Venezuela : pas d’ingérence néocolonialiste

Publié le : , par  Olivier Potet

La situation au Venezuela est extrêmement préoccupante, avec deux camps qui s’affrontent, le peuple piégé par une double débâcle économique et politique et les États-Unis en embuscade.

Débâcle économique, car Chavez n’a pas profité du créneau de haut prix du pétrole, et donc d’un haut revenu national, pour développer des secteurs économiques complémentaires au pétrole (industries et agriculture) du fait du manque de culture du pays en la matière, mais aussi peut-être d’un manque d’anticipation de ce qui est arrivé : une forte chute du prix du pétrole et donc du revenu national. Ces baisses, fortement aggravées par l’embargo US, ont entraîné une hyperinflation prévue à 1 000 000 % cette année, et ont plongé la population pauvre dans la misère, malgré les aides de ravitaillement, car les politiques sociales financées antérieurement par le pétrole sont fortement mises à mal (exemple du délabrement des hôpitaux). A côté, toute une classe bourgeoise s’est vertigineusement enrichie, essentiellement de façon frauduleuse (détournement du système du change), y compris sous la présidence de Chavez, puis encore plus sous celle de Maduro.

Débâcle politique dans la mesure où Maduro, qui n’a jamais bénéficié des taux de popularité et de soutien massifs de Chavez, et qui a été récemment réélu dans des conditions contestables, s’est lancé dans une escalade autoritaire et répressive, en suspendant l’Assemblée législative (mettant en avant une irrégularité d’élection limitée) et en s’aliénant de nombreux ex-chavistes, surtout des pauvres qui cherchent à se mobiliser pour améliorer leurs conditions de survie. Face à lui Guaido, président de l’Assemblée législative, mais surtout porte-parole des possédants aisés, s’est autoproclamé président de la république par intérim et appelle ouvertement les puissances étrangères à intervenir militairement pour le mettre en place à la place de Maduro : une chose est sure sa politique serait fortement libérale. Ceci se passe sur fond de manifestations massives des deux camps, ayant entraîné de nombreux mort·es et blessé·es, alors que plus de 2 millions de personnes ont quitté le pays.

Maduro / Guaido
Source FAL

Dans ce contexte les Etats-Unis menacent d’intervenir militairement, et d’ores et déjà asphyxient économiquement le pays par un embargo et un blocus financier. Cela coûte des milliards de dollars à l’Etat vénézuélien, bloquant l’achat de vivres et de médicaments, et représente des milliers de fois le montant de "l’aide humanitaire" US que Guaido veut faire entrer contre les ordres de Maduro, cherchant à mettre l’armée dans un conflit de loyauté. A noter que Macron a vite choisi son camp en reconnaissant Guaido comme président par intérim et en sommant Maduro d’organiser des élections "sous huit jours", ingérence que nous devons condamner fermement. La Chine et la Russie soutiennent, elles, Maduro, soutien très intéressé...

Même sans nous mettre à la remorque de Maduro, nous ne pouvons pas être inactif devant le risque d’une intervention extérieure empêchant le peuple vénézuélien de trouver une voie vers une solution populaire et démocratique issue de ses rangs (même si les Vénézuélien·nes critiques de gauche sont fortement divisé·es sur la tactique à adopter). Nous devons donc continuer nos mobilisations contre toute intervention étrangère, sans nous laisser influencer par les rhétoriques néocolonialistes et néolibérales...

Pour aller plus loin :

Article publié dans Inter-Peuples n°275, avril 2019

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