". Mais c’est en Europe, la zone géographique où la liberté de la presse est en principe la moins menacée que le recul est le plus net. Ce sont principalement 4 pays européens qui marquent le recul le plus important par rapport à 2017 : Malte (65e -18), la République tchèque (34e -11), la Serbie (76e -10), et la Slovaquie (27e -10). La France pour sa part remonte de six places à la 33e position. RSF note néanmoins le "média basching" important de certain·es candidat·es à la dernière élection présidentielle.

Le continent américain montre une situation contrastée. Le Mexique devient le pays le plus meurtrier pour les journalistes (147e). Le Venezuela (143e) affiche la plus importante chute du continent (- 6 points). L’Équateur (92e) au contraire enregistre la plus forte progression (+13). Au nord, si nous avons déjà évoqué les USA, il faut noter la situation du Canada qui gagne 4 places et se trouve à la 18e.

L’Afrique offre une situation très variée, mais en amélioration par rapport à 2017. Les coupures internet principalement au Cameroun (129e place) ou en République démocratique du Congo, qui s’ajoute aux arrestations de journalistes viennent entacher ces meilleurs résultats. Ceci s’explique principalement par le départ de "trois prédateurs de la presse" selon RSF au Zimbabwe, en Angola ou en Gambie qui gagne 21 places et qui enregistre la plus forte hausse du classement.

Pour la zone Asie-Pacifique, la Corée du sud est en nette hausse dans ce classement (43e +20). Mais les démocraties d’Asie du nord peinent a préserver leurs modèles face à la Chine qui exporte ses méthodes. Ceci particulièrement au Cambodge (142e) qui ferme de nombreux organes de presse.

L’espace postsoviétique et la Turquie sont pour leur part aux avant-postes pour la dégradation de la liberté de la presse. Les deux tiers des pays de cette zone sont au-delà de la place 150 du classement. Le Kirghizistan à la 98e place affiche la plus forte baisse (-9). Ces résultats font que cette zone est sur le point de rattraper la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord en terme de mauvais résultat. C’est en effet dans cette dernière que la dégradation est la plus forte.

RSF précise que les pays en noir sur la carte illustrant ce rapport n’ont jamais été aussi nombreux depuis sa création en 2002.

Article publié dans Inter-Peuples n°273, février 2019

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