Soudan : le peuple veut la chute du régime

Publié le : , par  Jo Briant

Samedi 19 janvier une cinquantaine d’étudiants soudanais organisaient et animaient un rassemblement place Félix Poulat à Grenoble [1]. Ceci en écho aux manifestations et révoltes qui se développent depuis début décembre dernier au Soudan, un pays sous la coupe du régime dictatorial d’Omar al-Bachir. Le 20 décembre dernier, le siège du parti au pouvoir est incendié à Atbara, l’une des principales villes du Soudan. C’est aussi là que tombe le premier martyr, Shaouqi Assadig, âgé de 12 ans.

"Le peuple veut la chute du régime", slogan des printemps arabes repris dans toutes les manifestations au Soudan comme au sein de la diaspora, notamment en France. Rappel : le Soudan a été le premier pays d’Afrique et du Moyen-Orient à connaître une révolution en 1885 contre la domination anglo-égyptienne. Après l’indépendance en 1956, il y a eu deux révolutions : en 1964, Ibrahim Abboud a dû quitter le pouvoir sous la pression de la rue ; en 1985, le renversement du gouvernement militaire d’al-Nimeiry a abouti à la restauration d’un gouvernement civil éphémère… avant le coup d’État d’Omar al-Bachir en 1989.

Lorsqu’ont surgi les Printemps arabes, nous nous sommes extasiés des images de la place Tahrir, au Caire. L’histoire du peuple soudanais est connectée à celle du peuple égyptien. Aujourd’hui beaucoup d’activistes résistants soudanais sont réfugiés en Égypte, bien que les autorités égyptiennes coopèrent ponctuellement pour livrer des opposants au Niss (National Intelligence and Security Service, service de renseignements soudanais). En juillet 2003, le coup d’État militaire du général al-Sissi et le retour de "l’idéologie du fusil" en Égypte ont contraint les réfugiés soudanais à une résistance souterraine.

Depuis le 19 décembre 2018…

Depuis le 19 décembre dernier, des rassemblements spontanés ont lieu dans la plupart des grandes villes, surtout après la prière publique du vendredi - voire après les matchs de football. Le 25 décembre, des syndicats ont appelé à une marche sur le palais présidentiel à Khartoum. Le vendredi suivant, "vendredi de la colère", des journalistes, médecins, universitaires ont lancé un appel à la grève. Il n’y a aucun parti dans ces mobilisations. Même les collectifs étudiants, très présents, manifestent sans signe d’appartenance. Par crainte, Bachir a fermé les universités dès le 22 décembre, mais cela n’empêche pas les étudiants de manifester. Seuls le drapeau soudanais, l’hymne national et des slogans populaires – repris à Grenoble- comme "Liberté, paix et justice, la révolution est le choix du peuple" ou "le peuple veut la chute du régime", émaillent les manifestations au Soudan même et dans les pays notamment européens à forte diaspora soudanaise (Angleterre, France…). Manifestations et rassemblements souvent réprimés dans le sang. L’état d’urgence décrété le 22 février n’a pas enraye la contestation sociale. Depuis le 19 décembre, on parle de 40 morts et de plus de mille arrestations. Plusieurs médecins ont été tués alors qu’ils soignaient des manifestants blessés.

Solidarité avec la révolution soudanaise

Les exilés jouent un rôle de premier plan contre la censure et dans la diffusion et la coordination des information. Ils nous demandent, à nous citoyen·nes français, de faire connaître la situation au Soudan, la résistance de leur peuple, et de nous opposer aux expulsions des migrants soudanais dont les titres de séjour sont de moins en moins renouvelés. Le 19 janvier, ils nous ont demandé de faire connaître la révolte de leur peuple au Soudan et d’exiger de nos gouvernements qu’ils cessent de soutenir la dictature d’Omar al-Bachir et d’expulser les migrants soudanais en les exposant aux pires persécutions voire à la mort. Une phrase notée le 12 février :

En trois ans, nous avons créé un rassemblement soudanais dans de nombreuses villes en Europe, en France notamment. On est là pour changer l’histoire. C’est un de nos slogans : "Bachir, à la poubelle de l’Histoire".

Article publié dans Inter-Peuples n°275, avril 2019

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